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L'avenir de la musique live se joue-t-il dans les petites scènes ?

L'avenir de la musique live se joue-t-il dans les petites scènes ?

Un article rédigé par Anaïs Sorce - RCF Lyon, le 16 janvier 2026 - Modifié le 23 janvier 2026
Tempo · Le podcast d'actualité de RCF LyonL'avenir de la musique live se joue-t-il dans les petites scènes ?

Lady Gaga, Imagine Dragons, Katy Perry, Indochine ou Gojira… Tous ont été en concert dans la Métropole de Lyon en 2025. Mais ces mégaconcerts pèsent lourd dans l’empreinte carbone de la culture et concentrent une grande partie des budgets sur des artistes ultra médiatisés. Pendant ce temps, partout en Europe, des milliers de petites salles organisent la très grande majorité des concerts et font vivre les artistes malgré des difficultés financières chroniques. Face aux urgences, écologiques, sociales et économiques, l’avenir de la musique live passe-t-il par les petites salles ? 

Taylor Swift en concert - © Paolo V via FlickrTaylor Swift en concert - © Paolo V via Flickr

Jouer au Transbordeur, c’est un rêve d’enfant qui se réalise pour Ugo Vincent. L’artiste de l’ouest lyonnais joue d’ordinaire dans des bars, des salles communales ou des scènes de musique actuelle. Mais en novembre 2025, son groupe, Ramon Tapul, a joué en première partie des Fatals Picards. Une occasion rêvée de jouer devant 1 800 personnes même si économiquement, le compte n’y est pas toujours. « Il faut se battre pour être rémunéré dans les petites salles à Lyon, et même au Transbordeur. Un intermittent du spectacle fonctionne au cachet de représentation et si, sur dix dates, on ne fait que six cachets, ça devient compliqué à la fin de l'année » explique l’artiste qui pointe la difficulté d’être rémunéré à la juste valeur du groupe : « si on est quatre, on est souvent payé que deux personnes, voire une ». S’il se refuse à « cracher sur les gros », force est de reconnaître « qu'ils raflent tout ».

« Si l'exceptionnel ne devient plus exceptionnel, ça change beaucoup l'équilibre »

D’après le Centre national de la musique, 1% des concerts capte 34 % des recettes du live. Alors que 92% des concerts se jouent dans des salles de moins de 200 places dans la région, Le Périscope a lancé en novembre 2025 un plaidoyer, fruit d’un projet de coopération mené pendant deux ans avec des partenaires dans dix pays d’Europe pour construire des tournées moins carbonées. Ce texte alerte sur l’urgence d’une transformation systémique pour penser un futur de la musique live qui reconnaîtrait le rôle des petites, moins de 300 places, et moyennes jauges, moins de 2 000 places. Pierre Dugelay, directeur du Périscope, estime qu’il existait à Lyon un équilibre, rompu par l’arrivée de la LDLC Arena à Décines.

À une époque pas si lointaine, il y avait quelques concerts en stade. Mais ce "quelques" est devenu beaucoup plus important et c'est exponentiel aujourd'hui. La LDLC Arena est venue dédoubler la Halle Tony Garnier alors qu'on sait que l’ensemble des créations est fait dans ces petits et moyens lieux. Si l'exceptionnel ne devient plus exceptionnel, ça change beaucoup l'équilibre. La multiplication d'un format très événementiel et gigantesque met en danger l'autre. 

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Pierre Dugelay appelle le public à interroger sa pratique de concerts et déplore les phénomènes de starification : « c'est le métier d'artiste de faire des petites jauges et on peut vouloir ça, un métier de musicien qui ne soit pas de devenir star ».

La recherche de rentabilité « met en péril la diversité culturelle »

Des stars, le Kraspek Myzic en reçoit peu. La salle de la Croix-Rousse et ses 80 places est spécialisée dans la découverte musicale. Une grande part de ses activités consiste à accompagner des artistes, grâce à des financements publics car la seule billetterie ne suffit pas. « On estime qu'une bonne soirée pour de la découverte, c'est 40 personnes » explique Inès Bourgeois, coordinatrice du lieu. Elle défend une vision de la salle de concert « remplir n'est pas le but » et déplore une pensée « qui tend vers la privatisation. Ça veut dire faire une programmation en fonction d'une billetterie pleine, qui va beaucoup consommer au bar et qui va faire qu'on va être rentable. Et la rentabilité a un impact sur le potentiel artistique des artistes, ça met en péril la diversité culturelle ».

Une difficulté financière qui fragilise aussi les emplois dans ces structures majoritairement associatives alors que les chiffres de la diffusion sont « plutôt très bons » selon Florian Auvinet, directeur du réseau de musique actuelles régional Grand Bureau, qui fédère 170 lieux. Un paradoxe lié à « un effet de ciseaux budgétaire » avec des charges en hausse et des recettes qui « stagnent, voire ont clairement tendance à chuter ».

« On va voir des territoires vont devenir des déserts »

Dans son expérimentation, Le Périscope a été accompagné par Pierre Brini, animateur de l'antenne régionale du LABA, qui développe l’innovation sociale dans les secteurs culturel et créatif. Aux risques économiques et écologiques, il ajoute un enjeu démocratique, craignant que « les territoires périurbains et ruraux [soient] condamnés à venir en centre-ville pour assister à des concerts, alors même qu'il y a des équipements sur ces territoires-là. On va voir des territoires devenir des déserts parce qu'il ne sera plus intéressant économiquement d'y jouer. On va avoir une Europe de la musique à deux vitesses, avec une Europe des tournées internationales et puis rien. Et le droit à la qualité artistique, c'est un droit fondamental ».

À Lyon, les critiques se cristallisent autour de la LDLC Arena, qui vient de fêter son deuxième anniversaire.

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Pourtant, Alexandre Aulas, président de la société exploitant la LDLC Arena, affirme vouloir « faire monter des artistes des petites salles jusqu'à des salles intermédiaires puis jusqu'à la LDLC Arena et peut-être au Groupama Stadium. Aujourd'hui on a des discussions, même si elles ne sont peut-être pas aussi fréquentes que ce qu'elles devraient être, avec l'ensemble des acteurs du territoire et c'est ce qu'on souhaite faire dans le futur ».

La conditionnalité des aides publiques pourrait être un des leviers que les acteurs du secteur souhaiteraient activer. Un mécanisme soutenu par Pascale Bonniel-Charlier, conseillère régionale.

il y a des bonus et des malus à mettre en œuvre à l'échelle régionale ou métropolitaine. Il y a des systèmes quand même de redistribution, mais c'est assez mince. La ville de Lyon finance un GIP [groupement d’intérêt public, ndlr] Café Culture où mettent au pot les collectivités qui ont des cafés sur leur territoire. Les cafés qui emploient des artistes musiciens les payent correctement.

Le syndicat des musiques actuelles réfléchit actuellement à une taxe qui permettrait aux plus grandes salles de venir en aide aux plus petites.
 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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