Château d’Angers : la tour du Moulin retrouve ses visiteurs et son histoire
Rouverte au public après restauration, la plus haute des dix-sept tours du château d’Angers offre un panorama à 360 degrés sur la ville. Les fouilles archéologiques ont aussi révélé les vestiges d’un moulin à vent installé à son sommet pendant les guerres de Religion. Emma Fonteneau, chargée de communication du domaine national, raconte cette histoire méconnue.
Crédit photos FlymprodIl faut gravir 83 marches pour découvrir Angers sous un nouvel angle. Au sommet de la tour du Moulin, la cathédrale, les toits d’ardoise, la Maine et le quartier de la Doutre composent un panorama que les visiteurs du château peuvent désormais retrouver. « Même pour ceux qui connaissent très bien le château d’Angers, ça transforme complètement la perception qu’on pouvait avoir de la ville depuis le reste des remparts », souligne Emma Fonteneau, chargée de communication du domaine national du château d'Angers.

La réouverture s’inscrit dans un vaste chantier de restauration du front nord de la forteresse, du côté de la promenade du Bout-du-Monde. Au-delà de la reprise des maçonneries et du traitement des infiltrations, les équipes souhaitaient proposer une nouvelle découverte au public. « On voulait que ce chantier se finisse en beauté », explique Emma Fonteneau. Le sommet de la tour en constitue l’aboutissement le plus spectaculaire.
Un moulin pour nourrir les soldats
Mais cette ascension raconte aussi une histoire. Au deuxième étage, la « chambre du meunier », ainsi désignée dans les archives, rappelle l’activité qui donna son nom à la tour. Les meules y étaient installées, ainsi qu’une paillasse permettant au meunier de dormir sur place.
Au-dessus tournait un moulin à vent, commandé en 1593 pour approvisionner la garnison. « On installe un moulin pour la garnison, donc c’est vraiment dans un contexte militaire », précise Emma Fonteneau. L’objectif était de disposer d’une certaine autonomie : produire de la farine, puis du pain pour les soldats de la forteresse royale.
L’installation était adaptée aux vents. « C’est un moulin qu’on appelle tournant et virant », poursuit-elle. Le meunier devait en orienter les ailes « pour qu’elles aient la meilleure prise au vent possible et qu’il ait la meilleure efficacité ».
Longtemps, cette présence n’était connue que par les documents anciens. « Les traces étaient essentiellement textuelles », rappelle Emma Fonteneau. Les sources écrites mentionnaient la commande du moulin, mais aucune représentation ne permettait d’en restituer l’apparence.
Les fouilles ont apporté des éléments matériels. Sous une épaisse dalle de béton, les archéologues ont retrouvé les aménagements du sommet. Les visiteurs peuvent notamment observer un pavement du XVIIe siècle constitué de grandes dalles d’ardoise. « On a pu en conserver 60 % », indique la chargée de communication. Les parties manquantes ont été remplacées grâce à des ardoises provenant des carrières de Trélazé.
La seule tour restée aussi haute
Cette tour se distingue aussi par sa silhouette. Au Moyen Âge, les dix-sept tours possédaient une hauteur comparable et étaient coiffées de toits coniques dit en « poivrières ». Les guerres de Religion et le développement de l’artillerie ont bouleversé cet ensemble.
Pour moderniser la forteresse, les tours ont été abaissées et leurs toitures supprimées, facilitant la circulation et le maniement des canons. Une seule a conservé une élévation proche de sa hauteur médiévale : celle du Moulin.
Pourquoi cette exception ? La question reste ouverte. « Est-ce qu’on a laissé à cette tour une hauteur singulière pour y accueillir un moulin ou est-ce que c’est parce qu’elle avait gardé une hauteur différente des autres qu’on y a installé un moulin, on n’en sait rien », reconnaît Emma Fonteneau.

Le moulin, lui, n’a fonctionné que quelques décennies. Frappé par la foudre dès 1594, puis progressivement privé de son intérêt militaire avec l’apaisement des conflits, il cesse d’être utilisé en 1620. « La durée d’utilisation a été assez courte », observe-t-elle. Pourtant, quatre siècles plus tard, son nom demeure.
La découverte se mérite : les marches médiévales sont hautes et irrégulières, et l’accès au sommet est limité à dix-neuf personnes simultanément. Une ascension un peu sportive, récompensée par la vue — et par un éclairage nouveau sur l’histoire de la forteresse.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
