Le roi Baudouin de Belgique, corps et âme contre la légalisation de l’IVG
Le roi Baudouin se retire temporairement du trône en 1990 pour ne pas avoir à ratifier une loi légalisant l’avortement en Belgique. Un épisode qu’il raconte longuement dans ses carnets personnels, récemment étudiés par historien Vincent Dujardin dans Baudouin. Un roi face aux crises de son temps, aux éditions Mame.
Vincent Dujardin ©RCF NOTRE DAMENous sommes en avril 1990, la « Loi Veil » autorisant l’interruption volontaire de grossesse est promulguée depuis déjà 15 ans en France et les parlementaires belges viennent enfin de trouver un terrain d’entente sur la légalisation de l’IVG. Avec l’Irlande, la Belgique est à cette époque le seul pays européen où les femmes ne disposent pas de ce droit. Après vingt ans de débats, une dernière étape reste à remplir : la signature du souverain. Or, le roi Baudouin, profondément chrétien, ne peut se résoudre à ratifier un texte qui irait contre sa foi personnelle. Tiraillé entre la voix des parlementaires et ses convictions catholiques, la situation semble insurmontable pour le souverain. Il décide alors de se retirer de ses fonctions le temps que le gouvernement ratifie la loi. Le roi Baudouin raconte dans ses carnets personnels cette période de crise politique. Vincent Dujardin, historien et professeur à l’Université de Louvain a eu accès à ses carnets pour l’écriture de Baudouin. Un roi face aux crises de son temps une biographie du souverain publiée aux éditions Mame.
Un stratagème bien ficelé
Contre l’avis de ses conseillers, le roi Baudouin refuse de trahir sa foi catholique : il ne signera pas la loi accordant aux femmes le droit à l’avortement. Une solution est alors trouvée pour lui permettre de se sortir de cette impasse : en vertu de l’article 93 de la Constitution belge, le roi est déclaré « dans l’impossibilité de régner ». Dans ce cas précis, le gouvernement prend le relais sur la ratification ultime des lois. Le conseil des ministres adopte officiellement la loi et le lendemain, le roi Baudouin retrouve ses fonctions. En bref, il « était un homme d’affirmation », analyse Vincent Dujardin mais aussi « un homme du dialogue qui pouvait respecter les opinions des autres », nuance-t-il.
Une procédure de béatification controversée
En septembre 2024, lors d’un voyage en Belgique, le pape François ravive la crise de 1990. En se recueillant sur la tombe du roi Baudouin, il salue son opposition au droit à l'avortement et demande sa béatification. Lors du même voyage apostolique, le Saint-Père fait aussi polémique en qualifiant de « tueurs à gages » les médecins pratiquant l’avortement.
Son positionnement sur l’IVG et la procédure de béatification du roi Baudouin furent loin de faire l’unanimité en Belgique. Une campagne de débaptisation a même été lancée, à la suite de sa visite, par Bernard De Vos, l'ancien délégué général aux droits de l'enfant, une institution publique indépendante belge. La cause de béatification du roi Baudouin a finalement été initiée le 17 décembre 2024 par le dicastère des Causes des Saints.


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