Élections municipales 2026 à Metz. "Parlons culture", entre liberté de créer et budgets alloués
Le 5 mars 2026, à l’Arsenal Jean‑Marie Rausch, le Collectif du spectacle vivant messin a réuni huit candidats aux municipales de Metz (scrutins des 15 et 22 mars) pour un débat retransmis en direct sur RCF Jérico Moselle. Liberté de création, accès aux lieux, sous-financement associatif et grands projets structurants ont dominé les échanges, prolongés par un public venu nombreux. Retour sur cette soirée clé de la campagne culturelle messine.
débat sur la scène de l'Arsenal à MetzLe 5 mars dernier, l’Arsenal Jean‑Marie Rausch a cette fois vibré au rythme du débat « Parlons culture », organisé par le Collectif du spectacle vivant messin. Alicia Hiblot et Gaël Calvez maîtresses de cérémonie d'une soirée ouverte par Patrick Till, président de la Cité musicale‑Metz - et non-candidat à cette élection. Le Collectif présentait son rapport : 39 structures, 176 emplois annuels, 2 500 représentations sur trois ans, mais un constat amer — moins de 5% du budget culturel municipal pour le spectacle vivant, financements en baisse de 20% depuis 2019, accès inégal aux lieux. La demande : un chantier de co-construction dès le prochain mandat, avec création d’une « maison des artistes » mutualisée.
Huit intervenants se sont succédés selon un ordre tiré au sort. Chacun a répondu en une minute aux priorités culturelles, puis les échanges ont porté sur les budgets, la liberté de création, avant un dernier tour de projets et un échange dense avec le public. En pleine campagne nationale des municipales 2026 (scrutins les 15 et 22 mars), ce débat messin a aussi illustré les enjeux locaux d’un secteur culturel fragilisé par l’austérité nationale.
Les candidats aux municipales 2026 de Metz et leurs projets phares
Les candidats aux municipales 2026 de Metz et leurs projets phares :
Gaël Diaferia (NPA-Révolutionnaires, « Metz ouvrière et révolutionnaire ») a prôné une démocratie directe : les travailleuses et travailleurs de la culture doivent décider eux-mêmes, par la mobilisation. Il a proposé de supprimer l’élection de Miss Mirabelle dès 2026, jugée sexiste, et appelé à manifester le 8 mars.
Bertrand Mertz (PS, « Un souffle nouveau pour Metz ») a annoncé un pacte de confiance, +1 M€ de subventions associatives, retour au niveau 2019 des conventions (300 k€ pour 20 compagnies), schéma culturel co-construit, relance de BLIIIDA comme maison des artistes. Son projet marquant : une grande médiathèque moderne, éventuellement rue Serpenoise (3 500 m² envisagés, portage métropolitain possible), et la basilique Saint-Vincent dédiée aux expositions.
Charlotte Leduc (LFI, « Metz en commun ») a réclamé des assises du spectacle vivant, rééquilibrage budgétaire, conventions triennales sécurisées, mobilisation de Metz Métropole. Elle a évoqué des mesures concrètes : logements temporaires via bailleurs sociaux, gratuité des transports, rénovation de lieux de stockage, formation des intermittents. La culture pour LFI "reste un rempart antifasciste".
Ludovic Mendes (Renaissance, « Metz ensemble ») a défendu un festival des arts vivants messins, la valorisation du secteur de la Porte des Allemands, avec des résidences, et l'usage optimisé des salles existantes (BAM, Agora), et des conventions privées pour répétitions. Il a insisté sur la place des MJC et la culture de quartier, "contre l’ignorance".
Philippe Brunella (pour François Grosdidier, « J’aime Metz ») a mis en avant la stabilité face aux baisses de dotations : la sanctuarisation des moyens, les conventions pluriannuelles. Il a rappelé que la basilique Saint-Vincent accueillait déjà Constellations et des concerts, que les subventions au Centre Pompidou-Metz et à l’Orchestre national restaient maintenues. Il a pour sa part défendu la Reine de la Mirabelle comme "patrimoine populaire".
Oriane Dermy (Lutte ouvrière, « Le camp des travailleurs ») a refusé de « gérer le capitalisme » (culturel) : programme révolutionnaire (interdiction des licenciements, contrôle ouvrier), réquisition de logements inutilisés pour la culture, critique des actionnaires et de la guerre.
Jérémy Roques (« Maintenant pour Metz », écologistes-PCF) a proposé des États généraux de la culture, rappelé la gratuité des transports vers les lieux culturels, la rénovation de BLIIIDA, ainsi que la relance du festival de science-fiction qui accueillit Philip K. Dick. Il a souligné la faible endettement de Metz comme atout pour investir.
Étienne Anstett (RN, « Un avenir à Metz ») a déroulé un plan patrimonial : candidature UNESCO pour Metz, musée XIXe-XXe, Opéra-Théâtre tous les soirs, évoqué l'art populaire des parades (Saint-Nicolas, Graoully). Il a distingué liberté d’expression et financements publics (refus d’argent public pour le concert d'un artiste comme Sniper). Et d'ajouter que Miss Mirabelle : « n'est pas un concours de beauté ».
Budgets : austérité contre promesses d’investissement
Le budget culturel messin (24,9 M€) a cristallisé les tensions : 14 M€ absorbés par salaires et investissements, 11 M€ fléchés vers les grands équipements. Les associations ne captent que 2,4% (~600 k€). Bertrand Mertz a promis +1 M€ et la pluriannualité ; Charlotte Leduc et Jeremy Roques ont voulu rééquilibrer vers le spectacle vivant ; Ludovic Mendes veut chercher des fonds complémentaires (privé, métropole). Alors que les candidats du NPA et de LO ont dénoncé l’austérité nationale (53 Md€ de coupes), opposant budgets militaires et sociaux. Philippe Brunella a défendu la stabilité, Anstett a séparé création et subventions publiques.
Liberté de création : consensus apparent, lignes de fracture
Un point de convergence est apparu sur la loi de 2016 (liberté de création et diffusion) : menaces par pressions financières (Jardin du Michel/Sniper, Cabaret Vert/propalestinien) ou physiques (annulation de Bilal Hassani en 2023 sous menaces d’extrême droite). Roques a accusé Grosdidier d’avoir voté contre Jardin du Michel en région ; Leduc et Mendes ont réclamé une reprogrammation de Hassani à Saint-Pierre-aux-Nonnains. Etienne Anstett a accepté la liberté mais refusé l’argent public pour certains artistes.
Le public tranche : quartiers, alternatives, réemploi
L’échange final (moins de 45 minutes) a été plus agité. Les questions pratiques ont afflué : financement des investissements (Ranconval, caserne Vallières), tiers-lieux alternatifs, fermetures administratives, réemploi des matériaux… Pic : « La culture est-elle une marchandise ? » Réponses croisées : non (Mertz, Leduc, Mendes), sauf sous capitalisme (Dermy, Diaferia) ; « rentable humainement » (Brunella).
Culture messine : laboratoire des municipales 2026
Ce débat du 5 mars, en pleine campagne nationale des municipales 2026, a posé un cadre finalement bien connu à Metz : grande ville culturelle (Philharmonie, Pompidou, festivals), mais parfois fracturée entre centre et périphérie, institutions et alternatives, stabilité et audace. En réécoute sur RCF.


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