Julien Daillière, ce poète angevin que Paris applaudissait
Longtemps éclipsé par les grandes figures de l’histoire angevine, le poète et dramaturge angevin Julien Daillière retrouve peu à peu sa place dans la mémoire locale. Membre de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers au XIXe siècle, cet homme de lettres modeste a surtout laissé son nom à travers les célèbres « prix Daillière », destinés à récompenser poésie et vertu. Historien et académicien angevin, Jean-Pierre Bois revient sur le parcours d’un écrivain aujourd’hui oublié, mais autrefois reconnu jusqu’à Paris et par l’Académie française.
© Musée d'Angers - buste de Julien Daillière par Emile-Louis MacéHistorien, archéologue, archiviste… Depuis plusieurs émissions, Jean-Pierre Bois avait surtout évoqué des érudits angevins. Cette fois, place à un homme de lettres : Julien Daillière, né en 1812 dans une famille modeste près de Beaupréau.
« Les poètes sont souvent discrets. Tout le monde n’est pas Hugo à cette époque et lui n’est pas Hugo », rappelle l’historien avec une pointe d’amusement.
Fils d’un artisan fabriquant notamment des sabots, Julien Daillière grandit dans un milieu simple avant d’intégrer le Collège royal d’Angers. Il y côtoie plusieurs futurs grands noms du romantisme angevin, parmi lesquels le futur restaurateur de l’abbaye de Solesmes, Dom Guéranger.
Très vite, l’écriture devient sa véritable vocation. Professeur de lettres au collège royal d’Angers, il nourrit parallèlement des ambitions littéraires plus larges. « Son véritable goût, c’est l’écriture, l’écriture poétique », souligne Jean-Pierre Bois.
Un succès parisien grâce à Napoléon III
Après plusieurs essais théâtraux, Julien Daillière connaît un véritable tournant avec sa pièce Napoléon et Joséphine, jouée à Paris en 1848. Le futur Napoléon III, alors président de la République, assiste à la représentation et apprécie particulièrement cette œuvre consacrée au couple impérial.
« Il a manifesté publiquement son intérêt pour cette pièce. Ça a lancé la pièce qui a connu un très gros succès », raconte Jean-Pierre Bois.
Le soutien du futur empereur offre à Julien Daillière une reconnaissance nationale inattendue. En 1851, Napoléon III se rend même à Angers pour lui remettre la Légion d’honneur. Une visite restée dans les mémoires angevines.
« C’est la seule fois où Napoléon III est venu à Angers », rappelle l’historien.
Des poèmes couronnés par l’Académie française
Installé ensuite à Paris, où il devient conservateur à la bibliothèque de la Sorbonne, Julien Daillière se consacre pleinement à l’écriture. Il compose alors de longs poèmes inspirés de l’actualité politique et historique du XIXe siècle.
Parmi eux, La Translation des restes de saint Augustin à Hippone, puis L’Aigle, consacré au retour des cendres de Napoléon, ou encore un poème sur la guerre de Crimée. Plusieurs de ces œuvres sont récompensées par l’Académie française.
« Être distingué d’abord par Louis-Napoléon Bonaparte, ensuite par l’Académie française… on dirait : ça y est, c’est un poète », résume Jean-Pierre Bois.
Sans atteindre la notoriété d’un Victor Hugo, Julien Daillière acquiert alors une solide réputation dans les milieux littéraires parisiens.
« C’est du Daillière, et ça survit moins que les œuvres de Hugo. Mais tout le monde n’est pas Hugo », sourit l’historien.
Les « prix Daillière », héritage durable du poète
Si son œuvre est aujourd’hui largement oubliée, Julien Daillière a néanmoins laissé une trace durable dans la vie culturelle angevine. À sa mort, en 1887, il lègue en effet un capital à la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers afin de financer un prix de poésie et un prix de vertu.
Ces distinctions seront attribuées pendant plusieurs décennies avant de disparaître en 1968.
« Ce n’est plus de Daillière qu’on parle, ce sont les prix Daillière », observe Jean-Pierre Bois.
Aujourd’hui encore, l’Académie d’Angers perpétue cet esprit à travers de nouveaux prix littéraires ou universitaires.
« La dynamique revient », se réjouit l’historien, saluant la volonté actuelle de faire vivre à nouveau cette tradition intellectuelle angevine.
Poète discret, académicien reconnu, dramaturge applaudi à Paris, Julien Daillière demeure ainsi une figure singulière de l’histoire culturelle angevine. Un nom peut-être oublié du grand public, mais dont l’héritage continue encore de traverser les générations.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
