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Gaspard Ulliel et Jean-Jacques Beineix, la BO de leurs vies
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Gaspard Ulliel et Jean-Jacques Beineix, la BO de leurs vies

Un article rédigé par Fabien Genest - RCF,  -  Modifié le 17 juillet 2023
La Symphonie du cinéma Hommage à Gaspard Ulliel et Jean-Jacques Beineix

Les obsèques de Gaspard Ulliel ont eu lieu ce jeudi 27 janvier à Paris. L'acteur avait 37 ans. Avec Jean-Jacques Beineix, ce sont deux personnalités que le cinéma français a perdues en une semaine. La Symphonie du cinéma leur rend hommage à travers les bandes originales de quelques-uns de leurs films.

 

© Wikipedia. Gaspard Ulliel en 2015 lors du Festival Lumière de Lyon. © Wikipedia. Gaspard Ulliel en 2015 lors du Festival Lumière de Lyon.

Début d’année noir pour le cinéma français qui vient de perdre à la fois l’un des plus grands acteurs de sa génération, en pleine force de l’âge, et un réalisateur majeur des années 80 bien que souvent incompris qui restera à jamais l’auteur, en 1986, du film 37°2 le matin, film d’une génération, anticonformiste et libertaire, sublimé par Béatrice Dalle.

 

Un premier grand rôle en 2003 pour Gaspard Ulliel chez Téchiné

 

En 2003 sort Les Égarés, d’André Téchiné. Le film permet à Gaspard Ulliel d’obtenir son premier grand rôle principal aux côtés d’Emmanuelle Béart. Il y joue un jeune homme mystérieux qui vient en aide à une veuve et à ses deux enfants fuyant Paris et la guerre en juin 40. Philippe Sarde signe la très belle bande originale du film dont est extrait le titre, plein d’insouciance, Ce grand amour que j’attendais. L’histoire qui prend pour décor la grande maison abandonnée d’un compositeur de musique confirme le talent de Gaspard Ulliel, remarqué l’année précédente dans Embrassez qui vous voudrez qui lui vaut d’être nommé aux César dans la catégorie meilleur espoir masculin. Il le sera une deuxième fois pour Les Egarés, puis une troisième, en 2004, pour Un Long Dimanche de fiançailles qui va le consacrer. 

 

Manech le Bleuet dans "Un long dimanche de fiançailles" et la BO d’Angelo Badalamenti en 2004

 

Jean-Pierre Jeunet adapte en 2004 le roman de Sébastien Japrisot Un Long Dimanche de fiançailles et confie les rôles des jeunes amants, séparés par la Grande Guerre, à Audrey Tautou et Gaspard Ulliel. L’acteur, qui a tout juste 20 ans, tout en étant la trame narrative du film, n’apparaît cependant qu’en pointillés. Angelo Badalamenti, fidèle collaborateur de David Lynch compose la BO de cette super production franco-américaine au casting choral marquée par l’esthétique et la qualité de la reconstitution du Paris des années 20.

 

Les années 2000, la confirmation

Fils d’une mère styliste et d’un père designer, Gaspard Ulliel aura très tôt fréquenté les plateaux en débutant dans des petits rôles à la télévision. Il obtient en 2001, chez Christophe Gans, son premier rôle au cinéma dans Le Pacte des Loups. Il enchaînera ensuite dans les films que j’ai cités précédemment qui lui vaudront d’être repéré à l’international. En 2007, il campe sous la caméra de l’Anglais Peter Webber un jeune Hannibal Lecter qui lui vaudra une reconnaissance à l’étranger. Puis, tourne en 2008 Un Barrage contre le Pacifique avec Isabelle Huppert, avant d’être un duc de Guise séducteur très convaincant chez Bertrand Tavernier.  

 

Un acteur est une surface sur laquelle les cinéastes doivent pouvoir projeter leurs rêves, leurs fantasmes. Mon côté jeune premier les a parasités

 

Philippe Sarde intime dans la princesse de Montpensier et Gaspard Ulliel en duc de Guise

 

Comme chez Téchiné dans Les Égarés, c’est Philippe Sarde qui habille la musique du film de Bertrand Tavernier La Princesse de Montpensier, inspiré de la nouvelle éponyme de Madame de La Fayette. Gaspard Ulliel y joue le duc de Guise, lequel va tomber amoureux de Renée d’Anjou, épouse du prince de Montpensier. Mélanie Thierry, Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz et Lambert Wilson forment une distribution d’acteurs prestigieuse au jeu très abouti, tandis que Philippe Sarde se complait avec délice dans l’écriture d’une musique de chambre intimiste au diapason de ce film d’époque à voir ou revoir et quelque peu sous-côté dans la filmographie de Bertrand Tavernier.

 

Un impressionnant Saint Laurent chez Bertrand Bonello en 2014

 

La bande originale est pour le moins électro pour Saint Laurent, de Bertrand Bonello, à la fois réalisateur et compositeur de la musique originale du film qui offre en 2014 à Gaspard Ulliel l’occasion de jouer un grand rôle de composition. “Le meilleur de ma carrière”, avouait d’ailleurs en l’acteur. Un mot sur Bertrand Bonello, le plus mélomane des cinéastes français actuel, pour évoquer son parcours et ce goût pour la musique chez le Niçois qui apprend très tôt le piano classique avant de se tourner vers le rock à l’adolescence. Il fera même partie d’un groupe puis deviendra musicien de studio avant d’être happé par le cinéma à partir du milieu des années 90. Ce qui ne l’empêche pas de faire de la musique en parallèle. S’il a composé les BO de ses 8 films, à l’exception toutefois de Tiresia, en 2003, il a aussi publié à ce jour 4 albums.

 

Le césar du meilleur acteur en 2017 pour "Juste la fin du monde", de Xavier Dolan


Film d’une grande intensité, Juste la fin du monde raconte l’histoire de Louis, un écrivain, qui revient voir sa famille dans son village natal après douze ans d’absence, pour annoncer sa mort prochaine. Cette apparition soudaine va raviver les souvenirs et créer des tensions inextricables entre les membres de la famille au centre de laquelle règne Nathalie Baye. Ce rôle puissant vaut à Gaspard Ulliel le César du meilleur acteur tandis que le morceau sobre et élégant que nous venons d’entendre s’intitule précisément Louis et sa mère et est signé Gabriel Yared.

 

Aux côtés d’Isabelle Huppert dans "Eva" en 2018 et la musique minimaliste de Bruno Coulais  

 

Des harmonies minimalistes et une ambiance intrigante et pesante, ici pour le titre Eva et Bertrand, que l’on doit à Bruno Coulais pour Eva, le film de Benoît Jacquot, sorti en  2018. En 1962, Joseph Losey avait déjà adapté le roman de James Hadley Chase. 56 ans plus tard, Gaspard Ulliel et Isabelle Huppert reprenaient les rôles respectivement de Stanley Baker et Jeanne Moreau pour ce huis clos amoureux vénéneux entre un écrivain en vogue et une prostituée de luxe.
Gaspard Ulliel avait tourné quatre autres films, après Eva, dont Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux, un film de guerre avec le conflit indochinois en toile de fond et préparait son retour au premier plan, après deux années en suspens, avec la série de Disney Moon Knight, dans laquelle on le verra très prochainement aux côtés d’Oscar Isaac et Ethan Hawke.

 


Jean-Jacques Beineix, le géant de papier à jamais l’amant de Betty Blue

Photo presse. Cargo Films/Jean-François Robin. Jean-Jacques Beineix à Gruissan en 1986 sur le tournage de "37°2 le matin".

Jean-Jacques Beineix à Gruissan, sur le tournage de 37°2 le matin© Photo presse. Cargo Films/Jean-François Robin.

 

 

C’est Gabriel Yared, en 1986, qui compose la musique, sans conteste, du plus grand succès de J.-J. Beineix. Film d’un génération pour certains à la photographie travaillée et au message libertaire, 37°2 le matin est porté par le couple Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle, paumés magnifiques qui refusent la société de consommation.  Avec plus de 3,6 millions d'entrées en 1986, ce sera le plus grand succès commercial du cinéaste, salué par une pluie de nominations aux César. Jean-Jacques Beineix a pile 40 ans et devient précurseur d'un genre nouveau qui va ouvrir la voie à d'autres cinéastes, parmi lesquels Luc Besson.

 

Il ne me reste qu'une seule certitude : tourner, tourner, tourner... J'apprends tous les jours et plus le temps passe, plus j'ai envie de filmer.

 


"Diva", un premier film frappé par la grâce de "la chanson groenlandaise"

Cinq ans avant 37°2, Jean-Jacques Beineix réalise en 1981 un premier long métrage remarqué qui prend le monde de la musique comme sujet. La chanteuse lyrique américaine Wihelmenia Wiggins Fernandez interprète La Chanson groënlandaise ou La Wally, le célèbre air tiré de l’opéra d’Alfredo Catalani, dirigé pour l’occasion par Vladimir Cosma dans Diva. Ce thriller à l'esthétique très léchée, nimbé de lumière bleue, de scènes obscures et d'éléments de décoration surprenants, comme une voiture américaine rose au milieu d'un loft, va en faire un film emblématique des années 1980 comme le sera, en 1985, Subway, de Luc Besson.

 

"La lune dans le caniveau" : la musique de Gabriel Yared déjà…

Après avoir travaillé auprès de René Clément, Claude Berri et Claude Zidi, Jean-Jacques Beineix récidive en 83 avec un second film, La Lune dans le caniveau, qui constitue un nouvel ovni cinématographique. Gérard Depardieu, Nastassja Kinski, Victoria Abril sont les protagonistes d’une histoire amoureuse à trois tandis que Gabriel Yared signe à nouveau une BO d’atmosphère.

 


Quelques conseils de lecture

- "Toboggan", de Jean-Jacques Beineix (éd. Michel Lafon, 2020). Les derniers instants radieux, nuageux puis dramatiques d'une ultime histoire d'amour. Abandonné par la jeune femme qu'il aime éperdument, un homme mûr se retrouve face au vide et à la solitude de son existence.

- "Betty Blue" (éd. Michel Lafon, 2016), la génèse sur les coulisses du tournage de 37°2, le film d’une rencontre avec un livre, celui de Philippe Djian et un coup de cœur pour une histoire et ses personnages qui marquèrent véritablement le reste de vie de J.-J. Beineix pour qui rien ne fut tout à fait pareil par la suite.

 

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