Le mot de la semaine : "Humide"
Le 2 février est la journée mondiale des zones humides. Afin d'apprendre à préserver le patrimoine précieux qu'elles constituent, la convention sur les zones humides a été signé ne février 1971. Chaque année, depuis cette date, de nombreuses collectivités territoriales lancent de grandes sensibilisations pour les protéger.
Jean Pruvost © Pascal HausherrPrécisons premièrement que le mot zone vient du grec “zone”, la ceinture ayant donné en latin “zona” qui au XIXe siècle était pris tel quel pour désigner une infection virale touchant, une partie du corps. Le mot français “zone” en tant que zone géographique était attesté en 1119 mais ne fut vraiment usité qu'au XIVe siècle. Il a pris son élan notamment à la fin du XVIIe où l'on distingua les zones glaciales, entendons les deux zones polaires, joustant les zones tempérées, celles-ci entourant la zone dite alors torride, aujourd'hui appelée tropicale. Sous Louis XIV avec un doigt de pédantisme, passer la zone torride c'était aussi, comme le rappelle l'académie française en 1694, traverser un endroit où le soleil est fort brûlant. On perçoit donc que la notion de zone humide se présente presque comme son contraire.
Au XXe siècle, des zones humides au centre de l’intérêt
Ces zones humides sont les étangs, lagunes, marais salants, marais marais, les ruisseaux, les tourbières, les vallées alluviales, les prairies inondables. Et on perçoit qu'il s'agit d'un sujet sensible. Il suffit de penser à ces fréquentes inondations qui ravagent nos régions humides.
Aux origines du terme “humide”
Du latin “humidus”, lui-même issu du verbe” humere”, “être humide”, ce n'est donc en rien une étymologie surprise. Mais les usages aujourd'hui archaïques du mot humide ne manquent pas d'intérêt. Il suffit de consulter le tout premier dictionnaire monolingue, c'est-à-dire non plus français latin mais seulement français, avec le premier de tous, le dictionnaire François de Richelieu en 1680, pour être surpris par l'un des exemples. « Avoir le cerveau humide », une formule explicitée par Furtière en 1690 dans son dictionnaire universel, « le cerveau est la plus humide partie du corps, parce que c'est de là que se distillent toutes les humeurs, comme d'un alambic », et de préciser qu'un homme est d'un tempérament humide quand cette humeur y prédomine. L'humide pourrait être évoqué en tant que substantif, d'où une formule oubliée du domaine de la médecine, « l'humide radical », qui souligne l'académie et l'humeur qui fait le principe de la vie. On a dans le même temps et jusqu'au XIXe siècle appelé « humide élément » la mer, les flots, à Lamartine, dans les harmonies poétiques et religieuses, de s'exclamer que « dès aussi près du promontoire, il voit l'humide élément », d'où de nombreuses formules, synonymes des mots océans, mer, flots, tels que « les plaines humides », « l'humide empire », « l'humide séjour » ou encore « s'enfoncer dans l'humide ». La prochaine fois que vous prendrez un bain, dites sans sourciller « je pars m'enfoncer dans l'humide » et prenez la défense des zones humides sans pour autant conseiller de s'enfoncer dans l'humide inquiétant d'un marécage.


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !
