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Georges Mandel est-il un exemple d'homme politique ?

Georges Mandel est-il un exemple d'homme politique ?

Un article rédigé par Frédéric Mounier, avec OR - RCF, le 7 juin 2026 - Modifié le 13 juin 2026
Les Racines du présentGeorges Mandel, un modèle politique pour aujourd'hui ?

Il a été le premier homme politique de la IIIe République à alerter la France sur la menace hitlérienne. Georges Mandel était un patriote, un fervent admirateur de Clemenceau et un anticlérical qui a fait carrière plutôt à droite. Ce résistant de la première heure, négligé par De Gaulle, n’a jamais cessé d’être l’objet de controverses. Jusqu’où peut-il être un exemple d'homme politique pour aujourd’hui ?

"Mandel a eu d’énormes pouvoirs et l’usage qu’il en fait à tort ou à raison lui a créé des ennemis, beaucoup d’ennemis." ©wikimedia commons"Mandel a eu d’énormes pouvoirs et l’usage qu’il en fait à tort ou à raison lui a créé des ennemis, beaucoup d’ennemis." ©wikimedia commons

Ces temps-ci on voit se multiplier les films sur la collaboration et la résistance. Il y a "Les Rayons et les Ombres" de Xavier Giannoli, "La Bataille de Gaulle" d’Antonin Baudry ou le film "Moulin" de László Nemes, qui a été présenté en compétition lors du festival de Cannes. Mais celui qui mériterait également un biopic, c’est Georges Mandel. 

Il est l’un des seuls hommes politiques de la IIIe République à avoir alerté sur la menace hitlérienne et à avoir vu venir la catastrophe de 1940. Il a été assassiné par la milice, elle-même téléguidée par les nazis, le 7 juillet 1944. Mais jusqu’où peut-il être un exemple aujourd’hui ? Il n’a jamais cessé d’être l’objet de controverses. 

Agrégé d'histoire, Hugo Coniez lui consacre une biographie intitulée "Georges Mandel - Le premier résistant" (éd. Perrin, 2026). Énarque et normalien, rédacteur de débats au Sénat, il s’est passionné pour la vie de Georges Mandel, dont la trajectoire est étroitement liée à l’histoire de la IIIe République (de septembre 1870 à juillet 1940). L’engagement de Georges Mandel en dit long sur le contexte politique et idéologique de toute une époque.

Qui était Georges Mandel ?

Georges Mandel était un nom d’emprunt. Il est né Louis Rothschild en 1885 dans une famille qui n’a aucun lien avec la célèbre lignée des banquiers. Sa mère était issue de ces juifs alsaciens que l’on a appelé les "optants", c’est-à-dire ceux qui ont choisi la France après 1870. "Un milieu d’un très grand patriotisme", observe Hugo Coniez.

Louis Rothschild a pris pour pseudonyme Georges Mandel au moment d’embrasser une carrière de journaliste. "Il a été toute sa vie victime d’attaques antisémites très fortes", nous dit son biographe, qui rappelle que durant l’affaire Dreyfus, "le nom Rothschild n’est pas facile à porter en France". Malgré "un antisémitisme culturel" répandu surtout à droite, Georges Mandel a fait carrière "plutôt à droite politiquement". "Il ne sera jamais un homme de droite classique notamment en raison de cette ascendance juive."

"Cet israélitisme, comme on l’appelle à l’époque, c’est sans doute la matrice de son patriotisme. C’est-à-dire qu’on a des Juifs français qui se détachent progressivement de la religion de leurs aïeux et qui transfèrent - c’est une simplification que de dire cela mais ce n’est pas tout à fait inexact quand même - cette foi sur la patrie française."

Le patriotisme, c’est une constante dans la pensée de Georges Mandel. Lui qui s’est montré très jeune passionné par la politique avait demandé à l’âge de treize ans à être abonné au Journal officiel. "C’était véritablement sa passion", décrit Hugo Coniez, à une époque "où on lisait beaucoup plus les comptes rendus des débats parlementaires qu’on ne le fait aujourd’hui". Le jeune Louis Rothschild, avec ses capacités mnésiques hors du commun, suivaient les débats, les discours des grands tribuns de l’époque comme Georges Clemenceau, etc.

 

La suite de l'Histoire, l'intégraleOccupation allemande, ces Français qui ont choisi la résistance

D'énormes pouvoirs, beaucoup d'ennemis

Entré à 21 ans à la rédaction du journal L’Aurore, Georges Mandel s’est lancé en politique en 1906, quand Georges Clemenceau est devenu président du Conseil. Clemenceau qui sera "son maître, toute sa vie". Patriotisme, dreyfusisme, anticléricalisme caractérisent la pensée de Mandel, ainsi qu’un sens de l’État particulièrement développé, "une conception jacobine de la nation".

En politique, Georges Mandel suscitait une crainte mêlée de fascination. Son biographe décrit, "un adepte des méthodes machiavéliennes, surtout quand il se trouve au pouvoir, il considère que pour gouverner il y a deux facteurs efficaces : la peur et la corruption".

On a dit de lui qu’à été à la fois le véritable maître du pays et l’homme le plus détesté de France. Ce qui est exagéré, selon Hugo Coniez. Toutefois, il est vrai que "Clemenceau avait tendance à se défausser sur lui", surtout à partir de novembre 1917, "dans une époque de renforcement du pouvoir exécutif", qu’on a appelé "la dictature Clémenceau".

"Mandel a eu d’énormes pouvoirs et l’usage qu’il en fait à tort ou à raison lui a créé des ennemis, beaucoup d’ennemis." C’est lui qui, en tant que ministre des Postes et Télécommunications (PTT) entre 1934 et 1936, a lancé la télévision en France. C’est lui qui était ministre de l’Intérieur lors de la défaite de mai 1940.

 

5 juin 1940, premiers bombardements de Paris. Enfin, commencement du redressement. Les Français n’avaient pas compris, ils vont maintenant savoir souffrir

 

"Le premier résistant"

Quand, dès 933, Georges Mandel a alerté sur l’ampleur du réarmement allemand, on peut dire qu’il a prêché dans le désert. Lui qui a lu "Mein Kampf" en version originale et s’est opposé à la réoccupation de la Rhénanie, disait : "Il faut être contre Hitler avec n’importe qui." "Il faut bien voir, explique son biographe, que l’hostilité à l’Allemagne fait partie des constantes de la pensée de Georges Mandel. Il se méfie de l’Allemagne et il s’en méfie a fortiori quand elle devient nazie à partir de 1933."

Reste que Mandel a été négligé par De Gaulle, sans doute en raison de sa mauvaise réputation. Il lui a préféré Paul Reynaud, une autre grande figure de ceux qu’on appelait "les durs", c’est-à-dire les partisans de la résistance à l’Allemagne et à l’Italie à la fin des années 30. Ce qui est sûr, c’est que "au moment de la crise de 1940, De Gaulle se rend compte qu’il a eu tort et que le plus ferme des deux, c’était Mandel".

Il y a eu un déjeuner le 5 juin 1940 entre Pétain et Mandel. Les dédicaces qu’ils ont laissées sur le livre d’or du Café de Paris en disent long. Pétain a écrit : "5 juin 1940, premiers bombardements de Paris. Commencement de la fin." Georges Mandel a écrit : "5 juin 1940, premiers bombardements de Paris. Enfin, commencement du redressement. Les Français n’avaient pas compris, ils vont maintenant savoir souffrir."

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Les Racines du présent
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