Charles Ursault, l’érudit infatigable qui a sauvé la mémoire angevine
Prêtre, historien, médiéviste passionné et figure majeure de la recherche angevine, le chanoine Charles Ursault a consacré sa vie à explorer les archives et à préserver le patrimoine local. Artisan décisif de la redécouverte et de la valorisation de la tenture de l’Apocalypse, cet érudit austère et prolifique a profondément marqué l’histoire culturelle d’Angers, au prix d’un engagement total et d’un caractère réputé difficile.
Image mortuaire du Chanoine Charles Urseau - © Archives de la Ville d'AngersCharles Ursault, né en 1860 et mort en 1940, n’est pas qu’un simple homme d’Église.
Sa première vie est celle d’un prêtre au parcours classique. « Il est professeur à l’université catholique […] vicaire à Saint-Jacques, chanoine de la cathédrale », détaille l’historien Jean-Pierre Bois. Une carrière discrète, mais déjà exigeante. « Les cours, ça se prépare », rappelle-t-il, comme pour souligner une évidence souvent oubliée.
Mais c’est ailleurs que se joue l’essentiel. Sa deuxième vie est celle d’un chercheur acharné, passionné de Moyen Âge. « Il lit tous les chartriers, les documents qui sont illisibles pour n’importe qui […] lui, il les lit couramment », insiste l’ancien professeur d’Histoire. Latin, écritures anciennes, manuscrits complexes : rien ne lui résiste.
Enfin, sa troisième vie se déploie au sein de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers. « En réalité, Ursault a régné sur l’Académie pendant 40 ans », tranche Jean-Pierre Bois, lui-même ancien président de cette même société qui porte actuellement le nom d’Académie d’Angers. Secrétaire général puis président, il en devient l’âme, notamment dans une période difficile, entre les deux guerres.
Le sauveteur de la tenture de l’Apocalypse
Impossible d’évoquer Ursault sans parler de la tenture de l’Apocalypse. « Il ne l’a pas découverte, il a achevé la redécouverte », nuance Jean-Pierre Bois.
C’est lui qui la restaure, la met en valeur et l’installe durablement dans un musée. « C’est grâce à lui qu’autour de l’Apocalypse, on commence à mettre en valeur les tapisseries en Anjou », souligne-t-il.
Directeur du musée des tapisseries et des arts religieux, Ursault joue un rôle central dans la reconnaissance de ce trésor médiéval. Un travail de longue haleine, mené avec rigueur, mais aussi avec une vision patrimoniale avant l’heure.
Une œuvre scientifique monumentale
Loin de se limiter à la tapisserie, Ursault laisse derrière lui une production impressionnante. « Il produit tellement qu’il écrase un peu les autres », observe Jean-Pierre Bois, à moitié admiratif, à moitié lucide.
Parmi ses travaux majeurs figure le Cartulaire noir de la cathédrale d’Angers, un ouvrage colossal. « 239 chartes latines […] qui couvrent l’ensemble du Moyen Âge », précise l’historien.
Grâce à ses recherches, Ursault parvient à reconstituer une large partie de ces documents. « Il a pu reconstituer 160 chartes dans leur intégralité », détaille-t-il.
Au total, l’homme publie plus de 150 communications scientifiques. « 150 papiers en 40 ans, ça fait quand même un bon rythme », glisse Jean-Pierre Bois. Traduction : il travaillait sans arrêt.
Un érudit reconnu… mais redouté
Cette œuvre considérable lui vaut une reconnaissance nationale. En 1935, il devient membre correspondant de l’Institut. « On ne devient pas membre correspondant comme on va à la poste », ironise Jean-Pierre Bois.
Mais derrière l’érudit respecté se cache un homme au caractère bien trempé.
« Il n’était pas souriant […] il ne félicitait pas quand on avait bien travaillé », raconte l’historien. Résultat : peu d’amis et des relations parfois tendues.
Son exigence lui attire autant d’admiration que d’hostilité. « Il avait l’art de se faire des ennemis parce qu’il était très rigoureux », résume Jean-Pierre Bois.
Même après sa mort, le sujet reste délicat. Lors de son éloge funèbre, un académicien préfère éluder la question : « Je ne vous parlerai pas du caractère […] je ne parlerai que de ses œuvres ». Tout est dit.
Une fin marquée par le choc de la guerre
Les dernières années d’Ursault sont assombries par la Seconde Guerre mondiale. Le choc de l’entrée des Allemands à Angers en 1940 le bouleverse profondément.
« Il n’a pas survécu à la guerre […] elle l’a détruit psychologiquement », confie Jean-Pierre Bois. À 80 ans, l’homme s’effondre, incapable de supporter l’humiliation nationale.
« Il est mort de chagrin, d’une énorme tristesse », ajoute-t-il.
Un héritage toujours vivant
Malgré une personnalité austère, l’héritage d’Ursault est immense. « C’est un très grand historien », tranche Jean-Pierre Bois.
Aujourd’hui encore, ses ouvrages restent des références incontournables pour comprendre l’histoire de l’Anjou.
Un destin à l’image de ses archives : exigeant, dense… et absolument incontournable.


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
