Les Justes de Maine-et-Loire : une exposition pour transmettre le courage de ceux qui ont sauvé des Juifs
Vingt-sept habitants de Maine-et-Loire ont été reconnus Justes parmi les Nations pour avoir sauvé des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Une exposition présentée au Centre Saint-Jean, à Angers, retrace leurs parcours exceptionnels. Pour les déléguées régionales du Comité français pour Yad Vashem, Catherine Korenbaum et Marie-Aimée Ide, cette mémoire demeure plus que jamais indispensable à transmettre.
Carte de la répartition des Justes de Maine-et-LoireIls étaient agriculteurs, instituteurs, maires, religieux ou simples particuliers. Tous avaient en commun d'avoir choisi de désobéir aux lois de Vichy et de l'occupant nazi pour sauver des femmes, des hommes ou des enfants juifs promis à la déportation. En Maine-et-Loire, vingt-sept d'entre eux ont reçu le titre de Juste parmi les Nations, la plus haute distinction civile décernée par l'État d'Israël.
Leur histoire est aujourd'hui racontée à travers une exposition composée de dix-huit panneaux, présentée jusqu'à la fin du mois au Centre Saint-Jean, à Angers.
« Notre objectif, c'est la transmission », résume Marie-Aimée Ide, déléguée régionale du Comité français pour Yad Vashem. « Il faut aller chercher ces histoires, les faire connaître, tout en conservant la vérité historique. Cela demande beaucoup de recherches et de vérifications. »
« Retrouver les noms pour leur redonner une sépulture »
Créé en 1953 à Jérusalem, Yad Vashem ne se limite pas à l'hommage rendu aux Justes. L'institution poursuit avant tout un immense travail de mémoire autour des victimes de la Shoah.
« La première mission de Yad Vashem était de retrouver les noms des six millions de Juifs assassinés afin de leur redonner une sépulture symbolique », rappelle Catherine Korenbaum. « Aujourd'hui encore, près d'un million de noms restent à identifier. »
C'est seulement dix ans plus tard, en 1963, que l'État d'Israël décide de reconnaître officiellement ceux qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs.
« C'est une démarche tout à fait exceptionnelle. Peu de pays honorent ainsi ceux qui ont sauvé l'un des leurs après un conflit », souligne-t-elle.
Des gestes d'humanité accomplis sans hésiter
Parmi les destins présentés figure celui d'André Gioux, maire du Fresnes-sur-Loire durant la guerre. Grâce à ses fonctions, il fabrique de faux papiers qui permettront à une mère et sa fille juives de rejoindre la zone libre.
Pourquoi a-t-il pris un tel risque ?
« On ne sait jamais vraiment pourquoi les Justes ont agi. Ils l'ont fait spontanément, sans réfléchir. Ils ne pouvaient pas laisser des gens au bord de la route », explique Marie-Aimée Ide. « Ils ont bravé les lois de Vichy, la police, l'armée d'occupation et la peur. Pour eux, un homme, une femme ou un enfant restaient avant tout des êtres humains. »
Une conviction résumée par une phrase chère à Yad Vashem : « Qui sauve une vie sauve l'humanité tout entière. »
L'audace d'Odette Bergoffen
Autre figure marquante de l'exposition : Odette Blanchet, devenue plus tard Odette Bergoffen.
À seulement 18 ans, cette jeune Angevine aide une mère juive à fuir jusqu'à Tours, avant d'aller récupérer ses deux enfants internés à Drancy et de les cacher avec l'aide d'un curé, d'un instituteur et de plusieurs habitants.
« Le mot qui me vient toujours pour parler d'Odette, c'est "audacieuse" », confie Marie-Aimée Ide.
Pour Catherine Korenbaum, son histoire rappelle aussi que les Justes n'ont jamais agi seuls.
« Pour un Juste, il y avait souvent quatre ou cinq personnes derrière lui qui ouvraient leur porte, transportaient quelqu'un ou, tout simplement, se taisaient. La première complicité, c'était de ne pas dénoncer. »
Décédée en janvier 2026 à l'âge de 101 ans, Odette Bergoffen était la dernière Juste de Maine-et-Loire encore en vie.
« Pendant toute sa retraite, elle n'a cessé de témoigner dans les collèges et les lycées », rappelle Catherine Korenbaum. « Elle a consacré sa vie à transmettre cette mémoire. »
Des histoires qui se prolongent après la guerre
L'exposition raconte également ce qu'il est advenu des enfants sauvés.
« Certaines familles sont restées en contact toute leur vie. Elles se retrouvaient aux mariages, aux fêtes familiales », raconte Marie-Aimée Ide. « D'autres ne se sont jamais revues. Chaque histoire est différente. »
Plus de quatre-vingts ans après les faits, de nouveaux dossiers continuent d'être étudiés.
« Il y a encore aujourd'hui des reconnaissances de Justes à titre posthume. Nous travaillons avec des historiens et des généalogistes pour retrouver les descendants », précise-t-elle.
Faire vivre cette mémoire dans les communes
L'exposition a aussi vocation à circuler dans tout le département.
« Elle ne nous appartient pas. Nous l'avons conçue pour les communes, les établissements scolaires et tous ceux qui souhaitent transmettre cette histoire », insiste Catherine Korenbaum.
Les deux déléguées espèrent notamment que chaque commune ayant compté un Juste installe une plaque ou une stèle commémorative.
« Notre objectif est que les élus honorent ces femmes et ces hommes dans l'espace public afin qu'ils ne tombent jamais dans l'oubli. »
Pour Marie-Aimée Ide, cet engagement dépasse largement le simple travail historique.
« Quelqu'un m'a dit récemment : « "Ton travail, "ca prend les tripes"." C'est exactement cela. Je ne comprends toujours pas pourquoi on a voulu exterminer les Juifs, et plus j'étudie cette histoire, moins je le comprends. »
Même émotion pour Catherine Korenbaum, dont le mari est fils de deux rescapés d'Auschwitz.
« Cette histoire est devenue envahissante dans ma vie. Ensuite, j'ai rencontré un ancien enfant caché avec qui j'ai écrit son histoire. C'est ce qui m'a conduite à m'engager dans le Comité français pour Yad Vashem. »
Pour toutes deux, transmettre le souvenir des Justes n'est pas seulement regarder le passé.
« Les remises de médailles sont des moments universels. On s'y retrouve quelles que soient nos convictions. On réfléchit ensemble, puis chacun repart avec quelque chose en plus », conclut Marie-Aimée Ide.


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