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Entre Anjou et Bretagne, le château de Bourmont, 700 ans d’histoire en héritage

Entre Anjou et Bretagne, le château de Bourmont, 700 ans d’histoire en héritage

Un article rédigé par Thomas Cauchebrais - RCF Anjou, le 26 mars 2026 - Modifié le 26 mars 2026
L'Anjou en héritageLe château de Bourmont : 700 ans d’histoire et une mémoire familiale vivante

Aux confins de l’Anjou et de la Bretagne, le château de Bourmont ne se contente pas d’être un décor patrimonial. Depuis près de sept siècles, il incarne une mémoire familiale ininterrompue, rare en France, où les pierres racontent autant que les archives. De la forteresse médiévale au domaine classique inspiré de Versailles, jusqu’aux reconstructions du XIXe siècle, ce lieu concentre à lui seul plusieurs strates d’histoire nationale et locale.

Le château de Bourmont à Freigné - CC BY-SA 3.0Le château de Bourmont à Freigné - CC BY-SA 3.0

« Quand je regarde mon pied droit, je suis en Anjou, et mon pied gauche en Bretagne », sourit Michel de Bourmont, héritier des lieux. « Nous sommes ici sur les marches de Bretagne, à l’origine un poste de garde frontière entre le royaume de France et le duché de Bretagne ».

Une lignée ininterrompue depuis le Moyen Âge

Mentionné dès les années 1300, le site a traversé les siècles sans jamais quitter la même lignée. Trois familles s’y sont succédé, jusqu’aux actuels Bourmont.

« Cela fait 700 ans que cette maison est restée dans la même famille. C’est très particulier », souligne Michel de Bourmont. « Les bâtiments, les pierres, racontent l’histoire. Il suffit de regarder pour comprendre ».

De la tour médiévale encore visible aux communs classiques du XVIIIe siècle, l’architecture témoigne des transformations successives du domaine. À la fin du XVIIe siècle, un jeune couple entreprend même de transformer la forteresse en résidence à la manière de Versailles.

« Ils ont voulu raser la forteresse pour bâtir une demeure inspirée de Louis XIV », explique-t-il. « Mais la mort prématurée du maître des lieux a interrompu les travaux. »

Révolution et destructions : une demeure meurtrie

Le château n’échappe pas aux violences de la Révolution. Bien au contraire, il devient un point stratégique dans les affrontements entre royalistes et troupes républicaines.

« Ici, les familles étaient au service des rois depuis des générations », rappelle Michel de Bourmont. « Et quand la Révolution arrive, tout bascule. »

Dans cette région marquée par la Chouannerie, le général de Scépeaux installe à plusieurs reprises son quartier général à Bourmont.

« Scépeaux venait s’y installer avec ses hommes », raconte-t-il. « Les révolutionnaires arrivaient, les en chassaient, puis les royalistes reprenaient la maison… et ainsi de suite. »

Une guerre d’occupation presque permanente, qui laisse le domaine exsangue.

« On dit que la maison a brûlé quatorze fois entre 1795 et 1800 », poursuit-il. « Elle a été prise, reprise, incendiée… c’était un véritable champ de bataille. »

Ces épisodes expliquent l’état de ruine avancé du château au début du XIXe siècle et la nécessité de profondes reconstructions.

Le maréchal de Bourmont, figure militaire majeure

Parmi les figures marquantes de la lignée, le maréchal de Bourmont occupe une place centrale. Né en 1773 au château, il traverse les bouleversements politiques de son temps.

Élevé à la dignité de maréchal de France après la prise d’Alger en juillet 1830, il incarne l’engagement royaliste dans une France en mutation.

« Il a vécu une période incroyable, de Louis XV jusqu’à Louis-Philippe », rappelle son descendant. « Toute la maison a été reconstruite autour de sa mémoire. »

Dans le château, bustes, tableaux et objets militaires entretiennent ce souvenir, à l’image d’un étendard pris à l’ennemi sous Louis XIV et conservé précieusement.

Une mémoire vivante, tournée vers l’avenir

Au-delà de l’histoire, Bourmont reste avant tout une demeure habitée et transmise. Aujourd’hui, la 23e génération veille sur le domaine, dans un parc de 85 hectares préservé.

« Je suis très attaché à la famille », confie Michel de Bourmont. « Ces lieux permettent de garder les traditions, les valeurs, et de souder les générations. »

Un attachement qui dépasse la simple conservation patrimoniale.

« On ne savait pas quel serait le monde de demain, mais reprendre Bourmont a été une très bonne décision », poursuit-il. « Quand je vois l’impact sur mes enfants et petits-enfants, je me dis que cela a du sens. »

Juliette de Bourmont, une figure dans l’ombre

L’histoire du domaine ne se limite pas aux grandes figures masculines. L’épouse du maréchal, Juliette de Becdelièvre, incarne une autre facette de cette mémoire.

Marquée par les violences révolutionnaires à Nantes, elle mène une vie faite d’exils, d’épreuves et de fidélité.

« J’ai entendu les cris de mes amis qu’on égorgeait », écrit-elle, évoquant les massacres révolutionnaires.

Une existence tourmentée, longtemps restée dans l’ombre, mais qui participe pleinement à l’histoire de Bourmont.

À travers ses murs, ses allées et ses souvenirs, le château de Bourmont apparaît ainsi comme bien plus qu’un monument. Un lieu où l’histoire de France se mêle à une aventure familiale, patiemment transmise depuis sept siècles. Un héritage vivant, fragile, et résolument tourné vers l’avenir.

© RCF Anjou
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'Anjou en héritage
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