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Le monument aux morts d'Angers, une œuvre de Jules Desbois à redécouvrir

Le monument aux morts d'Angers, une œuvre de Jules Desbois à redécouvrir

Un article rédigé par Thomas Cauchebrais - RCF Anjou, le 9 juin 2026 - Modifié le 9 juin 2026
L'Anjou en héritageSculpter la mémoire : le monument aux morts d’Angers par Jules Desbois

Face au palais de justice d'Angers, il fait partie du paysage urbain depuis plus d'un siècle. Pourtant, le monument aux morts d'Angers et de l'Anjou demeure largement méconnu. Une exposition présentée au Musée des Beaux-Arts invite à redécouvrir cette œuvre majeure du sculpteur angevin Jules Desbois, ami de Rodin et figure importante de la sculpture française du début du XXe siècle.

© Ville d'Angers, Thierry Bonnet. Le Monument aux morts d'Angers par Jules Desbois© Ville d'Angers, Thierry Bonnet. Le Monument aux morts d'Angers par Jules Desbois

Chaque semaine, des dizaines d'Angevins traversent la place du Général-Leclerc et passent devant le monument aux morts d'Angers et de l'Anjou sans réellement le regarder. Pourtant, cette œuvre monumentale inaugurée en 1922 constitue l'un des derniers grands chefs-d'œuvre de Jules Desbois.

L'exposition Sculpter la mémoire. Jules Desbois et le monument aux morts d'Angers, présentée au Musée des Beaux-Arts, entend justement replacer ce monument au centre de l'attention.

Pour Fabrice Rubiella, conservateur du patrimoine aux musées d'Angers et co-commissaire de l'exposition, il s'agissait de remettre en lumière une œuvre devenue presque invisible à force d'être présente : « C'était un petit peu de leur rappeler et de dire : quand vous irez faire votre marché, levez la tête. »

Une commande pour honorer les morts de tout l'Anjou

Le monument possède une particularité peu commune. Il ne rend pas seulement hommage aux soldats de la ville d'Angers mais à l'ensemble des combattants du département tombés durant la Première Guerre mondiale.

Après 1918, dans un contexte économique difficile, la ville et le département décident d'unir leurs moyens financiers pour réaliser un monument commun. Un choix pragmatique mais également symbolique.

Comme le rappelle Florian Stalder, conservateur du patrimoine au Département de Maine-et-Loire : « Sur les 20 000 combattants angevins morts pendant la guerre de 14-18, 2 500 venaient d'Angers. »

Jules Desbois, le choix de l'évidence

Lorsque le comité chargé du projet se réunit en 1919, le nom de Jules Desbois s'impose rapidement.

Né à Parçay-les-Pins en 1851, formé à Angers puis aux Beaux-Arts de Paris, le sculpteur bénéficie alors d'une solide réputation nationale. Ami proche d'Auguste Rodin, il est considéré comme l'un des artistes majeurs de sa génération.

« Desbois fait vraiment figure de l'un des meilleurs sculpteurs français de l'époque », souligne Florian Stalder.

Le projet mobilisera l'artiste pendant près de trois ans avant son inauguration officielle en octobre 1922.

Une Pietà angevine au cœur de la composition

Le monument se compose d'un imposant socle de pierre surmonté d'un groupe sculpté en bronze.

Au centre, une femme portant la coiffe angevine soutient le corps sans vie d'un soldat. Au-dessus d'eux se dresse une Victoire ailée tenant une palme.

Pour Fabrice Rubiella, la composition évoque clairement un thème religieux universel : « On y voit une sorte de réinterprétation du motif de la Pietà, ce motif religieux de la Vierge qui porte les douleurs de l'humanité, mais dans une réinterprétation plus contemporaine en lien avec les désastres de la Grande Guerre. »

Cette alliance entre douleur humaine et victoire nationale donne à l'œuvre une forte dimension émotionnelle qui a largement marqué les contemporains.

Les secrets de fabrication révélés par l'exposition

L'un des intérêts majeurs de l'exposition est de dévoiler les différentes étapes de création du monument.

Grâce à plusieurs donations récentes, les musées d'Angers ont pu réunir des œuvres préparatoires exceptionnelles : esquisses en cire, maquettes en plâtre, modèles intermédiaires et études de drapés.

Parmi les pièces les plus précieuses figure une petite esquisse de quinze centimètres de hauteur qui pourrait être le tout premier projet conçu par Desbois.

« C'est peut-être le premier jet que Desbois a réalisé lorsqu'il a réfléchi à la composition », explique Fabrice Rubiella.

L'exposition met également en lumière le travail très concret du sculpteur, depuis les premières recherches jusqu'à la fonte du bronze monumental.

Un chef-d'œuvre à redécouvrir

Déplacé en 1988 sur son emplacement actuel, le monument est aujourd'hui entouré par l'animation du marché. Une situation qui contribue paradoxalement à le rendre moins visible.

Pour les commissaires de l'exposition, cette redécouverte était devenue nécessaire.

« Pour moi, c'est l'un des derniers chefs-d'œuvre de Desbois », affirme Fabrice Rubiella.

Une invitation à ralentir quelques instants lors d'un passage en centre-ville et à porter un regard neuf sur cette œuvre qui incarne à la fois la mémoire de la Grande Guerre, l'histoire de l'Anjou et le talent d'un sculpteur trop souvent éclipsé par la figure de son ami Rodin.

© RCF Anjou
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'Anjou en héritage
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