Guillaume Goubert | Henri Matisse, les ciseaux et la couleur
Du 24 mars au 26 juillet 2026, le Grand Palais accueille l’exposition Matisse réunissant les créations réalisées entre 1941 et 1954 de l’artiste éponyme. Après une opération lourde impactant gravement son état physique, Henri Matisse transforme l’obscurité de ses dernières années de vie en lumière et couleurs éclatantes. Ce souffle de seconde vie lui inspira une innovation artistique : les papiers gouachés, découpés et collés.
Henri Matisse, Les Acanthes, 1953, papiers gouachés, découpés et collés, Fondation Beyeler, Bâle/Riehen. Crédits: Robert BayerIl s’agit d’Henri Matisse auquel le Grand Palais, à Paris consacre une magnifique exposition. Elle va connaître un succès considérable, on va s’y bousculer. Mais cela vaut la peine de se joindre à la foule pour voir les splendeurs qui ont été rassemblées.
L’exposition porte sur les dernières années de la vie du peintre, mort en 1954, à l’âge de 84 ans. Une de ses citations figure sur un mur : « J'espère qu'aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons jeunes. » On peut dire qu’il y est parvenu. L’ultime partie de son œuvre déborde d’invention et de couleurs.
Une innovation artistique
En 1941, Matisse a subi une très lourde opération à cause d’un cancer. Il a frôlé la mort. Mais il a survécu. Il a eu le sentiment de disposer d'une seconde vie pour expérimenter de nouvelles manières de créer. Après l’opération, il a passé beaucoup de temps au lit et en fauteuil roulant.
Ce n’est donc pas à la peinture qu’il a consacré en priorité son énergie même s’il a encore réalisé des tableaux splendides. Il a en revanche énormément dessiné, travaillant inlassablement l’épure de son trait. Et, surtout, il a pour ainsi dire inventé une technique : les papiers gouachés, découpés et collés.
Du petit au grand format
Les assistantes qui se relayaient auprès de lui peignaient à la gouache du papier blanc. D’où un stock de feuilles aux couleurs intenses : bleu, rouge, vert jaune, noir. Matisse découpait des formes dans ces feuilles avec de grands ciseaux et, toujours aidé de ses assistantes, les assemblait pour composer des images.
Au début, ce furent plutôt des petits formats, notamment pour un livre intitulé « Jazz ». Mais avec le temps, Matisse en vient à créer d’immenses panneaux, très impressionnants. Je pense en particulier à une œuvre intitulée « L’Escargot », un carré de 2,85 m de côté. Quelques images filmées permettent de voir Matisse travailler. On a vraiment le sentiment de le voir dessiner avec ses grands ciseaux en taillant à vif dans la couleur, pour reprendre sa propre expression.
De l’artistique au spirituel
Juste avant Noël, j’ai consacré cette chronique à la chapelle que Matisse a réalisée entre 1947 et 1951 pour un couvent de dominicaines à Vence, non loin de son atelier de Nice. Le projet est né de son amitié avec l’une de ses assistantes, Monique Bourgeois, qui a ensuite pris le voile sous le nom de sœur Jacques-Marie.
L’exposition du Grand Palais consacre une belle place à ce chef-d’œuvre. Notamment, des maquettes des vêtements liturgiques qui furent conçus avec des papiers découpés et de très belles esquisses dessinées, notamment la célèbre image de saint Dominique dont le visage est fait simplement d’un trait ovale.
Le chantier de la chapelle l’a amené à développer son art sous forme de vitraux, ce qui lui a valu des commandes américaines. L’exposition a été l’occasion de faire venir des États-Unis une magnifique verrière consacrée à la nuit de Noël.
Matisse n’était pas un croyant pratiquant. Mais il avait en lui comme une nostalgie de la foi qu’il exprimait avec humour dans une lettre à son ami Picasso : « Au fond, Picasso, il ne faut pas que nous fassions les malins. Vous êtes comme moi : ce que nous cherchons tous à retrouver en art, c'est le climat de notre première communion.»
Jusqu’au 26 juillet


Chaque mardi à 8h45, Guillaume Goubert et Simon de Monicault présentent une exposition ou un événement qui raconte l'histoire de l'art.




