CIA : ce que l'on sait, ce que l'on tait
Qu’est-ce qui se joue dans l’ombre du pouvoir, à quel moment s’effectue le point de bascule, où se situent les zones grises et en quoi le secret demeure une des armes les plus efficaces ? À l’occasion de la parution de son livre L’agence : histoires secrètes de la CIA aux éditions Tallandier, le journaliste et spécialiste des questions liées au terrorisme et au renseignement Antoine Mariotti décrypte les coulisses de la CIA et ses lignes de fracture contemporaines.
Logo de la CIA Travail sur le livre
Pour écrire son ouvrage, Antoine Mariotti s’est appuyé sur une dizaine d’entretiens menés avec des anciens membres de la CIA, de la DGSE, mais aussi avec plusieurs personnalités politiques. “L'objectif était d’aller à la rencontre des acteurs, essentiellement des anciens membres de la CIA”.
Le journaliste s'est particulièrement intéressé au point de rupture provoqué par les attentats du 11 septembre 2001. “J’avais envie de me pencher sur ce tournant majeur (...) et ce que ça avait changé pour les vingt-cinq dernières années” souligne-t-il.
Un espionnage mutuel
Interrogé sur l’éventuel espionnage des Etats-Unis par la France, Antoine Mariotti répond sans détour : “tout le monde espionne tout le monde”. Une réalité connue de tous, mais rarement reconnue officiellement, et la DGSE aurait confirmé au journaliste.
Sous la présidence de Barack Obama, un accord de non-espionnage mutuel entre la France et les Etats-Unis aurait pu même voir le jour. "À un moment donné, sous Obama, le directeur national du renseignement avait proposé une sorte (…) d’accord avec les français,(…), mais l’administration avait catégoriquement refusé” raconte-t-il.
Le renseignement dans les affaires non-élucidées
Selon Antoine Mariotti, il reste toujours difficile de déterminer avec certitude l'implication des services de renseignement dans certaines affaires. Certains éléments sur des événements passés sont toujours classifiés, et les anciens de la CIA sont tenus au silence: “sur l’après 11 septembre, il y a encore des informations qui sont classifiées”, affirme-t-il.
Il cite notamment l'exemple de l'assassinat, en janvier 2020, du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe américaine aux environs de l’aéroport de Bagdad. Chargé des relations avec le Hezbollah libanais, les milices irakiennes et la Syrie de Bachar Al-Assad, Soleimani aurait été visé lors d’une opération menée par la CIA. "Je le sais, j’ai parlé à des personnes directement impliquées", confie le journaliste. Pourtant, l’agence américaine n’a jamais confirmé ni démenti son rôle.
Implication du président américain dans les interventions de la CIA
Antoine Mariotti assure que les actions les plus importantes de la CIA sont connues du président des États-Unis. Toutefois, certaines opérations peuvent être dissimulées. "Au moment de la guerre en Irak, certaines choses avaient été parfois cachées pendant un certain temps au président américain”, notamment les épisodes de torture. Les services de renseignement conservent ainsi une part de secret et d’autonomie dans leurs activités.


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