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D'où vient l'idée de guerre juste ?

D'où vient l'idée de guerre juste ?

Un article rédigé par Frédéric Mounier, avec OR - RCF, le 31 août 2026 - Modifié le 7 septembre 2026
Où va la vie ? La bioéthique en podcastD'où vient l'idée de guerre juste ? Est-elle encore tenable aujourd'hui ? (1/3)

Si la Bible dit : Tu ne tueras pas et si l’Évangile propose de tendre l’autre joue ou d’aimer ses ennemis, n'est-ce pas contradictoire avec l’idée de guerre juste, qu'intègre pourtant la doctrine sociale de l'Église (DSE) ? Le pape Léon XIV s'intéresse de près à cette idée, à notre époque marquée par les conflits. Une notion qui fait autant appel à notre lucidité sur l'état du monde qu'à notre capacité à espérer.

L'Oublié !, Emile Betsellère, Musée Bonnat-Helleu. CC BY-SA 2.0L'Oublié !, Emile Betsellère, Musée Bonnat-Helleu. CC BY-SA 2.0

Dans la religion chrétienne, on s'intéresse de près à la paix, à la justice, au développement et au respect des droits humains. Il existe ainsi au Vatican un conseil pontifical Justice et Paix et, à la Conférence des évêques de France, un observatoire Justice et Paix en charge de suivre ces questions. Mais si l'on se préoccupe de la paix, qu'en est-il de la guerre ? D'où vient l'idée de guerre juste et pourquoi entre-t-elle dans la doctrine sociale de l'Église ? C’est un sujet que Léon XIV évoque très régulièrement. Dans Où va la vie, Frédéric Mounier propose trois épisodes pour mieux comprendre la doctrine de la guerre juste.

D’où vient l’idée de guerre juste ?

"Les conflits sont inhérents à toute vie en société", prévient Sylvie Bukhari-de-Pontual, Sylvie Bukhari-de-Pontual, présidente de la commission Justice et Paix France au sein de la Conférence des évêques de France (CEF). Faut-il pour autant désespérer et oublier toute idée de paix durable ? Penser un usage contrôlé et encadré de la violence à des fins moralement acceptables préoccupe l’humanité au moins depuis l’Antiquité. Cela témoigne d’un double constat que chacun peut être amené à faire : les guerres sont là et seront toujours là et, malgré cela, il ne faut pas abandonner l’idée d’encadrer et de limiter la violence, aussi vain que cela puisse paraître.

L’idée de guerre juste s’enracine dans la pensée des philosophes grecs de l’Antiquité. "Aristote considère que la guerre est un moyen de parvenir à la paix, résume Sylvie Bukhari-de-Pontual, qu’elle est normale, liée à la vie en société. Et elle doit tendre à finalement restaurer la paix entre les peuples."

Le philosophe romain Cicéron a pensé les trois conditions d’une guerre juste : "Qu’elle soit déclarée par une autorité légitime, précise la présidente de Justice et Paix France, et que la guerre doit être suscitée par une cause juste". C’est-à-dire pour se défendre ou réparer une injustice, et "certainement pas pour ce que Cicéron appelle la vaine gloire, comme annexer un territoire". Troisième critère, "la modération dans la victoire, un vainqueur doit être raisonnable et modéré quant à la force qu’il va exercer sur le vaincu".

 

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Regard chrétien sur la guerre juste

C’est avec saint Augustin que la doctrine de la guerre juste entre dans la pensée chrétienne. Dans La Cité de Dieu, au Ve siècle, il reprend les trois conditions de Cicéron. Puis, Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, pose à son tour les trois conditions d’une guerre juste : il reprend l’idée d’autorité légitime de Cicéron, "c’est-à-dire que la guerre ne peut être déclarée que par un pouvoir qui incarne la puissance publique", résume Sylvie Bukhari de Pontual. Le grand penseur du Moyen Âge retient l’idée de "cause juste" : "la guerre ne doit être utilisée que pour répondre à une agression et ne pas être une agression" - mais ce n’est que plus tard qu’apparaît l’idée de légitime défense. Troisième critère, "pour déclarer une guerre il faut avoir une intention droite : faire triompher le bien commun". Ce sera là un des grands principes de la doctrine sociale de l’Église (DES).

Léon XIV les cite dans son encyclique Magnifica Humanitas, les philosophes théologiens de l’école de Salamanque, en Espagne, ont structuré juridiquement, au XIVe siècle, les possibilités de faire la guerre : comment entrer en guerre et quelles armes utiliser ? "Ces philosophes vont donner une dimension universelle à cette doctrine chrétienne de la guerre juste, à l’époque de la Conquista, la conquête de l’Amérique latine et la découverte de nouveaux peuples." Certains portent la conviction "qu’au fond ces peuples dits sauvages, que les empires européens vont décimer, sont d’une égale dignité à tous les autres êtres humains".

Le jus post bellum "est à la fois une question de justice et de justesse", selon Agata Zielinski, maître de conférences en philosophie aux Facultés Loyola Paris. "Dans certains des conflits qu’on voit aujourd’hui, ce qui me choque, me démoralise le plus, confie-t-elle, c’est l’impression de la part de certains dirigeants qu’ils ne pensent pas l’après, et qu’ils ne pensent pas que l’après risque d’être pire." Elle cite la situation à Gaza, au sujet de laquelle Agata Zielinski a "l’impression que rien n’est fait pour penser un avenir commun".

 

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Est-il vain de vouloir encadrer la guerre ? "Il ne faut pas en démordre"

Si, avec une certaine lucidité, on peut considérer qu’il y aura toujours des guerres, et que rarement les conflits semblent "justes", à quoi cela sert-il de se référer encore à cette doctrine de la guerre juste ? N’est-ce pas vain ? "Je n’oserais pas dire que c’est vain, réagit Laurent Larcher, reporter de guerre pour La Croix de retour du front ukrainien. Mais on est bien obligés de dire que cette tentative de canaliser la violence et le recours à la force pour régler un conflit ou satisfaire une ambition échoue."

Penser la guerre juste c’est admettre que l’idée se heurte bien souvent à la réalité. "Cela ne veut pas dire que cet effort n’est pas nécessaire je dirais même qu’il est indispensable", estime Laurent Larcher, auteur de "La Fureur et l’extase – Un reporter de guerre face aux violences de masse" (éd. Bayard, 2025). Pour lui, "on réussit à obtenir des équilibres, des paix". Aussi, "il ne faut pas en démordre, dit-il. Il faut faire ce que l’on peut pour maîtriser, canaliser cette violence. Imposer peut-être même par la violence, des règles, si je peux dire, d’humanité dans la manière de concevoir l’exercice de la violence."

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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