D'où vient le mot "ski" ?
LE MOT DE LA SEMAINE – Les Jeux Olympiques d’hiver 2026 de Milan Cortina s’achèveront ce 22 février. Le terme « ski », récent dans notre langue, est un emprunt à la langue norvégienne. Épelé « skie » dans sa première version, il avait pour définition « long patin formé d’une lame de bois dont on se sert pour glisser sur la neige ».
Jean Pruvost © Pascal HausherrD’une part, si l'on nous demande d’où vient ce mot très court, de trois lettres « ski », la réponse n’est généralement pas immédiate et, d’autre part, si c’est un mot qui a déjà bien des dérivés, « téléski », « monoski », « après-ski », un nouveau mot est né, le « skimo ». C’est un mot-valise, c’est-à-dire construit à partir de l’association abrégée de termes qui le composent, et donc en anglais, « ski mountaineering », abrégé en « skimo ». Ce n’est pas un mot qui me plaît et je lui préfère mille fois son équivalent français, le « ski alpinisme ». Il combine donc les ascensions et les descentes à skis sur la neige, en alternance avec des parties du parcours sur le mode de l’alpinisme. De fait, c’est à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina que cette discipline est devenue olympique. Au passage, on a peut-être tort en français de ne pas aller plus loin dans l’abréviation parce qu’indéniablement l’anglicisme « skimo » est plus court et risque bien de s’implanter. On aurait peut-être pu l’appeler « skimont », mais c’est un fait, la langue française répugne à faire très court.
Aux origines du mot «ski »
Ce terme est en vérité récent dans notre langue, attesté pour la première fois en 1842, dans le Magasin pittoresque, en tant qu’emprunt à la langue norvégienne, le « skie », avec donc un « e » final, défini comme un « long patin, formé d’une lame de bois, dont on se sert pour glisser sur la neige ». Il perdra vite sa voyelle finale pour s’orthographier à la mode actuelle. Il n’est pas immédiatement adopté. Ainsi, dans Chasses arctiques, publié en 1911, l’auteur témoigne encore de son étonnement vis-à-vis de ce moyen de locomotion : « Comme la neige est épaisse et molle, on nous conseille de prendre des skis, mais ne connaissant pas ce genre de locomotion, Récamier préfère des raquettes, et moi je suis son exemple, ne me souciant pas de marcher sur ces rails qu’il faut tenir parallèles ». Mais dès 1924, c’est en France à Chamonix qu’auront lieu les premiers jeux olympiques d’hiver avec de belles compétitions de ski. Le mot même de « ski » a fait par ailleurs débat en langue française. Doit-on en effet dire « à ski » ou « en ski » ?
Un débat sur les usages puristes
En 1947, dans la Grammaire raisonnée de la langue française, Albert Dauzat, s’enflamme à propos des usages puristes : faut-il dire « à skis » ou « en skis » ? Sujet glissant, s’il en est, voilà son avis : « À skis, qu’on a voulu imposer, est franchement fautif, car le ski est une chaussure et l’on doit dire aller en skis, comme en pantoufles, en sabots, et en patins. » Un peu plus tard Maurice Grévisse dira qu’on dit plutôt « à ski » avec ou sans « s ». L’Académie ne se prononce pas mais note néanmoins « saut à skis ». Quoi qu’il en soit, comme le signalent les verbicrucistes essayant de nous faire deviner le mot « ski » : « ils glissent sur la nappe blanche » et, « ils chaussent grand ».


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




