Jeanne Susplugas et Sophie Zénon, artistes exposées pour "Croire et Guérir"
À l’occasion de l'exposition « Croire et Guérir et délivrez-nous du mal » jusqu'au 15 novembre 2026, au Musée d’art et d’histoire Paul Éluard de Saint-Denis, notre émission Portrait s'arrête sur le parcours de deux artistes plasticiennes hors norme. À travers la photographie, la sculpture, le textile et le végétal, Jeanne Susplugas et Sophie Zénon explorent la fragilité humaine, le cycle de la vie et nos rituels de consolation face à la douleur.
Jeanne Susplugas et Sophie ZénonSophie Zénon : De l'anthropologie à la magie du végétal
Le parcours de Sophie Zénon est profondément marqué par les sciences humaines et une trajectoire atypique. Avant de placer la photographie au cœur de sa pratique, elle commence par des études d’histoire contemporaine, d’ethnologie et d’anthropologie. Elle intègre ensuite l’École Pratique des Hautes Études, dans la section des sciences des religions, pour travailler spécifiquement sur le chamanisme mongol et sibérien.
Cette recherche de longue haleine sur le rôle du chaman, cet intercesseur indispensable entre le monde des morts et celui des vivants, irrigue aujourd'hui toute sa sensibilité artistique. Se définissant comme une artiste contemporaine globale, elle fait dialoguer la photographie avec d'autres médias comme la gravure, la poterie ou le textile. Pour elle, créer signifie concevoir des environnements et initier des actions performatives afin que le visiteur puisse s’imprégner physiquement de son propre mode de pensée.
Pour l’exposition de Saint-Denis, Sophie Zénon propose une œuvre monumentale intitulée « Le corps à vif ». Cette structure interactive de quatre mètres de long sur un mètre soixante de haut se compose de sept panneaux articulés qui s’ouvrent et se ferment au gré du parcours. Lorsqu'elle est entièrement ouverte, l'œuvre dévoile des impressions de cires anatomiques provenant du musée de l’école de médecine de Naples, mettant en lumière nos pathologies et les dysfonctionnements du corps humain. Quand les panneaux se referment, le spectateur bascule dans un tout autre univers, un paysage végétal où surgissent des plantes médicinales dorées sur fond noir.
Ces plantes, telles que l'armoise ou la mandragore, ont été extraites du Platearius, un manuscrit du XVIe siècle, et choisies pour le sentiment de merveilleux que suscitent leurs noms. Imprimée sur un bois volontairement imparfait et marqué, l'œuvre intègre la maladie et la vulnérabilité dans son support même, offrant un concentré saisissant du cycle de la vie et de la mort.

Jeanne Susplugas : De l'officine familiale à l'histoire sociale
Jeanne Susplugas s'est quant à elle formée par la voie de l’histoire de l’art, de l’archéologie et de la muséologie. Bien qu'elle n'ait pas fréquenté les bancs d'une école d'art traditionnelle, elle n'a jamais cessé de créer et a commencé à exposer ses œuvres très jeune. Véritable artiste multi-médium, elle explore indifféremment la céramique, le dessin, le verre ou la réalité virtuelle, guidée par une certitude : c'est l'idée qui dicte le choix du matériau le plus juste pour s'exprimer.
Son installation phare présentée à Saint-Denis s'intitule « La maison malade ». Conçue initialement en 1999, cette œuvre dont la forme évolue dans le temps prend sa source dans une histoire profondément intime et familiale. Son grand-père était chercheur à la faculté de pharmacie de Montpellier, tout comme ses deux parents. Avec son frère et sa sœur, Jeanne a littéralement grandi au laboratoire, passant des heures au milieu des éprouvettes et des herbiers. Dès ses débuts artistiques, les arbres et les plantes médicinales s'imposent donc naturellement dans son travail.
À travers cette maison, Jeanne Susplugas réussit la prouesse de partir d'une expérience personnelle pour atteindre une portée sociale, utilisant le mot malade pour dénoncer la surconsommation médicale de notre société. Ce qui l'intéresse avant tout, c'est de laisser une lecture ouverte où la maison devient la métaphore de l’être humain, une créature en permanence en équilibre sur un fil. Cette vision de l'existence se prolongera dès le 4 juillet prochain dans sa nouvelle exposition au titre, « Life is a dance », qui rappelle que la vie est une danse pas toujours facile à mener.
L'écrin de Saint-Denis et les rituels de l'espoir
Pour les deux artistes, investir le Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis s'est révélé être une chance et une évidence. Sophie Zénon connaissait déjà les lieux pour y avoir exposé un travail sur les momies de Palerme. Elle décrit ce musée comme un véritable écrin aux collections exceptionnelles, idéal pour explorer le sentiment d’impermanence, de fragilité et de deuil. Jeanne Susplugas a quant à elle ressenti une vive émotion en recevant l'invitation, y trouvant immédiatement une place légitime pour ses questionnements sur le corps.
Au-delà de la thématique médicale ou historique, l'exposition touche à une dimension profondément spirituelle et humaine. "C'est l'histoire de la résilience et des petites stratégies que l'humanité déploie pour survivre." Comme le résume magnifiquement Sophie Zénon, ce qui touche au cœur, c’est de voir comment chacun d’entre nous, dans sa vie quotidienne, lorsqu’il est confronté à la douleur ou à la perte d’un être cher, invente des rituels et de petits mécanismes pour dépasser la souffrance et continuer à avancer.


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