Israël-Palestine : ce que disent l'histoire et les cartes
Signée en 1917, la déclaration Balfour représente "la première matérialisation d’un soutien occidental au projet sioniste". Est-ce là qu'il faut situer le début de cette "guerre de cent ans" qu'est devenu le conflit israélo-palestinien ? L'analyse des cartes historiques permet de comprendre le foisonnement des mouvements, des jeux d'influence et des revendications, de l'Europe au Moyen-Orient, au sortir de la Première Guerre mondiale.
©wikimedia commonsComment comprendre l’éternel conflit du Moyen-Orient ? Le territoire dont on parle est grand comme deux départements français. Un petit territoire donc, parcouru par une guerre permanente, ravageuse. La chute de l'Empire ottoman, la Déclaration Balfour... Dans Les Racines du Présent, Frédéric Mounier et ses invités s'appuient sur les cartes anciennes pour retracer les étapes clés de cette "guerre de cent ans".
Les restes de l'Empire ottoman
Nationalismes arabes, ambitions coloniales, projet sioniste : au début XXe siècle, quand s’effondre l’Empire ottoman, la Palestine est à la croisée de mouvements, aspirations et revendications. "Les uns et les autres vont jouer de leurs influences", explique Delphine Papin, rédactrice en chef au Monde et co-auteure avec Gilles Paris, du livre "Israël-Palestine - Histoire, société économie : un atlas pour tout comprendre" (éd. Tallandier /Le Monde, 2026)
Les cartes le montrent, "toute cette période-là en fait ça va très vite", indique la journaliste spécialiste de l’analyse géopolitique par la cartographie. "Les influences vont se superposer très rapidement entre le début et la fin de la Première Guerre mondiale."
Après six siècles d’existence, l’empire ottoman, qui s’est trouvé dans le clan des vaincus après la Grande Guerre, a été réduit aux frontières de l’actuelle Turquie. Et les territoires restants ont été confiés aux vainqueurs français et britanniques, selon les traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923).
Malgré la reconnaissance de l’autodétermination des peuples par le texte des "quatorze points de Wilson" (en 1918) , "on considère que ces territoires ne peuvent pas s’administrer par eux-mêmes et qu’ils ont besoin d’une tutelle évidemment bienveillante", explique Gilles Paris, quand bien même ce territoire était "taraudé par des sentiments nationalistes".
La déclaration Balfour, le début d’une "guerre de cent ans"
Après un XIXe siècle marqué par plusieurs pogroms en Russie et en Europe de l’Est, l’affaire Dreyfus, qui a profondément divisé la société française entre 1894 et 1906, a accentué l’idée que les communautés juives ne vivraient jamais en paix en Europe. Y compris les communautés les plus assimilées.
Le projet sioniste apporte donc une réponse à la nécessité d’un espace territorial pour les Juifs. L’établissement en Palestine représente un retour aux sources sur la base d’un message religieux, puisque le vœu - prononcé dans le cadre d'une prière - d’être "l’an prochain à Jérusalem" est formulé à chaque célébration de la fête de Pessah.
Le 2 novembre 1917, la déclaration Balfour, lettre signée du secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères Arthur Balfour, apporte son soutien à la création d’un foyer national juif en Palestine. Elle représente "la première matérialisation d’un soutien occidental au projet sioniste", observe Gilles Paris, éditorialiste au Monde, correspondant à Jérusalem de 2001 à 2006. "Dans le feu de la Première guerre mondiale, le Royaume-Uni, qui cherche des soutiens, considère important de se ménager la bienveillance d’une communauté juive qu’il perçoit comme influente, comme riche."
La déclaration Balfour a-t-elle occulté les sensibilités nationalistes arabes ? Quoi qu’il en soit, comme le souligne Gilles Paris, "on arrive à cette quadrature du cercle dont on ne sort pas depuis le début de cette guerre de cent ans".


L’actualité s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, auteur du blog Les Racines du présent, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir.




