David Gauthier : quand un ancien journaliste choisit la fiction pour explorer les blessures humaines
Ancien journaliste en Charente, David Gauthier publie Adieu les monstres aux éditions Cairn. Un thriller psychologique qui interroge les traumatismes, la vengeance et les failles de l'être humain.
Le journaliste devenu romancierIl a longtemps raconté la vie des autres. Aujourd'hui, c'est par la fiction que David Gauthier cherche à dire quelque chose de l'humain.
Ancien journaliste à Sud Ouest,, puis à La Charente Libre, avant de rejoindre le service communication de GrandAngoulême, il publie Adieu les monstres, son deuxième roman. Un thriller psychologique où les codes du polar s'effacent peu à peu derrière une réflexion sur les blessures de l'enfance, les traumatismes et cette part d'ombre que chacun porte en soi. « Nous avons tous des monstres intérieurs », confie-t-il au micro de Denis Charbonnier sur RCF Charente. Une phrase qui résume peut-être mieux que le titre lui-même ce qui traverse tout son roman.
Comprendre plutôt que désigner un coupable
Dans Adieu les monstres, le suspense ne repose pas sur l'identité du meurtrier. Le lecteur la connaît dès les premières pages. Le véritable enjeu est ailleurs : comprendre comment un homme bascule dans la violence. Le personnage principal, Thomas Delage, est journaliste. Un choix qui n'a rien d'anodin. Chargé de couvrir les faits divers, il rédige les articles consacrés aux crimes... qu'il vient lui-même de commettre. David Gauthier inverse ainsi les codes traditionnels du roman policier. Ce qui l'intéresse n'est pas tant l'enquête que le cheminement intérieur d'un homme confronté à ses propres blessures.
Le regard du journaliste n'a jamais disparu
Même s'il affirme que journalisme et littérature sont deux métiers très différents, David Gauthier reconnaît que ses années de reportage continuent d'alimenter son travail d'écrivain. Observer une attitude, retenir une expression, noter un détail vestimentaire ou un paysage... autant de fragments du réel qui trouvent ensuite leur place dans ses personnages. Pour construire Adieu les monstres, il a d'ailleurs rédigé des fiches très complètes pour chacun d'eux, jusqu'à imaginer leurs habitudes, leurs goûts ou leur histoire personnelle. « À partir de là, ce sont presque les personnages qui décident eux-mêmes de la suite du récit », sourit-il. Le roman plonge le lecteur dans des lieux familiers aux Charentais : Angoulême, la vallée de la Touvre ou encore plusieurs paysages du département. Mais l'auteur refuse le simple exercice de reconnaissance locale. La Charente devient ici une atmosphère, presque un personnage, capable d'accueillir une histoire universelle où chacun peut retrouver une part de lui-même.
Écrire pour approcher les zones grises
Le cœur du livre n'est finalement ni le crime ni l'enquête. Ce qui intéresse David Gauthier, ce sont les zones grises de l'être humain. Pour rendre son récit crédible, il s'est documenté sur les troubles psychotiques et les hallucinations auditives. Mais son ambition est ailleurs : montrer que derrière chaque histoire se cachent souvent des blessures invisibles. Loin d'un regard manichéen, Adieu les monstres invite le lecteur à s'interroger sur ce qui construit une vie, sur la manière dont chacun compose avec ses fragilités et sur ce qui distingue encore une victime d'un bourreau.
Après Corvidés, publié en 2021, David Gauthier estime avoir trouvé une écriture plus personnelle. Les premiers retours des lecteurs saluent notamment la profondeur psychologique du roman et son dénouement. L'auteur travaille déjà à un troisième projet, tout en poursuivant les rencontres avec ses lecteurs lors de séances de dédicaces en Nouvelle-Aquitaine.
Adieu les monstres
David Gauthier
Éditions Cairn
16 €


