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RCF Le passager d'Amercoeur : rencontre avec Armel Job
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Le passager d'Amercoeur : rencontre avec Armel Job

Un article rédigé par Armelle Delmelle - 1RCF Belgique, le 12 mars 2024  -  Modifié le 12 mars 2024
Tu m'en liras tant Armel Job, Le passager d'Amercoeur

C’est un auteur belge que nous mettons en avant aujourd’hui.  Le nouveau roman d'Armani Job s'intitule le passager d'Amercoeur. C'est un roman enquête sur la mort de Grâce Modave une dame qu’on n'aurait pas imaginée mettre fin à ses jours. Nous avons rencontré Armel Job pour en parler.  

Armel Job ©Philippe Matsas/Opale/Leemage/Edition Robert Laffont Armel Job ©Philippe Matsas/Opale/Leemage/Edition Robert Laffont

Vous commencez votre livre par un chapitre à la première personne. Est-ce un point de vue réel ou fictif ? 

C'est un mélange des deux. Mon roman s'inspire de souvenirs réels d'une personne que j'ai appelée Momo. Cependant, il ne s'agit pas de raconter sa vie exactement, mais d'utiliser certains éléments, comme sa situation d'enfant adopté et sa relation particulière avec sa mère. J'ai trouvé intéressant d'aborder le roman sous forme de souvenirs personnels, même s'il s'agit de fiction. Bien sûr, l'idée n'était pas de faire un récit exact de mes souvenirs, mais de créer une fiction ancrée dans quelque chose de plus intime pour moi. 

Le suicide est une thématique centrale dans votre livre. Pourquoi vous êtes-vous concentré sur le désarroi de Momo plutôt que sur celui de sa femme, Grace ? 

Momo est le personnage principal, donc c'est son point de vue et ses émotions que je voulais explorer. Les sentiments de Grace et leur relation apparaissent progressivement. Mes personnages évoluent au fil de l'écriture, tout comme je les découvre en écrivant. Au début, je ne connais pas tous les détails de leur histoire. C'est une enquête sur les personnages eux-mêmes, pour comprendre qui ils sont, ce qu'ils pensent et ressentent. L'enquête est aussi intérieure, pour saisir la complexité de leurs émotions et relations. 

Vous décrivez une relation très forte entre Momo et sa mère adoptive, Céleste. Comment qualifieriez-vous cette relation ? 

C'est une relation toxique. Céleste, qui ne pouvait pas avoir d'enfant, adopte Momo et en fait son objet d'affection exclusif. Cette relation devient perverse et malsaine, avec Momo pris entre l'amour et le besoin de se séparer d'elle. Pour un enfant, recevoir des marques d'affection est normal, mais ici, la relation devient anormale. Momo prend conscience du caractère toxique de cette relation grâce à l'intervention de son père adoptif, mais il est difficile pour lui de se détacher de sa mère. 

Pensez-vous que Momo souffre du syndrome de Stockholm ? 

D'une certaine manière, oui. Il est fasciné par cette mère abusive et ne peut pas s'en détacher facilement. Cette fascination pour la personne qui exerce un pouvoir sur lui est similaire au syndrome de Stockholm, où la victime développe une empathie et des sentiments positifs envers son agresseur. 

Pourquoi était-il important de mentionner les parents biologiques de Momo dans le livre ? 

Les enfants adoptés ressentent souvent le besoin de connaître leurs origines. C'est une quête naturelle et inévitable. Pour Momo, cette recherche est décevante car la relation qu'il établit avec sa mère biologique n'est pas celle qu'il avait imaginée. Cette quête des origines est commune à beaucoup d'enfants adoptés, qui fantasment souvent sur leurs parents biologiques, espérant trouver une connexion spéciale ou une explication à leur existence. 

Vous faites référence aux abus dans l'Église et aux enfants cachés... 

Oui, il fallait une explication pour l'abandon de Momo. J'ai choisi cette explication car elle semblait plausible, mais je n'ai pas voulu insister sur cet aspect pour éviter de créer du sensationnalisme. C'est une explication parmi d'autres pour la naissance mystérieuse de Momo, mais je voulais traiter cela de manière presque banale, reflétant une réalité connue mais sans en faire le centre du récit. 

Votre enquête est menée en parallèle, et un peu en sous-marin, par un autre personnage. Pourquoi avoir choisi cette approche ? 

Je n'écris pas des romans policiers classiques. Mes enquêtes sont plus réalistes, avec des enquêteurs qui ont leurs propres motivations et limitations. L'archéologue qui découvre le corps mène une enquête avec une perspective unique, mais il n'aboutit pas à une conclusion claire. Les gendarmes et le procureur dans mon roman sont des personnages humains, avec leurs propres soucis et motivations, pas des enquêteurs omniscients. L'un des gendarmes veut éviter les complications, tandis que l'autre voit l'enquête comme une opportunité de carrière. Cette approche reflète la complexité et les ambiguïtés de la vie réelle. 

Il y a des pistes trompeuses dans votre livre, est-ce intentionnel ou parce que vous même vous menez l’enquête ?  

Oui, je balade le lecteur à travers diverses pistes. Moi-même, je ne savais pas exactement où cela mènerait en écrivant. Le roman se termine avec une incertitude, car la vie est souvent pleine de questions sans réponse. Je veux que les lecteurs se posent des questions et explorent différentes possibilités, plutôt que de leur fournir une réponse définitive. Cela reflète la nature complexe et ambiguë des événements et des relations humaines. 

Peut-on espérer une suite à ce livre ? 

Non, il n'y aura pas de suite. La vie est faite de points d'interrogation, et un romancier doit parfois laisser les questions ouvertes. Mon but est de susciter la réflexion et de laisser les lecteurs avec des interrogations, plutôt que de tout résoudre. Chaque histoire a sa propre conclusion, même si elle est ouverte et incertaine. 

 

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans Tu m'en liras tant. 

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©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Tu m'en liras tant

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