Dans la forêt de Vezins, le souvenir toujours vivant d'un massacre des guerres de Vendée
Au cœur de la forêt de Vezins, sur la commune d'Yzernay, se cache un lieu méconnu mais essentiel de la mémoire vendéenne. Le cimetière des Martyrs rappelle le massacre de 1 500 à 2 000 personnes perpétré par les colonnes infernales en mars 1794. Historien local et éditeur, André-Hubert Hérault raconte l'histoire de ce refuge installé par Jean-Nicolas Stofflet et devenu l'un des symboles les plus tragiques des guerres de Vendée.
Portait de Jean-Nicolas StoffletAvant d'être un lieu de mémoire, le cimetière des Martyrs fut un vaste campement de fortune installé par le chef vendéen Jean-Nicolas Stofflet. Dans cette partie alors presque impénétrable de la forêt de Vezins, les insurgés avaient aménagé un véritable village destiné à accueillir les blessés et les populations fuyant les combats.
« L'hôpital, c'était une espèce de village de fortune, un peu comme un bourg, avec des cabanes couvertes de genêts. Tous les blessés venaient se faire soigner ici », explique André-Hubert Hérault.
Autour de cet hôpital militaire dirigé par le chirurgien Baguenier Desormeaux, s'était développée une petite communauté. Des artisans et commerçants y exerçaient leurs activités tandis que les habitants des environs venaient s'y réfugier à l'approche des troupes républicaines.
Le site abritait également un élément stratégique majeur : l'imprimerie de l'armée catholique et royale. Dirigée par l'imprimeur Clambart, elle produisait proclamations, affiches et les fameux « bons Stofflet », une monnaie parallèle utilisée dans les territoires contrôlés par les insurgés.
Le massacre du 23 mars 1794
Ce sanctuaire improvisé fut anéanti après une dénonciation. Selon la tradition locale, un agriculteur nommé Porchet révéla aux colonnes infernales l'emplacement exact de l'hôpital.
Le 23 mars 1794, les troupes républicaines commandées par le général Grignon investissent les lieux.
« On estime entre 1 500 et 2 000 victimes. Hommes, femmes et enfants. Personne ne fût épargné », souligne André-Hubert Hérault.
La plupart des victimes étaient des civils. Les hommes en âge de combattre se trouvaient alors avec l'armée vendéenne sur différents fronts.
« Il y avait essentiellement la population de femmes, d'enfants et de gens âgés dans ce lieu », rappelle l'historien.
À cette époque, les communes voisines subissent elles aussi les ravages des colonnes infernales. À Maulévrier, seules sept maisons ont échappé à l'incendie.
Un lieu de mémoire entretenu par la famille Colbert
Après la Révolution, la famille Colbert de Maulévrier entreprend de préserver le souvenir du massacre. René Colbert fait rassembler les ossements encore dispersés dans la forêt et décide d'ériger une chapelle sur les lieux.
Construite en 1822, celle-ci devient également la sépulture familiale des Colbert.
« Il a fait construire la chapelle en 1822, qui deviendra l'enfeu de la famille Colbert », explique André-Hubert Hérault.
À proximité est aménagé un petit oratoire qui sera restauré en 1952 par les moines de l'abbaye de Bellefontaine. Au fil du XIXe et du XXe siècle, le site devient un important lieu de pèlerinage.
L'historien se souvient encore des ex-voto qui y étaient suspendus lorsqu'il était enfant : « Il y avait des béquilles, des cannes, des choses comme ça qui étaient suspendues ».
Entre histoire et légendes
Le cimetière des Martyrs est également entouré de nombreuses histoires transmises de génération en génération. Parmi elles figure celle du trésor de Stofflet.
Pour financer son armée, le chef vendéen aurait constitué un trésor composé d'or, d'argent et de pierres précieuses, en échange des bons qu'il faisait circuler.
« On indique qu'il y avait une partie du trésor de Stofflet qui était cachée ici, dans la forêt de Vezins », raconte André-Hubert Hérault.
L'histoire locale rapporte même qu'un officier allemand stationné à Maulévrier durant la Seconde Guerre mondiale aurait consacré une partie de son temps à rechercher ce trésor, après avoir hérité de cette histoire familiale remontant aux guerres de Vendée.
Selon le récit transmis dans sa famille, l'un de ses ancêtres, soldat prussien capturé pendant les guerres révolutionnaires, aurait rejoint l'armée de Mayence avant d'être fait prisonnier par les Vendéens à la bataille de Torfou. Gracié par Jean-Nicolas Stofflet, qui parlait allemand, il aurait intégré son entourage et assisté à l'enfouissement d'une partie du trésor dans la forêt de Vezins. Une histoire transmise de génération en génération, qui aurait conduit son descendant à tenter de retrouver ce butin plus de cent cinquante ans plus tard.
« On a besoin de ces lieux de souvenirs »
Pour André-Hubert Hérault, l'importance du cimetière des Martyrs dépasse largement le seul cadre des guerres de Vendée.
« On a besoin de ces lieux de souvenirs. Ces lieux de souvenirs nous permettent de plonger dans le passé et de ne pas oublier ce qui a eu lieu », affirme-t-il.
Élevé dans le souvenir de ce drame, l'historien confie avoir découvert le site dès son enfance. Aujourd'hui encore, il continue de transmettre cette mémoire à travers ses ouvrages et ses recherches.
Au milieu des arbres de la forêt de Vezins, le cimetière des Martyrs demeure ainsi l'un des témoignages les plus marquants des violences des guerres de Vendée. Un lieu de recueillement, mais aussi un fragment d'histoire qui continue d'interroger les générations actuelles.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..

