États généraux de la bioéthique 2026 : pourquoi et comment y participer ?
C’est un sujet dont on parle peu en France actuellement. Les États généraux de la bioéthique 2026, ouverts en janvier, s’achèveront autour du mois de mai. Chacun est invité à participer à ce grand débat citoyen. L'objectif : préparer la révision des lois de bioéthique. Avec un principe de base pour qui veut poser un regard éthique sur les progrès de la science : "ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’il faut le faire"...
De janvier à mai 2026, chacun peut participer aux débats citoyens sur les questions de bioéthique organisés par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) ©FreepikLancés le 21 janvier, les États généraux de la bioéthique 2026 s’achèveront autour du mois de mai. Une synthèse de ce un grand débat citoyen sera publiée en juin. D’ici là, chacun peut encore participer aux discussions.
En effet, les EGB2026 organisés par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s’adressent à tous. Chaque citoyen est invité à participer à ces rencontres, dont l’objectif est de travailler à la révision des lois de bioéthique de 2011, qui doivent être révisées tous les sept ans.
Vers la quatrième révision des lois de bioéthique
C’est un sujet dont on parle peu en France actuellement. Sans doute en raison du contexte international "compliqué et inquiétant", comme le souligne Isabelle de Gaulmyn, journaliste, ancienne rédactrice en chef à La Croix, membre du CCNE et présidente des Semaines sociales de France (SSF).
Réviser les lois bioéthiques est une obligation légale en France. Cela doit avoir lieu tous les cinq ans, maximum sept. Les premières lois datent de juillet 1994. Elles ont été complétées en 2004, par des lois qui prévoient leur révision : ce qui a été fait en 2011, 2013 et 2021.
Si les États généraux de la bioéthique s’ouvrent en 2026, la prochaine élection présidentielle risque fort de repousser l’échéance des débats au Parlement à 2028. "Le choix a été fait de faire ce débat avant les élections, explique Isabelle de Gaulmyn, de toute façon, les lois ne seront révisées qu’après les élections, sans doute avec un autre contexte politique."
Les États généraux de la bioéthique, une spécificité française
Les débats pour réviser les lois de bioéthique sont précédés de débats citoyens. Cela permet "d'avoir une réflexion plus large que les comités d’experts, tout en les incluant", explique Bruno Saintôt, théologien, jésuite, co-responsable du domaine d’éthique biomédicale des facultés Loyola. Il s’agit de "prendre en compte les évolutions des sciences mais aussi les appréhensions éthiques des problèmes par les citoyens". Avec un objectif de fournir aux parlementaires des éléments de réflexion.
Permettre aux citoyens de s’emparer ainsi de sujets avant de les confier aux législateurs est une spécificité française. "C’est très rare, confirme Isabelle de Gaulmyn. Je crois qu’il n’y a que la France qui pousse comme ça aussi loin le débat citoyen sur ces sujets."
C’est comme s’il fallait à chaque fois aller plus loin
Faut-il réviser les lois de bioéthique tous les cinq ans ?
Ce "modèle bioéthique français" permet de suivre les évolutions très rapides de la science, comme par exemple l’intelligence artificielle (IA). "C’est indispensable, selon Michel Badré, ancien vice-président du Conseil économique social et environnemental (CESE) et membre du CCNE. Ce que j’ai appris en 50 ans de vie professionnelle, c’est qu’il n’y a pas de problème qui soit purement technique, ni dans le domaine médical ni dans aucun autre."
Et cependant, "dans notre société française, note Isabelle de Gaulmyn, il y a des gens qui voudraient faire bouger les choses au niveau sociétal encore plus vite que ce qui se fait et du coup chaque révision leur donne en quelque sorte une occasion de remettre des sujets à l’agenda". Ainsi, les promoteurs de la gestation pour autrui (GPA) éthique, cette technique de procréation qui fait appel à des "mères porteuses".
"Je suis démocrate donc je pense que c’est bien de débattre, ajoute la journaliste. Mais il faut voir quand même que du coup c’est comme s’il fallait à chaque fois aller plus loin… On est obligés à chaque fois entre guillemets de progresser."
"Ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’il faut le faire"
Procréation, neurosciences, mais aussi IA et santé, organoïde, xénogreffe… À chaque révision des lois de bioéthique, la question se pose de façon de plus aigüe : Le progrès, est-ce de faire appel toujours plus aux technologies ? "Faut-il émettre des raisons uniquement technoscientifiques ou d’autres raisons ?" questionne le jésuite.
"La science d’aujourd’hui prend souvent l’Homme de vitesse, disait François Mitterrand en 1983 lors de l’ouverture de la première session du CCNE, il faut essayer d’y remédier. Nous avons cru quelque temps que la rationalité suffisait pour nous servir de guide, une rationalité sans défaillance ni dogmatisme. Et voilà que le succès même de la science est en train de nous donner tort. La médecine et la biologie modernes cherchent des raisons que la seule raison ne parvient pas toujours à saisir."
"Ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’il faut le faire." Cette formule résume l’idée qui préside aux débats lorsqu’il s’agit de bioéthique. L’enjeu sera, comme le disait le philosophe Jürgen Habermas, décédé le 14 mars 2026, de "trouver des décisions acceptables en raison", note Michel Badré. Il recommande la lecture du livre "Pourquoi j’ai mangé mon père" de Roy Lewis (1960), qui nous aide à réfléchir "sur la conception du progrès".


La bioéthique en podcast. PMA, GPA, tri embryonnaire mais aussi euthanasie, soins palliatifs... de ses tous débuts à son extrême fin, la vie ne cesse d’être interrogée. Une émission qui décrypte toutes les questions éthiques que posent les avancées de la science et de la loi.
Un podcast en partenariat avec les Facultés Loyola Paris.





