"L'enseveli" Valérie Paturaud
Valérie Paturaud
" L'enseveli " (Les Escales)
Sur le champ de bataille Abel sauve un inconnu d'une mort certaine. Alors qu'il est en convalescence dans un hôpital de fortune, un officier défiguré vient occuper le lit voisin.
Abel est ouvrier, Adrien est médecin : un gouffre social les sépare. Privé de l'usage de la parole, Adrien écrit sur un cahier d'écolier pour communiquer. Abel, peu instruit, lit avec difficulté.
Entre paroles et écrits, l'officier et le soldat partagent au fil des jours ce qu'ils ont de plus intime, de plus enseveli…
"L'enseveli" Valérie Paturaud

La chronique de Jacques Plaine
Valérie Paturaud – L’Enseveli – Editions Les Escales – 20 €
Valérie Paturaud, institutrice avant de se consacrer à l’écriture, est aujourd’hui auteure de plusieurs romans dont « La Cuisinière des Kennedy » un fabuleux destin… et un best-seller tiré à plus de 40 000 exemplaires.
Ce jour-là, ça tombait comme à Gravelotte, sauf qu’on était en 14. Au tout début de cette saloperie de Der des Ders.
Oui ça tombait comme à Gravelotte, et Abel venait de se farcir un éclat d’obus en haut de la cuisse alors que - quelques minutes plus tôt et avec son copain Emile - ils avaient sorti de terre « une moitié de gars » qui gémissait « juste histoire de rappeler qu’il n’était pas mort.» Une moitié de gars dont seul un bras dépassait, « agrippé au ciel » avec un doigt en l’air « comme un gosse à l’école qui a encore quelque chose à dire».
Ensuite ? Ensuite plus rien. Le vide, le brouillard. Des brancardiers qui gueulent et qui gesticulent. Des infirmières et des cornettes qui s’affairent. Des blouses blanches qui courent dans tous les sens. Des bruits de moteur. Un camion qui le trimbale pendant des heures, lui et une collection d’éclopés. Pour aller où ? Il n’en sait rien mais il en est sûr, vers le sud, loin des combats, de la grosse Bertha, des tranchées et du gaz moutarde. Il entend des toubibs qui parlent d’amputation et de gangrène. Ils roulent, roulent. Enfin ils arrivent ! Et débarquent, avec leurs odeurs d’éther et de sang, dans quelque chose qui ressemble à un hôpital, avec des lits, plein de lits et tout au bout, le sien, à lui Abel « la jambe gauche enrubannée jusqu’à l’aine et la cheville droite maintenue entre deux attelles.»
Et là, dans ce temple de la douleur et des souffrances, un paravent s’entrouvre et laisse apparaître une gueule cassée comme cette guerre de merde en a fait des milliers. Une tronche en charpie « hideuse à faire fuir les femmes et les enfants», une demi gueule en vérité, l’autre ayant été emportée par un obus et remplacée par des tubes, des tuyaux et des « linges mêlés de bave ». Et ce type, ce presque mort, ce ressuscité d’entre les morts, porte au doigt – Abel en est sûr, y a des souvenirs qui s’impriment à jamais – une chevalière. Oui, une chevalière, la même « en or, lourde, carrée, gravée de la lettre M » que l’enseveli pointait vers le ciel quand, avec Emile, ils l’avaient sorti du trou.
Alors commence avec cet amoché - et grâce à la craie et l’ardoise, au crayon et au papier pour ce muet à la ganache explosée, grâce aussi à la voix et à l’harmonica pour Abel - une histoire où s’enchaînent et se déchaînent, se croisent et s’entrecroisent, souvenirs et images du passé.
A chacun son histoire, ses histoires et ses aventures, jusqu’à celle de l’arrivée du premier train au village - « le train arrive jusqu’à chez nous ! » se réjouit la foule - et ils découvrent que ce jour-là, si l’un était dans ce fameux train pour participer


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