Le Ronceray retrouve sa mémoire avant sa réouverture au public
À l'occasion de la réouverture de l'abbatiale du Ronceray après plusieurs mois de travaux, une exposition présentée au Repaire Urbain retrace près de mille ans d'histoire de cette prestigieuse abbaye féminine angevine. Entre documents médiévaux, œuvres d'art et découvertes archéologiques, elle offre aux visiteurs les clés pour comprendre l'un des monuments les plus emblématiques de la Doutre.
Ailes sud (église) et ouest du cloître. (F. LASA, Inventaire général ADAGP, 2006)« Donner des clés de lecture à l'abbatiale du Ronceray ». C'est l'objectif de l'exposition conçue par la Ville d'Angers et présentée au Repaire Urbain à l'occasion de la réouverture du monument. Fermée pour permettre une campagne de restauration, l'ancienne abbaye féminine accueille à nouveau le public dans un bâtiment désormais adapté aux visiteurs et aux manifestations culturelles.
« Il nous a semblé important, au vu de l'importance de l'abbatiale, de travailler sur trois thématiques : l'histoire de la fondation, les abbesses et les grandes campagnes de restauration », explique Bénédicte Fillon-Braguet, docteure en histoire de l'art et co-commissaire de l'exposition.
Fondée en 1028 par le comte d'Anjou Foulques Nerra, son épouse Hildegarde et leur fils Geoffroy, l'abbaye du Ronceray constitue une exception dans le paysage angevin. « C'est la seule abbaye féminine de la ville d'Angers. C'est une fondation de femmes qui est fondée pratiquement un siècle avant Fontevraud. Là, on est vraiment dans une abbaye de femmes », rappelle l'historienne.
Une abbaye au cœur de la puissance angevine
Parmi les pièces maîtresses exposées figure un précieux rotulus, un rouleau de parchemins conservé à la médiathèque d'Angers. Il contient notamment la charte de fondation de l'abbaye.
« Les comtes d'Anjou ont fait énormément de donations à l'intérieur de la Doutre », souligne Bénédicte Fillon-Braguet. Le territoire tout entier est alors placé sous l'autorité de l'abbesse, dont les revenus reposent notamment sur les redevances versées par les habitants.
L'exposition revient également sur l'origine du nom du Ronceray. À l'origine, l'établissement était connu sous le nom de Notre-Dame de la Charité. Selon une tradition apparue au XVIe siècle, une statue de la Vierge aurait été retrouvée dans la crypte, entourée de ronces qui repoussaient sans cesse malgré les tentatives pour les couper. C'est de cette légende que serait né le nom de « Ronceray ».
Cette statue, une Vierge à l'Enfant en émaux et cuivre doré datant du milieu du XIIIe siècle, est aujourd'hui disparue. Après avoir traversé les siècles et survécu à la Révolution française, elle a été volée en 1979 alors qu'elle était conservée dans un reliquaire de la crypte.
Des peintures médiévales redécouvertes au XXe siècle
L'abbatiale du Ronceray est aujourd'hui particulièrement remarquable par ses peintures murales médiévales. Pourtant, elles sont longtemps restées invisibles.
« Tout avait été badigeonné de blanc », explique la spécialiste. Leur redécouverte intervient au milieu du XXe siècle lors de travaux de consolidation de la voûte.
De nouvelles études ont depuis permis d'en préciser la datation. « Ces peintures datent du milieu du XIIIe siècle. Ce sont des peintures à l'huile parfaitement contemporaines de celles de la cathédrale d'Angers et de celles qui sont en train d'être découvertes à l'hôpital Saint-Jean », précise Bénédicte Fillon-Braguet.
Les blasons de Blanche de Castille et de Thibaut de Champagne représentés sur les bandeaux permettent même aux chercheurs de situer leur réalisation entre 1246 et 1248.
Des religieuses aux Arts et Métiers
L'exposition permet aussi de mieux comprendre l'ampleur de l'ancien complexe monastique qui entourait l'église. Cloîtres, bâtiments conventuels et dépendances formaient un vaste ensemble dont une partie est encore visible aujourd'hui.
Après la Révolution française, les religieuses quittent définitivement les lieux. Plusieurs projets sont envisagés avant que les bâtiments ne trouvent une nouvelle vocation.
« En 1815, les élèves de l'École des Arts et Métiers de Beaupréau sont forcés de quitter les lieux et viennent s'installer à Angers », rappelle l'historienne. Depuis plus de deux siècles, l'établissement occupe ainsi une partie de l'ancien monastère.
L'exposition évoque également plusieurs éléments remarquables du patrimoine conservé, notamment un tabernacle en bois doré datant de 1627. Sauvé de la dispersion révolutionnaire, il est aujourd'hui toujours visible dans l'église de Saint-Georges-des-Sept-Voies, où il fut transféré à la fin du XVIIIe siècle.
Si l'abbatiale restaurée s'apprête désormais à accueillir concerts, expositions et événements culturels, l'exposition du Repaire Urbain rappelle que derrière ce nouvel usage se cache une histoire millénaire qui a profondément marqué le quartier de la Doutre et l'histoire d'Angers.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
