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Le murure, livre posthume de Christian Bobin
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Le murure, livre posthume de Christian Bobin

Un article rédigé par Christophe Henning - RCF, le 1 février 2024  -  Modifié le 1 février 2024
L'Actualité littéraire “Le murmure”, livre posthume de Christian Bobin, publié chez Gallimard

L’écrivain et poète Christian Bobin est décédé le 22 novembre 2022, emporté par un cancer à l’âge de 71 ans. Durant les derniers mois de sa vie, il continuait à écrire, préparant un nouveau livre, celui que j’ai entre les mains aujourd’hui. Un livre empreint d’une certaine gravité, mais que je ne considérerai pas pour autant comme un livre testament. Bobin, écrit comme il a toujours écrit, sans posture, par bribes qui entrent parfois en résonance avec des textes précédents. Il évoque ce qui fait son quotidien, le combat contre la maladie, l’hôpital, l’amour, la mort…

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Si la mort n’est pas le seul sujet du livre, il lâche des phrases graves et vives, des mots qui côtoient la mort et l’éternité : « J’écris comme se cachent les bêtes éprises de leur fin, blessées à mort par la beauté de vivre ». Un sérieux qui se nourrit d’une certaine légèreté : « Si ce livre devait être le dernier, alors il faudrait qu’il soit le plus jeune de tous ceux que j’ai écrit. » Et les émerveillements passés reviennent à la surface, en dépit du petit appétit du souffrant nourrir à la petite cuillère : « La petite cuillère, à peine creuse, contient pour ma joie l’abbatiale de Conques, le tilleul de la rue Traversière, la paresse d’une feuille morte traînant les pieds sur le trottoir, le bruit de nos pas dans Paris désert, le front bombé de la petite châtelaine de Camille Claudel, les alvéoles du pain de l’enfance, les éclaires du malheur et les moussons d’écriture – tout ce qui fut, est et sera. »

Bien sûr, le poète a une vive conscience de l’épreuve qu’il traverse, qui peut mener à la mort. Il en parle, simplement, comme il l’a toujours fait quand il a été touché par la peine, le deuil, l’épreuve. « Je compte pour rien ma vie. Ne va-t-elle pas disparaître en moins de temps qu’il ne faut à l’oiseau pour s’arracher de la branche ? » Rien de naïf dans cet aveu, rien qui puisse être mis en doute : l’écrivain ne se dérobe pas, il est au cœur du drame : « Si tu connais l’adresse d’un rosier sans épines, ne me la donne pas. Je sais déjà qu’il est faux ». Il n’est pas épargné, même s’il garde en réserve ce qui a fait sa vie, cette force de l’ordinaire, ce presque rien qui l’accompagne au quotidien : « Ce matin, l’infirmière m’a demandé de penser à quelque chose de joli avant l’opération. Et je vais penser à des noisettes. » De même qu’on dit du malade qu’il est un « patient », Bobin fait de l’écriture le temps suspendu d’une vie : « Puisque je n’ai plus le temps, eh bien je vais le prendre. »

 Bobin continue patiemment son métier d’écrivain…

« L’écriture est un linge frais tendu sur un fil d’encre », écrit-il, et encore : « Ecris, glane, vole, mais fondamentalement ne fais rien. La poésie est une famille de pauvres en promenade avec leurs enfants aux yeux plus ronds que le ciel. » L’écriture est pour lui un refuge mais aussi un exercice d’admiration, une offrande à plus grand que soi : « Trouvez-moi quelque chose de plus beau que l’écriture, bande de chiens ! » Rageur et confiant, Christian Bobin fait de ce livre une vraie déclaration d’amour à sa femme sans la nommer, Lydie Dattas, une déclaration pudique : « Je n’ai jamais été autant aimé de toute ma vie. Tu m’aimes tellement que, même mort, tu vas me sauver. Se séparer quand on ne fait qu’un, c’est dur pour des nouveau-nés comme nous. » Le temps file, mais Bobin ne disparaît pas, il murmure encore : « Je suis coloré et confiant comme une barrière de corail, je suis faible comme un palais dans un nuage, Et je tiens à un souffle que je ne laisserai personne couper. »

Le murmure, de Christian Bobin, publié chez Gallimard.

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