Ces musiques qui ont fait entrer des films dans la légende
Au cinéma, certaines images deviennent inoubliables grâce à la musique qui les accompagne. Derrière les plus grandes bandes originales se cachent souvent des complicités artistiques rares entre un réalisateur et son compositeur. De Steven Spielberg et John Williams à Sergio Leone et Ennio Morricone, en passant par Claude Lelouch et Francis Lai, 6 duos mythiques qui ont façonné l’histoire du 7e art.
@ Montage RCFCe qu'il faut retenir :
- Une alchimie du son et de l'image
- Des BO entrées dans l'histoire
- L'émotion sonore au service du cinéma
1/Steven Spielberg et John Williams : 50 ans de légende hollywoodienne
C’est probablement LA collaboration la plus célèbre et la plus durable de toute l’histoire du cinéma. Depuis Sugarland Express en 1974, Steven Spielberg et John Williams ont traversé plus d’un demi-siècle de cinéma, ensemble. Les Dents de la mer, E.T., Indiana Jones, Jurassic Park, La Liste de Schindler, Lincoln… chaque film ou presque a offert au compositeur américain l’occasion d’écrire des thèmes puissants, immédiatement reconnaissables. Peu de musiciens possèdent cette capacité à résumer un personnage ou une aventure en quelques notes. Dans Flying, extrait de E.T. l’extra-terrestre, sorti en 1982, John Williams accompagne l’envol du vélo devenu mythique avec un lyrisme orchestral d’une puissance rare. Spielberg disait souvent qu’il imaginait parfois ses scènes en pensant déjà à la musique de Williams. Une preuve supplémentaire d’une fusion artistique devenue historique.
2/Claude Lelouch et Francis Lai : la mélodie des sentiments
En France, peu de collaborations ont autant marqué le public que celle entre Claude Lelouch et Francis Lai. Leur rencontre artistique éclate au grand jour avec Un homme et une femme en 1966. Le célèbre « da ba da ba da », cinq syllabes devenues immortelles, devient immédiatement un succès mondial. Palme d’or à Cannes puis Oscar du meilleur film étranger, Un homme et une femme propulse Francis Lai au rang des compositeur incontournables. Chez Lelouch, la musique ne sert jamais uniquement d’illustration. Elle exprime les sentiments, les silences et les mouvements intérieurs des personnages.
Cette fidélité artistique se poursuivra pendant plus de cinquante ans jusqu’à la mort de Francis Lai en 2018.
3/Jacques Demy et Michel Legrand : la comédie musicale à la française
Dans les années 1960, Jacques Demy et Michel Legrand inventent un univers immédiatement identifiable : un cinéma coloré, musical et profondément mélancolique. Avec Les Parapluies de Cherbourg en 1964, entièrement chanté, le tandem ose une révolution artistique inédite dans le cinéma français. Trois ans plus tard, Les Demoiselles de Rochefort transforme la ville charentaise en comédie musicale éclatante de couleurs et de rythmes. Le génie de Demy fut de croire au musical à la française. Celui de Michel Legrand, de rendre ce rêve crédible grâce à une écriture mélodique d’une sophistication exceptionnelle. Leur influence dépasse largement les frontières françaises.
En 2016, Damien Chazelle revendiquera clairement cet héritage dans La La Land. Le morceau Another Day of sun, composé par Justin Hurwitz, fait explicitement écho à l’énergie et aux couleurs des Demoiselles de Rochefort.
4/François Truffaut et Georges Delerue : l’art des sentiments
François Truffaut trouvait chez Georges Delerue un compositeur capable d’exprimer ce que ses personnages ne disaient pas. Leur collaboration débute au début des années 1960 et donnera naissance à quelques-unes des plus belles partitions du cinéma français.
Dans Jules et Jim, La Femme d’à côté, Le Dernier Métro ou encore La Nuit américaine en 1973, Delerue déploie un art de la mélodie empreint de tendresse, de nostalgie et d’élan intérieur.
Le morceau Le Grand Choral, extrait de La Nuit américaine, résume à lui-seul parfaitement cette sensibilité. Truffaut y filme les coulisses du cinéma tandis que Delerue sublime l’émotion avec une écriture ample et profondément humaine. Une collaboration discrète peut-être, mais essentielle dans l’histoire du cinéma d’auteur français.
5/Sergio Leone et Ennio Morricone : le western devenu opéra
Il suffit d’entendre quelques notes d’harmonica ou un sifflement pour reconnaître immédiatement la patte d’Ennio Morricone chez Sergio Leone. Leur rencontre artistique débute en 1964 avec Une poignée de dollars avant de révolutionner le western.
Anciens camarades d’école à Rome, Leone et Morricone vont bâtir une collaboration unique où la musique devient parfois le cœur même de la mise en scène. Leone faisait régulièrement écouter les compositions sur le plateau afin que les acteurs jouent au rythme de la partition. Avec Il était une fois dans l’Ouest, Morricone atteint en 1968 des sommets d’émotion. Le thème demeure l’un des moments les plus emblématiques de l’histoire du cinéma : la caméra épouse littéralement la musique lors de l’arrivée de Claudia Cardinale à la gare. Un instant suspendu où l’image et le son ne font plus qu’un.
6/Luc Besson et Eric Serra : la modernité sonore des années 80
Dans les années 1980, Luc Besson et Eric Serra imposent une nouvelle esthétique sonore dans le cinéma français. Synthétiseurs, atmosphères planantes et mélodies immédiatement identifiables deviennent la signature de leurs films. Subway, Nikita, Léon… mais surtout Le Grand Bleu en 1988, dont la bande originale remportera le César de la meilleure musique.
Avec The Big Blue Overture, Eric Serra compose une musique flottante et hypnotique qui accompagne parfaitement l’univers marin et contemplatif imaginé par Luc Besson dans lequel évoluent Jean Reno et Jean-Marc Barr en champions de plongée en apnée. Une bande originale devenue culte et symbole d’une époque du cinéma français.


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