Jean Coquet, l’artiste qui a illuminé la chapelle du Bon Pasteur à Angers
À la fin des années 1950, la congrégation du Bon Pasteur lance un vaste chantier de rénovation de sa chapelle angevine. Pour en concevoir le décor et les vitraux monumentaux, elle fait appel à l’artiste lyonnais Jean Coquet. Un maître verrier du XXᵉ siècle dont l’œuvre marque encore aujourd’hui l’un des plus beaux ensembles d’art sacré moderne du patrimoine angevin.
Vitrail de la chapelle des sœurs du Bon Pasteur à Angers signé Jean CoquetDans la pénombre de la chapelle du Bon Pasteur, dans le quartier de la Doutre à Angers, les couleurs des vitraux se déploient sur toute la hauteur de l’édifice. Des compositions monumentales qui continuent d’impressionner les visiteurs plus de soixante ans après leur création. Derrière ces verrières se cache le travail d’un artiste aujourd’hui encore trop méconnu : Jean Coquet.
Né à Lyon en 1907, ce maître verrier a consacré l’essentiel de sa carrière à l’art religieux. Son intervention à Angers, à la fin des années 1950, constitue l’un de ses chantiers les plus ambitieux.
Une congrégation à son apogée
Lorsque la congrégation du Bon Pasteur décide de reconstruire sa chapelle, elle connaît alors l’une des périodes les plus florissantes de son histoire. Fondée à Angers au XIXᵉ siècle par sainte Marie-Euphrasie Pelletier, elle est devenue une organisation internationale présente sur plusieurs continents.
« Un siècle après sa fondation, la congrégation est devenue quelque chose d’absolument massif », explique Christophe Justeau, ancien président de l’association Bon Pasteur Accueil et membre de l’Académie d’Angers. « On compte alors plus de 13 000 religieuses dans le monde et des dizaines de milliers de femmes accueillies dans ses institutions. »
Dans de nombreux pays, les religieuses prennent en charge des jeunes femmes en difficulté ou des enfants abandonnés. La communauté s’est étendue en Europe, en Amérique et en Asie, formant un réseau impressionnant.
Mais cette expansion pose une question : comment maintenir l’unité d’une congrégation désormais dispersée sur toute la planète ?
Angers, cœur symbolique de la congrégation
En 1940, la nouvelle supérieure générale, sœur Marie-Ursula Jung, fait un choix stratégique. Plutôt que de déplacer la maison-mère à Rome, elle décide de renforcer le rôle d’Angers comme centre spirituel de la congrégation.
« Pour elle, les racines sont à Angers. C’est ici que les sœurs doivent venir se ressourcer », résume Christophe Justeau.
Mais les bâtiments de la maison-mère sont alors dans un état préoccupant.
« Quand elle arrive, elle découvre des bâtiments vétustes, avec parfois des risques d’effondrement, y compris pour la chapelle », précise-t-il.
Un vaste programme de rénovation est donc lancé. Les bâtiments sont modernisés, des chambres sont aménagées pour accueillir les religieuses venues du monde entier et de grandes salles de réunion sont construites pour les assemblées internationales.
La reconstruction de la chapelle doit être l’aboutissement de ce projet.

Le choix de Jean Coquet
Pour concevoir le décor et les vitraux du nouvel édifice, la congrégation fait appel à Jean Coquet, un artiste lyonnais formé aux Beaux-Arts.
Fils d’agriculteurs, il découvre très tôt un talent particulier pour le dessin. À seulement quinze ans, il intègre l’École des Beaux-Arts de Lyon.
« Très vite, il accumule les premiers prix et se fait remarquer par ses professeurs », raconte Christophe Justeau.
En parallèle de ses études, il travaille dans des ateliers de verrerie où il apprend le métier de maître verrier. Sous l’influence de son mentor Georges Décote, il se forme aussi à d’autres disciplines artistiques comme la mosaïque ou la ferronnerie.
« Jean Coquet devient un artiste complet, capable de concevoir un décor dans son ensemble », souligne l’historien.
La congrégation du Bon Pasteur le connaît déjà : dans les années 1930, il a collaboré avec un architecte sur un projet pour une communauté de religieuses près de Lyon.
Des vitraux monumentaux
À Angers, Jean Coquet conçoit un ensemble de vitraux monumentaux qui structurent l’espace de la chapelle. Les compositions, à la fois modernes et profondément spirituelles, marquent le renouveau de l’art sacré de l’après-guerre.
Le chantier se déroule principalement entre 1957 et 1960.
Pour financer ces travaux, la congrégation mobilise l’ensemble de ses communautés à travers le monde.
« Il y a eu des emprunts autorisés par le pape, mais surtout une immense générosité des différentes provinces », explique Christophe Justeau. « Les États-Unis et l’Allemagne ont notamment contribué de manière importante. »
Les religieuses elles-mêmes participent à l’effort financier.
« Tout cela a été pris sur leur superflu… qui était très limité. Cela représente un effort considérable. »
Un patrimoine encore méconnu
Aujourd’hui, la chapelle du Bon Pasteur reste l’un des ensembles d’art sacré moderne les plus remarquables d’Angers. Pourtant, l’œuvre de Jean Coquet demeure relativement discrète dans l’histoire artistique du XXᵉ siècle.
Ses vitraux continuent pourtant de témoigner d’une époque où Angers était le centre d’une congrégation présente aux quatre coins du monde.
« Cette chapelle était pensée comme un lieu capable d’accueillir les sœurs venues de tous les continents », rappelle Christophe Justeau.
Un lieu où l’art, l’architecture et la spiritualité se rejoignent, sous la lumière colorée des verrières imaginées par Jean Coquet.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
