Le mot de la semaine : "rafraichissement"
Après les fortes chaleurs de ces derniers jours, Jean Pruvost nous emmène à la découverte de l'origine du mot « rafraîchissement ». Une chronique qui tombe à point nommé.
Jean Pruvost © Pascal HausherrD'où vient le mot « rafraîchissement » ? Jean Pruvost nous fait remonter le fil de son histoire, des langues germaniques jusqu'au français d'aujourd'hui.
À l'origine du mot « rafraîchissement »
S’agissant du « rafraîchissement », constatons que l’on a affaire à un mot très long : seize lettres, dix-huit jadis, lorsque « raffraischissement » s’écrivait avec deux f, sans accent circonflexe sur le premier i, et avec un s qui le suivait. De fait, ce long mot est attesté depuis le XIIIᵉ siècle en tant que refroidissement de l’atmosphère et, l’on s’en doute, il vient de l’adjectif « frais », qui a donné « fraîchir », « rafraîchir », puis « rafraîchissement ».
Pour une fois, ce mot si utile n’est pas issu du latin mais du germanique occidental : le francique « frisk », en parlant non pas, tout de suite, du temps qu’il fait, mais des denrées qui remettent en forme. De la souche germanique « frisk » est d’ailleurs né l’adjectif récent « frisquet », attesté seulement en 1845, dérivé d’un dialecte du Nord, passé par le flamand, ayant d’abord donné la « frisque », un petit froid vif et piquant. « Il fait frisquet ce matin » : c’est l’exemple presque systématique donné dans nos dictionnaires.
Quant à l’idée qu’au départ le mot germanique « frisk » a désigné des denrées revigorantes avant de désigner des boissons, on la retrouve dans l’un des sens du mot « rafraîchissement », correspondant à un terme de marine. Il s’agit alors des vivres frais que reçoit un bâtiment lors des relâches, comme le rappelle Littré, en 1873, dans son Dictionnaire de la langue française : « prendre des rafraîchissements, c’est prendre du pain frais, de la viande et de l’eau fraîche, des fruits, des légumes, etc. ». C’est ainsi qu’il faut comprendre le propos de Fénelon, extrait de Télémaque : « Nous trouvons un port commode, un pays abondant en rafraîchissements ». Tout comme Buffon signalant que « les oies fournirent aux équipages du capitaine Cook un rafraîchissement aussi agréable qu’il le fut aux îles Malouines à nos Français ».
Le « fraîchin », une autre histoire de fraîcheur
Il n’en reste pas moins que le sens qui l’a emporté est celui du rafraîchissement de l’atmosphère ou du corps avec quelque boisson bien fraîche. À ne pas confondre avec ce qu’on appelait encore au XVIIIᵉ siècle les « rafraîchissements intérieurs ». On appelait ainsi « rafraîchissements intérieurs » les purgatifs ou, pire encore, les clystères, chers aux médecins mis en scène par Molière.
Et puisqu’on en est aux sensations fortes, évoquons le « fraîchin », qui, attesté en 1573, est issu d’un dialecte de l'Ouest et désigne l’odeur du poisson frais ou de la marée, souvent ressentie comme désagréable. Terminons en beauté avec le navigateur Bellot, évoquant en 1863, pendant son voyage en mer polaire, « un fragment de baleine dont la substance graisseuse laisse une forte odeur de fraîchin ».


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




