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Entretien exceptionnel avec Mgr Laurent Ulrich : "La foi nous donne le courage de vivre"

Entretien exceptionnel avec Mgr Laurent Ulrich : "La foi nous donne le courage de vivre"

Un article rédigé par Louis Daufresne, Étienne Pépin, Odile Riffaud - RCF, le 5 avril 2023  -  Modifié le 17 juillet 2023
Émission Spéciale Un an après sa nomination, entretien avec Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris

Réforme des retraites, chantier de Notre-Dame de Paris, assemblée plénière des évêques... Avant la fête de Pâques et un an après sa nomination à l'archevêché de Paris, Mgr Laurent Ulrich est l'invité spécial de Louis Daufresne, pour Radio Notre-Dame, et d'Étienne Pépin, pour RCF. Dans son message de Pâques, il rappelle l'importance de la foi dans des temps troublés.

Mgr Laurent Ulrich le 18/01/2023 ©Corinne Simon / Hans Lucas Mgr Laurent Ulrich le 18/01/2023 ©Corinne Simon / Hans Lucas

En cette Semaine sainte, et un an après sa nomination à l’archevêché de Paris, Mgr Laurent Ulrich est l’invité exceptionnel d'Étienne Pépin pour RCF et de Louis Daufresne pour Radio Notre-Dame. Il adresse son message de Pâques aux auditeurs : "Nous ne nions pas la dureté des temps" mais "par la fraternité, par l’espérance qui nous vient de Dieu, nous sommes capables de mener la barque de l’humanité avec confiance". Mgr Laurent Ulrich encourage à considérer les signes de fraternité comme autant d’appels à l’espérance. "La foi est une manière de voir l’existence sous le regard de Dieu avec une confiance absolue, la foi nous donne le courage de vivre, et la foi nous laisse dans une vraie confiance que la vie n’est pas perdue."

 

Un an à la tête du diocèse de Paris

 

Il a été nommé archevêque de Paris par le pape François le 26 avril 2022. Et le 23 mai prochain, cela fera un an que Mgr Ulrich est à la tête du diocèse de Paris. Son successeur Mgr Laurent Le Boulc'h vient tout juste d’être nommé à sa suite au diocèse de Lille. Pendant près d’un an, Mgr Ulrich a appris à connaître "un diocèse tourmenté", qui venait de vivre des événements douloureux comme la pandémie de Covid ou le départ de Mgr Michel Aupetit dans des conditions compliquées. 

 

"Je rends grâce non pas de la lourdeur de la tâche mais de la tâche qui m’est assignée, parce que je crois que c’est une belle tâche." Le nouvel archevêque s’est fixé comme objectif d’aller d’abord à la rencontre des prêtres, des communautés et des associations… "J’ai découvert une Église qui était extrêmement sensible à la fraternité. Il y a énormément d’associations, certaines sont nées ici et elles se sont répandues sur le territoire national." Il cite notamment l’Association pour l’amitié (APA), Marthe et Marie, Simon de Cyrène, Hiver solidaire… Quant à sa façon de tenir les rênes du diocèse, Mgr Ulrich considère "fondamentale" la recherche de l’unité. "Manifester que ce que nous cherchons c’est l’unité, c’est participer à la vie du monde. Si nous travaillons sur l’unité dans l’Église je crois que nous donnons témoignage d’un désir de communion très fort dans le monde."

 

Notre-Dame de Paris, la priorité de l’archevêque

 

Mais en priorité sur sa feuille de route, Mgr Ulrich a placé le chantier de la cathédrale Notre-Dame. La dimension évangélique de l’édifice est "un point fondamental" pour l’archevêque de Paris, qui a assisté ce lundi à une veillée de prière pour préparer "la réouverture spirituelle" du monument"Quand je suis arrivé, raconte Mgr Ulrich, j’entendais dire : Il paraît que Notre-Dame va devenir un musée, va être désacralisée… Tout ça est archi-faux !" déclare-t-il. "Depuis le début quand je suis arrivé, j’ai pris le soin de dire : Il est clair que Notre-Dame est d’abord d’une église dans laquelle nous attendons de pouvoir célébrer de nouveau le culte catholique." Il a prévu en ce Jeudi saint d’y célébrer l’office des Laudes avec un petit groupe de fidèles.

 

 

→ À LIRE : Une veillée de prière pour préparer "la réouverture spirituelle" de Notre-Dame de Paris

 

 

"Je n’ai pas de mal avec le ministère de la Culture, par exemple, pour dire : Nous choisirons les éléments essentiels comme le mobilier liturgique." L’archevêque de Paris a ainsi tenu à ce que soit lancé un concours public. Sur les 70 artistes qui se sont présentés, Mgr Ulrich en a sélectionné cinq. Pour réaliser l'autel, l’ambon, la cathèdre, le tabernacle et le baptistère ils doivent respecter l’histoire du lieu et la théologie de la liturgie. "Je leur ai dit : Attention ce que vous faites ne doit pas être simplement un effet de mode qui convienne à 2023. Il faut que vous pensiez que ces éléments de mobilier liturgique doivent durer des siècles !"

 

Fin de vie : "Le message des religions n’est pas vraiment relayé"

 

Sa première année à la tête du diocèse de Paris a été marqué par les débats sur la fin de vie. Mgr Ulrich a été sollicité, comme d’autres représentants des cultes, à témoigner devant les membres de la Convention citoyenne. "Nous avons essayé de dire - c’est ce qui nous était d’ailleurs demandé par les membres de la Convention citoyenne - de dire ce que les religions apportaient sur ce sujet, ce que nous croyons." Et l’archevêque de Paris le rappelle, pour les catholiques comme pour "l’ensemble des religions", "la vie est un don qui nous a été fait dont nous ne sommes pas propriétaires mais dont nous sommes les heureux bénéficiaires". 

 

 

→ À LIRE :  Fin de vie : les évêques se prononcent solennellement pour "une aide active à vivre"

 

 

L’archevêque de Paris regrette que "le message des religions n’est pas vraiment relayé". "Heureusement que vous êtes là, dit-il aux journalistes de RCF et RND, pour nous permettre de le relayer !" Le diocèse de Paris a diffusé un livret intitulé "Vivants !" que l’on peut télécharger librement sur internet. Certes "nous sommes dans une société laïque où ce n’est plus nous qui faisons les lois, ça c’est clair !" reconnaît Mgr Ulrich, mais "nous n’entrons pas dans un combat politique, ajoute-t-il, nous essayons de témoigner d’une façon d’envisager la vie humaine et d’envisager la façon d’être homme".

 

Agressions sexuelles dans l’Église : le mariage des prêtres ou le diaconat féminin "ne sont pas la réponse"

 

La prévention des agressions sexuelles était à l’ordre du jour de l’assemblée plénière de printemps, qui vient de s’achever. Un sujet qui concerne tous les diocèses. "Depuis que je suis évêque j’entends parler de ce sujet, confie Laurent Ulrich, je participe à des assemblées d’évêques où nous prenons conscience peu à peu. On entend dire que nous ne bougeons pas, que nous ne changeons pas que ça sera toujours pareil... Je crois que nous avons pris le sujet à bras le corps depuis une petite dizaine d’années."

 

En ce qui concerne certaines propositions faites par les groupes de travail après la parution du rapport de la Ciase, ou avancées par le Chemin synodal allemand, comme l’ouverture du diaconat aux femmes ou l’ordination d’hommes mariés, Mgr Laurent Ulrich répond : "Il ne faut pas tout à fait tout mélanger... Ça n’est pas ni le célibat ni le fait que les femmes ne peuvent pas être diacres qui est la réponse à la question." Il rappelle "qu’un grand nombre des abus sexuels sur mineurs notamment sont des abus incestueux… Et donc ce sont des abus qui ne sont pas dus au fait du célibat, qui ne sont pas dus au fait du mariage ou pas qui sont dus simplement à des dérèglements et des insuffisances d’accompagnement, etc."

 

 

Le système de retraites par répartition correspond pas mal à la doctrine sociale de l’Église

 

 

Réforme des retraites : pour Mgr Ulrich, l’Église n’a pas à intervenir

 

L’Église reste silencieuse dans le débat sur la réforme des retraites. Il y a pourtant une grande tradition du christianisme social. Les grandes voix chrétiennes doivent-elles prendre part à ce débat ? "Le débat est extrêmement technique, répond Mgr Ulrich, il n’est pas de notre compétence d’y entrer au-delà [des] principes de solidarité."

 

 

→ À LIRE : "Pour éviter la violence, il faut avoir un message de vérité" : un regard chrétien sur la crise sociale

 

 

L’archevêque de Paris se dit sensible à la "grande souffrance exprimée" parmi les opposants à l’allongement de la durée de cotisation, qui parlent de pénibilité au travail. Il défend "le système de retraites par répartition" est "beau" et "bon" et qui "correspond pas mal à la doctrine sociale de l’Église". "Cette façon dont les générations qui travaillent rémunèrent les générations qui ont travaillé et qui sont à la retraite, c’est quelque chose qui nous paraît extrêmement solidaire et qu’il faut préserver."

 

 

Le prochain grand événement à venir pour Paris ce sont les Jeux olympiques et paralympiques 2024. Avec les diocèses voisins celui de Paris sera mobilisé. Il proposera "des activités pastorales qui montrent que l’Église considère le sport comme une activité humaine de très belle qualité". Mgr Ulrich rappelle que les fondateurs des Jeux olympiques sont deux catholiques : Pierre de Coubertin que l’on connaît, et le dominicain Henri Didon. "C’est la rencontre de ces deux hommes qui a fait la renaissance des jeux olympiques."

 

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