Le livre de la semaine : "J'aurais tant voulu...", d'Isabelle Le Bourgeois (Albin Michel)
Avec ce sixième livre, « J’aurais tant voulu », publié aux éditions Albin Michel, Isabelle Le Bourgeois nous met petit pour nous faire grandir et parle de la « nécessité de notre réhumanisation ».
Couverture de "J'aurais tant voulu..." d'Isabelle Le Bourgeois. Crédits: ® DRChaque chapitre commence par un témoignage court de gens visités : prisonniers ou patients, personnes enfermées au sens propre comme au sens figuré. Six chapitres balisent le texte, que je lis, en deux parties : le diagnostic puis, à partir du récit de la création, la RE-Création de l’homme enfin réhumanisé. Isabelle Le Bourgeois fut chef d’entreprise dans les assurances, puis elle est devenue religieuse, psychanalyste, visiteuse de prison, femme de terrain, de cœur et d’écoute. Elle apporte une parole qui libère, qui fait du bien, mais qui exige un travail sur soi-même : comment prendre ou reprendre sa liberté.
J’aurais tant voulu… On le dit tellement souvent…
J’aurais tant voulu être ceci, être cela, vivre là-bas, J’aurais tant voulu épouser Aurore, que sais-je ? Aveu d’échec ou regrets éternels ? Les maux sont bien réels : déceptions, trahisons, amours blessées, regrets, remords, frustrations, échec, perte, deuil, expérience du manque qui, parmi nous, n’a pas vécu ce type d’expérience ? Vécue ou subie ? Mais si les maux sont subis, auraient-ils un auteur ? Et pire, n’en serais-je pas moi-même l’auteur ? C’est de ma faute… Mea culpa, Mea culpa, Mea maxima culpa… De la culpabilité, comment puis-je m’en défaire ? « La culpabilité n’est pas ontologique, elle ne concerne pas ce que nous sommes mais ce que nous faisons », écrit-elle.
Mais tout de même, on peut bien avoir des regrets sans que ce soit tragique, non ?
Je cite Isabelle Le Bourgeois : « Regretter, c’est revisiter le passé en se disant que nous aurions dû ou pu faire autrement. (…) Le remords, lui, est l’indication d’une conscience morale qui fait apparaître la honte d’avoir mal agi. Il y a de l’altérité dans le remords et une idée de repentir. » On ne peut pas vivre ni de regrets ni de remords. Comment louer les louanges du Créateur si vous êtes dans cet état-là ?
Elle traite aussi de la trahison amoureuse
Oui, écoutez un peu : 62.
Il est nécessaire de se faire aider et de ne pas rester seul…
L’aide, l’accompagnateur, le psychanalyste, voire le supérieur d’une communauté peuvent intervenir mais attention, l’autrice, religieuse, je le rappelle est ferme : « L’autorité peut être un vrai lieu de perversion quand elle est imposée au nom de Dieu ». Pénitence, repentance, culpabilité ont quand même fait les beaux jours de l’Église. Sœur Le Bourgeois nous donne des pages apaisantes, rassurantes, stimulantes.
« L’amour de Dieu est une quête, pas un trophée. L’amour de Dieu est un viatique pour entrer dans une relation chaque fois plus ajustée avec l’autre.»


Chaque jeudi à 8h44, Christophe Mory présente le livre de la semaine.




