Guillaume Goubert | Vitraux de Notre-Dame : des vitraux qui ont du souffle
Présentés au Grand Palais, les projets de vitraux contemporains destinés à la cathédrale Notre-Dame de Paris suscitent débats et passions. Très contestée, cette commande confiée à l’artiste Claire Tabouret s’inscrit pourtant dans une démarche ambitieuse, à la fois respectueuse de l’héritage et résolument narrative. Guillaume Goubert est allé voir l’exposition des projets de vitraux pour Notre-Dame de Paris. Il nous partage son avis.
® Guillaume Goubert / DRAvant même leur installation, ces vitraux invitent à repenser le dialogue entre création contemporaine et patrimoine sacré.
Un projet courageux dans un contexte polémique
Première chose que je voudrais souligner : l’autrice des vitraux, Claire Tabouret, fait preuve d’un certain courage. On sait que ce projet est très contesté parce qu’il va aboutir à la dépose de six vitraux conçus par l’architecte Viollet-le-Duc lors de la grande restauration de la cathédrale au milieu du XIXe siècle. Une pétition hostile a réuni plus de 300 000 signatures, des procédures en justice ont été engagées. Un contexte qui pousse plutôt à la discrétion pour ne pas alimenter les polémiques.
Claire Tabouret, elle, a fait le choix de soumettre au public tout son travail préparatoire dans une galerie du Grand-Palais à Paris : les esquisses qui lui ont permis de remporter le concours d’attribution en décembre 2024 et les six maquettes grandeur nature - 7 mètres par 4 - à partir desquelles l’Atelier Simon-Marq, à Reims, est en train de réaliser les vitraux - la pose est prévue à la fin de cette année.
Une fresque de Pentecôte qui emporte l’adhésion
Mes réticences ont été déjouées, en grande partie. Il me semblait qu’un seul vitrail aurait suffi pour faire mémoire du grand incendie de 2019. Or, au Grand-Palais, j’ai été frappé et même emporté par l’ambition narrative de ces six vitraux. Le thème choisi par l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, est celui de la Pentecôte.
Chacune des verrières a pour titre des mots tirés des Actes des apôtres. Cela commence par : « Tous réunis ensemble dans un même lieu ». Et s’achève par « Ils se mirent à parler d’autres langues et chacun s’exprimait selon le don de l’esprit ». Nous sommes entraînés dans un récit où le vent souffle véritablement.
Quelques remarques positive complémentaires. Claire Tabouret a intégré dans chacune des verrières des motifs issus des vitraux de Viollet-le-Duc, marquant ainsi son respect pour cet héritage. La balance des couleurs a été conçue pour laisser passer dans la cathédrale la même lumière qu’auparavant. Il faut encore souligner qu’il s’agit d’œuvres figuratives et non abstraites, choix paradoxalement innovant : pour la plupart, les vitraux contemporains réalisés ces dernières décennies étaient abstraits.
Claire Tabouret : « Je suis au service de quelque chose de plus grand que moi, un monument, une histoire
et une religion [...]»
Enfin, je veux saluer la manière dont Claire Tabouret s’est véritablement dévouée au projet : « Je suis au service de quelque chose de plus grand que moi, un monument, une histoire
et une religion. Même si je dois aussi être honnête en tant qu’artiste et défendre mes intuitions. C’est un dialogue passionnant. »
Cette aventure a en tout cas déplacé intérieurement Claire Tabouret puisqu’elle a décidé de faire baptiser ses enfants. Elle a déclaré dans La Croix : « J’avais envie de leur ouvrir cette porte, de leur donner accès à cette grande famille chrétienne qu’est l’Église. »
Aucune réserve ?
Si quelques-unes. En particulier, je ne suis pas conquis par la représentation de la Vierge Marie, les bras levés vers le ciel, qui est un peu « mièvre », pour rependre un mot utilisé par l’écrivaine Laurence Cossé dans La Croix. C’est un peu embêtant car cette figure est assez centrale dans le cycle des vitraux de Claire Tabouret.
Cependant, il faut de toute façon attendre encore pour un jugement définitif. Il s’agit de vitraux. Le travail de traduction en verre que sont en train de réaliser les artisans de l’atelier Simon-Marq puis l’installation dans la cathédrale peuvent encore beaucoup modifier notre perception, en bien ou en mal. En ce qui me concerne, je parie sur le bien.
Exposition au Grand Palais jusqu’au 15 mars.


Chaque mardi à 8h45, Guillaume Goubert et Simon de Monicault présentent une exposition ou un événement qui raconte l'histoire de l'art.




