Jean d'Arthuys : Le rêve d'une vie au bout de 200 jours de mer
De la télévision aux Girondins de Bordeaux, de la mode au monde du vin, Jean d’Arthuys a multiplié les vies professionnelles. Mais derrière ces expériences se cachait depuis toujours un rêve : participer à une course autour du monde à la voile. Des années après l’avoir imaginé pour la première fois, il a finalement pris le large à bord de Triana. Une aventure de plus de 200 jours, aussi éprouvante qu’initiatique, qu’il raconte dans son livre Un défi de fou, publié aux éditions du Rocher. Témoignage dans Portrait
Jean d'Arthuys, Entrepreneur, Investisseur et vigneron françaisPlusieurs vies, un même fil conducteur : suivre ses passions
Jean d’Arthuys aurait pu se contenter d’un seul parcours. Il en a finalement emprunté plusieurs. Après de longues années chez M6, il prend notamment la direction des Girondins de Bordeaux, avant de se tourner vers la mode et les marques, avec notamment la reprise de la maison Lejaby. Aujourd’hui, ce passionné de vin dirige deux domaines viticoles, à Bandol et en Bourgogne.
Derrière cette succession d’expériences, un même moteur : la passion. « J’ai toujours essayé de suivre un peu mes passions, c’est le fil conducteur de ma vie », confia-t-il.
Mais une passion restait encore en suspens. Un projet imaginé dès sa jeunesse, longtemps enfoui, jusqu’à ce qu’une occasion lui permette enfin de le faire ressurgir.
À 25 ans, Jean d’Arthuys avait déjà envisagé de participer à la Whitbread, mythique course autour du monde à la voile lancée en 1973. Il devait notamment partir avec Olivier de Kersauson. Mais le projet n’aboutit pas.
Le rêve aurait pu disparaître. Il est resté là, quelque part, en attente.
Des années plus tard, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la course, Jean d’Arthuys ressent ce qu’il décrit comme « une sorte d’appel ». Une évidence difficile à repousser.
« J’ai toujours voulu que ma vie d’adulte ne déçoive pas mes rêves d’enfant », explique-t-il.
Une phrase qui résume peut-être à elle seule l’esprit de cette aventure. Car pour Jean d’Arthuys, réaliser ce rêve n’est pas simplement prendre la mer. C’est répondre à un rendez-vous que l’on porte parfois en soi pendant des décennies.
200 jours face à l’océan… et face à soi-même
À bord du Triana, huit équipiers se retrouvent pendant plus de 200 jours dans un espace extrêmement réduit, confrontés aux mers du Sud et à des conditions particulièrement difficiles. Pas de routage météo, pas de pilote automatique, des téléphones portables enfermés dans des sacs scellés : la course impose une forme de déconnexion radicale.
Et avec elle, une autre rencontre.
« C’est aussi un rendez-vous avec soi-même », raconte Jean d’Arthuys. Dans ce temps suspendu, loin du rythme habituel de la vie quotidienne, les souvenirs remontent, les questions aussi. Que reste-t-il lorsque tout le reste disparaît ?
La réponse semble progressivement apparaître au fil du voyage : les proches, l’amitié, l’amour, le courage.
« À la fin, il ne reste que ça. »
La beauté au milieu de l’épreuve
Car l’aventure n’est pas uniquement faite de tempêtes, de fatigue et de doutes. Il y a aussi des moments de grâce.
Jean d’Arthuys se souvient notamment des paysages rencontrés au large de la Nouvelle-Zélande, des baleines, des albatros et de ces levers et couchers de soleil qui se succèdent pendant des semaines.
« Le mystère de la nature fait que vous avez un choc quotidien sur la beauté de la nature », répondit-il.
Une expérience qui donne au voyage une dimension presque spirituelle. L’océan devient alors bien plus qu’un terrain de course : un espace de contemplation, où le temps ralentit et où l’homme mesure sa place face à quelque chose qui le dépasse.
À huit sur un bateau : l’aventure humaine avant tout
Si le défi est maritime, il est aussi profondément humain. Huit personnes, de générations et d’horizons différents, enfermées dans un espace restreint, avec peu de sommeil, peu de confort et une succession d’épreuves.
Jean d’Arthuys reconnaît avoir peut-être « sous-dimensionné la complexité humaine » de l’aventure.
Les caractères se confrontent, les tensions peuvent surgir, mais une forme de solidarité finit aussi par se construire. Au terme de cette traversée, ce sont précisément ces liens qui restent.
« On a fait quelque chose d’extraordinaire ensemble », résume-t-il.
Ne pas passer à côté de ses grands rendez-vous
L’histoire aurait pu simplement être celle d’un homme qui réalise un vieux rêve. Elle devient finalement une réflexion plus large sur le temps qui passe et sur les rendez-vous que chacun peut avoir avec lui-même.
Olivier de Kersauson, d’abord sceptique face au projet, finit par encourager Jean d’Arthuys à partir. Un conseil qui résonne encore après l’arrivée : certains rêves doivent être tentés, même lorsqu’ils semblent déraisonnables.
Jean d’Arthuys en tire une conviction : « Il vaut mieux vivre pleinement que simplement exister. »
Une aventure qui aura pourtant commencé par un objectif beaucoup plus modeste : réussir à prendre le départ et, peut-être, terminer la première étape. Au final, après une première partie de course particulièrement difficile, Triana remporte l’étape du Cap Horn et termine troisième au classement général, tout en remportant sa catégorie.
Derrière le résultat sportif, c’est surtout l’accomplissement personnel qui demeure. Car Jean d’Arthuys le rappelle : même lorsque l’aventure est « 80 % du temps » extrêmement difficile, certaines expériences peuvent donner un sens particulier à toute une vie.
Mais quel sens particulier a donné cette expérience à la vie de Jean d’Arthuys ? Pourquoi vivre pleinement plutôt que de simplement exister ? Comment suivre ses passions au fur et à mesure des années ?
Pour le découvrir, retrouvez le Portrait de Jean d’Arthuys sur RCF Notre Dame ainsi que son récit Un défi de fou, publié aux éditions du Rocher.
