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Indépendance des États-Unis : il y a 250 ans, la peur de la tyrannie chez les révolutionnaires américains

Indépendance des États-Unis : il y a 250 ans, la peur de la tyrannie chez les révolutionnaires américains

Un article rédigé par Frédéric Mounier, avec OR - RCF, le 20 avril 2026 - Modifié le 4 juillet 2026
Les Racines du présentLes fondements de la démocratie américaine sont-ils solides ?

Ce samedi 4 juillet, les États-Unis fêtent les 250 ans de la déclaration d’indépendance de 1776. Un anniversaire célébré dans un moment de tension politique extrême. Si, au XVIIIe siècle, la peur du pouvoir personnel et de la tyrannie était au centre des préoccupations des révolutionnaires américains, on observe aujourd'hui une hyper présidentialisation du régime de Donald Trump et une marginalisation du Congrès.

Déclaration d'indépendance des États-Unis présentée par A. Szyk, 1950 (détail) ©Wikimedia commons CC BY-SA 4.0Déclaration d'indépendance des États-Unis présentée par A. Szyk, 1950 (détail) ©Wikimedia commons CC BY-SA 4.0

Marginalisation du Congrès, fortes atteintes aux libertés universitaires et publiques, hyper présidentialisation du régime, multiplication des tentatives d’annexion territoriales… Depuis le 6 janvier 2021 et l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump furieux de son échec à l’élection présidentielle, et surtout depuis le retour de ce dernier à la Maison-Blanche, les fondements de la démocratie américaine, qui est pourtant l’une des plus anciennes du monde contemporain, semblent bien malmenés. C’est dans ce contexte que se profile le 250e anniversaire de la fameuse déclaration d’indépendance des États-Unis, le 4 juillet 2026.

Donald Trump, le président américain qui a refusé l’alternance

6 janvier 2021. Aux yeux des journalistes et observateurs, c’est "l’impensable" qui se produit. Partout sur les écrans d’ordinateur et de télévision, on peut voir une foule prendre d’assaut le Capitole. C’est le lieu le plus symbolique de la démocratie américaine, "le lieu même du pouvoir législatif", précise Yves-Marie Péréon, historien, professeur des universités, enseignant en histoire et anglais de l’économie à l’université Paris Panthéon-Assas, auteur de "Washington - Le premier des Américains" (éd. Tallandier, 2026) et de "Rendre le pouvoir - Les présidents américains après la Maison-Blanche. De Washington à Trump" (2023) 

L’assaut du Capitole s’inscrit dans le contexte de la contestation des résultats de l'élection présidentielle américaine de 2020, qui a porté au pouvoir Joe Biden. Donald Trump a voulu minimiser son rôle dans cet événement. À son retour à la Maison Blanche après sa réélection en janvier 2024, il a tout de même gracié plusieurs personnes qui avaient été condamnées à la suite de cet assaut.

L’assaut du Capitole, c’est donc aux yeux des analystes le geste manifeste du refus d’un président américain de rendre le pouvoir. À ce titre, l’événement représente "une transgression majeure des traditions politiques américaines", selon Yves-Marie Péréon. Trump "s’est inscrit en contradiction avec l’exemple de tous ses prédécesseurs".

 

Refuser l’alternance, c’est se placer contre la démocratie étatsunienne

 

L’importance de l'alternance dans la démocratie étatsunienne

Dans l’histoire étatsunienne, l’alternance politique est un élément central. "Il faut bien comprendre que l’alternance politique, c’est une nouveauté au XVIIIe siècle et une nouveauté américaine, rappelle Bertrand Van Ruymbeke, historien, professeur des universités et membre senior de l’Institut universitaire de France. Il est l'auteur de "1776, l’année américaine" (éd. Tallandier / Ministère des Armées, 2026) et de "L'Amérique avant les États-Unis - Une histoire de l'Amérique anglaise, 1497-1776" (coll. Champs, éd. Flammarion, 2016). Refuser l’alternance, c’est se placer contre la démocratie étatsunienne."

Traditionnellement, depuis l’élection de Thomas Jefferson - le troisième président des États-Unis élu en 1801 et 1804 -, le perdant doit accepter sa défaite par un discours appelé le "concession speech". Il doit aussi appeler le président élu. "C’est Georges W. Bush qui l’a fait à la place de Donald Trump, précise l’historien , qui a refusé d’admettre sa défaite. Ce qui n’est pas dans la tradition étatsunienne."

 

On va se parlerÉtats-Unis : la démocratie américaine menacée par Donald Trump ?

La démocratie américaine est-elle fragile ?

Marginalisation du Congrès, fortes atteintes aux libertés universitaires et publiques, hyper présidentialisation du régime, multiplication des tentatives d’annexion territoriales… Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, on se demande si la démocratie américaine est suffisamment solide. "Je ne sais pas si elle est fragile, répond Bertrand Van Ruymbeke. C’est quand même un des rares pays et peut-être l’unique pays qui a une constitution du XVIIIe siècle. Et c’est un pays qui a servi d’exemple peu ou prou. Je la considère comme solide mais occasionnellement ou peut-être régulièrement malmenée."

En 250 ans d’histoire, il y a eu plusieurs "épisodes de violence paroxystique", décrit Yves-Marie Péréon. La guerre de Sécession (1861-1865), que les Américains nomment Civil War, a d’ailleurs été la plus dévastatrice de toute l’histoire du XXe siècle. "La violence a souvent été présente dans la vie politique américaine", admet Bertrand Van Ruymbeke, pour qui dire cela ne doit pas revenir à "minimiser les faits" actuels. "On est au XXIe siècle, normalement on doit passer au-delà du stade de la violence en politique."

Donald Trump est "quelqu’un qui essaie de prendre le pouvoir tout en gardant, en tout cas de surface, les institutions", décrit Bertrand Van Ruymbeke. Or, selon l’historien, c’est précisément "ce que les révolutionnaires souhaitaient éviter à tout prix". Dans les années 1780, à la suite de la révolution américaine de 1765-1783, a émergé une véritable "peur du pouvoir personnel", de la "tyrannie"

Ce qui se joue en ce moment aux États-Unis est certes "un moment de tension extrême, probablement d’instabilité, observe Yves-Marie Péréon. Est-ce que pour autant il faut s’attendre à passer à une autre phase ? L’avenir nous le dira…"

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Les Racines du présent
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