Ferme Berliet-Cité d’Art : « Il y aura des premières mondiales à Saint-Priest » (Mourad Merzouki)
Elle est l’un des témoins historiques de l’ère industrielle de Saint-Priest, dans l’est lyonnais : la ferme Berliet s’apprête à devenir Cité d’Art. Le projet, porté depuis près de 5 ans par le chorégraphe Mourad Merzouki, est sur le point de se concrétiser avec le lancement de la première phase de travaux vendredi 19 juin.
Le rêve de Mourad Merzouki de transformer la ferme Berliet en cité d'art sur le point de se concrétiser - © Stéphane AubeyEn transformant la ferme Berliet en Cité d’Art, le chorégraphe Mourad Merzouki réalise le rêve nourri depuis la fin de son mandat au centre chorégraphique de Créteil. Une ambition qui a eu le temps de s’entretenir puisque l’ouverture du premier studio de danse espérée en 2023 ne devrait avoir lieu qu’en mai 2027, après près d’un an de travaux. Un projet « rêvé à un moment un peu complexe, traversant une période de crise » concède l’artiste qui se réjouit de poser les valises de sa compagnie, Käfig, au cœur des anciennes cités Berliet créées en 1916, là même où le père de Mourad a travaillé pendant quarante ans. « C'est un bel hommage que je fais à mon père ».
Mais la compagnie aux quatorze spectacles en cours ne sera pas la seule à bénéficier de ce bel écrin, appelé à accueillir des compagnies en résidence pour être « un lieu de création, de transmission, de partage ». Faire rayonner la danse sur l'ensemble de la Métropole, c’est bien l’ambition de celui qui considère Lyon comme la capitale de la danse.
Une cité des arts à Saint-Priest, « une forme d’évidence »
Né à Lyon, Mourad Merzouki conserve un attachement particulier à Saint-Priest, commune où il a grandi, lui qui a fait ses premiers pas de danse dans le quartier de Bel-Air, et dans laquelle il habite toujours aujourd’hui. « Je n'ai jamais voulu couper le cordon avec la ville qui m'a vue grandir. Je connais ces rues, ces habitants. C'est une ville où j'aime être, pour tout ce qu'elle représente » confesse le danseur. L’invitation du maire, Gilles Gascon, d’installer Käfig à Saint-Priest a donc été « une forme d’évidence ».
Mais si le chorégraphe de la sélection française de natation synchronisée aux JO de 2024 connaît bien les san-priots, il n’ignore pas non plus la défiance des habitants des quartiers populaires envers les lieux de culture institutionnalisés. Depuis trente ans, le pionnier de la danse hip-hop sur scène tente de partager l’art au plus grand nombre, conscient de l’impact qu’un simple spectacle de danse peut procurer. Lui qui n’a pas fréquenté les théâtres étant jeune essaye de rattraper le temps perdu en proposant des projets qui lient la jeunesse à la culture.
« Il y aura des premières mondiales à Saint-Priest »
La Ferme Berliet-Cité d’Art sera un outil dans ce travail-là en proposant des ateliers, des répétitions ouvertes, des rencontres avec les artistes. Avec un objectif : créer le désir.
Pendant longtemps, on a pensé que les théâtres, ces grandes maisons, n'étaient pas pour nous, trop chères, ou peut-être des propositions qui n'étaient pas [celles] pour lesquelles on pouvait trouver un intérêt. Aujourd'hui, je milite, je travaille avec la compagnie pour qu'on ait une autre approche des théâtres.
Conscient des talents qui se cachent dans les quartiers populaires, Mourad Merzouki reconnait l'importance « de les valoriser, surtout dans la période que l'on traverse, où on a tendance à être dos à dos les uns les autres. L'art permet une meilleure compréhension de l'autre. » Fort de cette ambition, le chorégraphe rêve que les œuvres montées à la ferme Berliet se produisent ensuite en première mondiale au théâtre Théo Argence de Saint-Priest.
La Cité d’Art Berliet, un lieu de vie pour les habitants
La future Cité d’Art du porteur de la flamme olympique à Créteil naîtra donc d’un premier grand studio de 300 m² équipé de lumières, d’une régie et d’un petit gradinage pour accueillir les compagnies avec jusqu’à vingt danseurs en présentation publique. Impossible jusqu’à présent au studio Pôle Pik de Bron, trop étriqué également pour stocker le grand nombre de décors de la compagnie. Mais le studio créé en 2008 poursuivra son activité pour répondre au manque de lieux de répétition.
Pour permettre que la Cité d’Art devienne un lieu de vie largement investi par les habitants comme par les artistes, un espace de petite restauration devrait ouvrir, à côté de l’actuelle école de cirque et maison de quartier.
En attendant l’ouverture de la nouvelle ferme Berliet, le public lyonnais peut profiter de la programmation des 30 ans de Käfig avec, notamment, la recréation en octobre 2026 de Récital, une des pièces les plus importantes du chorégraphe. Le spectacle de 1998 et ses danseurs de hip-hop en queue-de-pie avaient alors fait le tour du monde. « C'est un spectacle que j'avais envie de partager avec un public qui, à l'époque, n'était pas né » sourit Mourad Merzouki qui en a confié la distribution à des danseurs de 20 ans, qui n’étaient donc pas nés à la création initiale du spectacle.


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