Le livre de la semaine : "Hors Champ", de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel)
C’est bientôt le salon de l’agriculture à Paris. C’est un peu le départ du printemps parce que l’on voit les vaches et toute la vie agricole qui reprend avec la nouvelle saison. Cette année, on ne verra pas de bovins, mais la fête sera là, j’espère.
Couverture du livre "Hors champs" de Marie-Hélène Lafon. Crédits: ® DREn ce moment, Marie-Hélène Lafon, prix Renaudot 2020, publie Hors champ chez Buchet Chastel. Un nouvel opus sur la condition des agriculteurs. Les difficultés des agriculteurs sont nombreuses : aléas climatiques, un grand gel sur les cultures risque de tout effondrer, une maladie sur les vaches risque de tout briser. C’est l’histoire d’une ferme dans le Larzac. Le quotidien à la ferme.
Tout y semble figé et les jours s’ajoutent aux jours.
Il y a la mère, il y a le père, il y a Gilles et il y a Claire. Claire est l’ainée, elle va quitter la ferme effectuer des études de lettres et devenir professeur et docteur en littérature. Gilles qui est presque son jumeau, reste à la ferme où il en est prisonnier. Il y a le père et la mère. Ils ne sont jamais nommés. Le père est tout en autorité et terrorise la famille. La mère, veille à ce que la ferme puisse continuer à vivre.
Plusieurs thèmes sont mêlés dans le roman : la famille, la ferme, l’emprisonnement. Si Claire parvient à quitter la ferme pour vivre à Paris, au milieu de bibliothèques et d’œuvres d’art, son frère Gilles, reste emprisonné dans le carcan de l’agriculture. Des scènes saisissantes décrivent l’environnement et l’enfermement de l’agriculture sur elle-même. Comment sauver les petites exploitations agricoles ? Comment faire pour que les petits agriculteurs puissent trouver une échappatoire à leur rôle d’esclave ? Marie-Hélène Lafon donne le quotidien d’une agriculture qui n’est plus dans le monde d’aujourd’hui. Et cependant n’est-ce pas l’humanité en barre qui nous touche tant ?
Y a-t-il une fatalité de l’exploitation agricole ?
Le mot « exploitation » est important : qui exploite qui ? Marie-Hélène Lafon remarque qu’on fait carrière dans l’Armée « mais personne ne dit une carrière de paysan ». Tout s’effondre. Ça commence par la religion avec au catéchisme, la Nini qui pue du goulot. Et la confession : qui en voudrait ? La famille n’est pas un refuge : Gilles « pense qu’il n’aurait plus peur si le père mourait ». Seule distraction annuelle : la fête de saint Roch (72 – 74). Des fêtes pour que les jeunes se rencontrent sur des musiques, des tubes, pour rassembler. Gilles a une échappatoire : il est pompier depuis ses 18 ans, « et c’est tout un tra lala ». Il y a de la fierté. Mais aussi de la tragédie quand il faut venir dépendre l’un des leurs. Chez les agriculteurs on dénombre 12 suicides par mois soit 3 par semaine. Les trois premières raisons : dettes, dépendance, problèmes environnementaux.
L’amour ne peut pas le sauver ?
Deux femmes le marquent : Christine à le faire pleurer, Nadine à le damner. Il est le jeu de ces femmes, comme de son père, comme de sa vie. À 40 ans, il est coincé, il s’ensauvage.
L’agriculture nourrit l’humanité depuis que l’homme est homme. Pourquoi la tragédie d’aujourd’hui ?
Le père constate que la ferme ne peut plus vivre parce qu’on a fait de mauvais investissement, parce qu’on n’a pas pu se moderniser, s’adapter. C’est cette évolution qui condamne les exploitations ? La concurrence, les normes, l’informatisation sont-ils possibles quand il faut traire les vaches deux fois par jour ?


Chaque jeudi à 8h44, Christophe Mory présente le livre de la semaine.




