Georges de La Tour en Lorraine : sur les traces du maître de la lumière entre Vic-sur-Seille, Lunéville et Nancy
Peintre mystérieux et génial, Georges de La Tour (1593–1652) a marqué l’histoire de l’art par ses jeux de lumière et ses scènes nocturnes. Mais qui était vraiment cet artiste lorrain, dont les œuvres, entre réalisme et spiritualité, continuent de fasciner ? À l’occasion d’un périple sur les routes de Lorraine, RCF Jerico Moselle vous invite à la redécouverte, de Vic-sur-Seille à Metz, pour percer les secrets d’un homme aussi talentueux qu’énigmatique.
Saint Jean Baptiste dans le désertUn itinéraire lorrain, entre ombres et lumières
La Lorraine, terre de contrastes, a vu naître l’un des plus grands peintres du XVIIe siècle : Georges de La Tour. Son nom évoque des bougies vacillantes, des visages surgissant de l’obscurité, des scènes de genre où la misère côtoie la sainteté. Pourtant, derrière ces chefs-d’œuvre se cache aussi une aventure humaine, celle d’un artiste ancré dans son territoire, entre Vic-sur-Seille, Lunéville, Nancy et Metz.
En effet, ces quatre villes, distantes de quelques dizaines de kilomètres seulement, jalonnent la vie du peintre et offrent un voyage dans le temps, à la découverte d’un homme aussi singulier que méconnu.
Vic-sur-Seille : aux sources de l’inspiration
Tout commence à Vic-sur-Seille, où Georges de La Tour voit le jour en 1593. Ici, le musée qui lui est dédié abrite une collection unique, fruit de la donation des frères Jacques et Pierre Thuillier. "On ne connaît presque rien de lui", avoue Gabriel Diss, ancien conservateur du musée. "Son père était boulanger, une bourgeoisie aisée… On raconte qu’il aurait été inspiré par le fournil familial pour ses jeux de lumière. Mais c’est de la poésie !"
Pourtant, une chose est sûre : Georges de La Tour est lorrain avant d’être français. "Il ne peint pas la guerre de Trente Ans, il peint la misère, les tricheurs, les joueurs de dés… Il prend pour modèles des gens ordinaires", souligne Gabriel Diss. La Lorraine, terre d’entre-deux entre la France et le Saint-Empire romain germanique, est un creuset culturel où se mêlent influences italiennes, espagnoles et parisiennes. Un environnement qui a sans doute nourri son art, entre réalisme et spiritualité.
Lunéville : l’artiste et ses démons
À Lunéville, Georges de La Tour s’installe en 1616, après son mariage avec Diane Le Nerf, une noble locale. "Il achète une maison près de l’église Saint-Jacques, puis une deuxième, qu’il hypothèque", raconte Benoît Tallot, conseiller municipal et passionné d’histoire. "On sait qu’il vivait entre le château du duc Henri II de Lorraine et l’église… Mais son atelier a disparu."
Pourtant, son séjour à Lunéville n’est pas idyllique. "Il menait grand train, entretenait une meute de chiens pour la chasse… En pleine guerre de Trente Ans, avec la peste et la famine, cela a choqué la population", explique Benoît Tallot. Un épisode qui montre un homme en décalage avec son temps, proche des Français dans une ville acquise au duc de Lorraine.
Nancy : l’héritage intemporel
À Nancy, c’est devant La Femme à la puce (1630), au musée des Beaux-Arts, que Richard Dagorne, directeur du musée Lorrain, évoque le génie de La Tour : "Ce tableau, redécouvert dans les années 1950, est un chef-d’œuvre absolu. Aujourd’hui, il serait inacquérable !" Pourtant, Georges de La Tour n’a que peu séjourné à Nancy. "Il a travaillé pour le gouverneur La Ferté-Senneterre, un amateur de ses toiles", précise Richard Dagorne.
Son œuvre, souvent non signée, soulève encore des questions. "Certaines attributions sont contestées, mais La Femme à la puce est indéniablement de lui", affirme le conservateur. Et c’est là toute la magie de La Tour : "On n’épuise jamais le sens de ses tableaux."
Metz : la transmission aux générations futures
Le voyage s’achève à Metz, où la cité scolaire Georges de La Tour perpétue sa mémoire. "En 1966, on a cherché un nom pour ce lycée, ancien établissement allemand. On a choisi un artiste lorrain : Georges de La Tour", explique Arnaud Brossard, proviseur. "Aujourd’hui, ses tableaux en reproduction ornent nos murs, et les arts occupent une place centrale."
"Si Georges de La Tour entrait ici, je lui ferais rencontrer nos élèves", confie-t-il. "Je lui montrerais que nous sommes les héritiers de sa démarche : donner aux jeunes les outils pour comprendre le monde… et peut-être en devenir les artistes de demain."
De Vic-sur-Seille à Metz, en passant par Lunéville et Nancy, Georges de La Tour reste vivant. Ses œuvres, ses lieux de vie, et même les lycées qui portent son nom témoignent d’un héritage toujours actuel. "Une balade entre musées, ruelles anciennes et lieux de mémoire pour découvrir Georges de La Tour autrement", comme le résume Manon Dehu.
Et si la Lorraine, terre de contrastes, était la clé pour comprendre ce peintre hors du temps ?
Un voyage que vous invite à faire Manon Dehus, pour cet épisode de Radioguidage sur RCF Jerico moselle :


Prenez la route dans l'Hexagone ! Les radios du réseau RCF Notre Dame vous font découvrir les plus beaux coins de France.



