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"La traversée de Bondoufle", par Jean Rolin (POL)
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"La traversée de Bondoufle", par Jean Rolin (POL)

Un article rédigé par Christophe Henning - RCF, le 12 novembre 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023
L'Actualité littéraire "La traversée de Bondoufle", de Jean Rolin

Où se trouve la frontière entre la campagne et la ville, l'urbain et le rural? En pérégrinant en région parisienne, Jean Rolin est sur le fil du rasoir, entre deux mondes.

Jean Rolin Jean Rolin

J’aime suivre Jean Rolin dans ces pérégrinations. Depuis des années, l’écrivain nous entraîne dans des virées incroyables, à la découverte de lieux improbables comme on dit aujourd’hui. Et s’il a pu cheminer à Jérusalem ou en Afrique, c’est avec la même curiosité et la même acuité qu’il traverse nos paysages si ordinaires que nous n’y faisons même plus attention. Ainsi, après avoir exploré les alentours du Pont de Bezons, livre publié en 2020, il nous guide dans ce nouveau récit sur la frontière incertaine du rural et de l’urbain, de la ville et de la campagne tout autour de Paris. De la banlieue que peut-il sortir de bon ? Allez-vous me dire : un univers fait de surprises et de banalités, de rencontres et de poésie, rien que dans les noms des communes et lieux-dits. Jean Rolin traverse Mongeroult et Courcelles-sur-Viosne, Boissy-l’Aillerie et Chanteloup-les-Vignes, Brou-sur-Chantereine et Vaire-sur-Marne, sans oublier de nous guider par le sentier des Tournants petits choux et encore le chemin de Pissefontaine ou celui des Briochets, le chemin du Poux ou celui de la Bidonnière… On n’imagine pas cette poésie à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la capitale.

Qu’est-ce qu’il peut bien raconter au fil de ses expéditions en banlieue ?

Jean Rolin s’amuse à revenir dans ces lieux ordinaires pour observer les paysages selon les saisons. Il se répète, parce qu’il y a un peu partout des décharges sauvages, des amas de matériaux abandonnés, des grillages aussi et des chemins qui mènent nulle part. Il faut parfois longer des départementales, passer au-dessus des autoroutes et des voies ferrées, supporter le froid, la pluie, le soleil, et faire de trois fois rien un événement : « le jeudi 17 décembre, vers onze heures du matin, j’ai noté que le chemin des Glaises, à la sortie de Chaponval, s’était révélé très boueux. » Les rencontres comptent aussi, même si, en période de covid, elles ne sont pas si fréquentes. Il y a bien la ZAD, la Zone à défendre qui mobilise quelques militants opposés au chantier d’un projet de gare du grand Paris, mais ce sont surtout la faune, la flore qui passionnent notre pèlerin de banlieue : « Le 24 février, est également celui où pour la première fois, en 2021, j’aurai entendu une alouette grisoller. » Et l’écrivain gyrovague n’en oublie pas son projet de départ, repérant parfois « la limite entre ville et campagne : quartier pavillonnaire d’un côté, et de l’autre un champ à l’horizon duquel se dessine la silhouette du Centre de recherche automobile de Guyancourt. »

Que retient-il de cette étude de la frontière entre ville et campagne ?

En fait, Jean Rolin use d’un prétexte pour nous parler de nous, de nos vies et de nos villes, évoquant « une recherche aussi vaine que la recherche de la limite entre ville et campagne ». Mais il accumule les anecdotes, rappelle le crash du Concorde à Gonesse, visite les tombes des frères Van Gogh à Auvers-sur-Oise, joue avec la glace d’un chemin creux. Au rythme de la marche, le paysage change. Dans les blés et le colza poussent des lignes à haute tension, des refuges abandonnés tombent en ruine, les centres commerciaux se multiplient… Un périple qu’il nous raconte avec tendresse et bonhommie, à sa façon inimitable : « Il n’y a guère que moi à traîner sans raison dans les parages. »

La traversée de Bondoufle, de Jean Rolin, est publié aux éditions P.O.L.

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