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Blocus du détroit d’Ormuz : d’où vient le mot « blocus » ?

Blocus du détroit d’Ormuz : d’où vient le mot « blocus » ?

Un article rédigé par Jean Pruvost - RCF, le 20 avril 2026 - Modifié le 20 avril 2026
Le mot de la semaineBlocus du détroit d'Ormuz : d'où vient le mot "blocus" ?

Entre actualité brûlante au détroit d’Ormuz et détour inattendu par l’histoire des mots, le terme « blocus » révèle une origine bien plus germanique que latine, tout en rappelant combien le langage garde la trace des conflits d’hier et d’aujourd’hui.

Jean Pruvost © Pascal HausherrJean Pruvost © Pascal Hausherr

Un mot d’actualité aux origines trompeuses

Le détroit d’Ormuz est bien sûr au cœur de l’actualité internationale, et un mot revient en permanence depuis le 13 avril, le « blocus », un moyen de pression mis en œuvre dans le conflit avec l’Iran. Quand est-il né ? Il vient du latin sans doute…

Bien, je l’ai cru aussi la première fois que je l’ai rencontré, parce qu’évidemment, j’ai fait spontanément un rapprochement avec les innombrables mots latins finissant par « us », cette terminaison marquant le nominatif singulier des noms masculins. Cette terminaison a d’ailleurs longtemps marqué les esprits, rappelons-nous Molière déclarant en 1661 dans Les Fâcheux : « Oui, je suis un savant charmé de vos vertus, non pas de ces savants dont le nom n’est qu’en us. Il n’est rien si commun qu’un nom à la latine… »

Et assurément « blocus » ressemble fâcheusement à un mot latin. Fâcheusement, parce qu’en réalité c’est un mot issu du néerlandais     « blochu(u)s », lui-même d’origine germanique, désignant d’abord en hollandais une maison faite de madriers, de grosses poutres, un fortin. Il s’agit plus précisément d’un mot composé tiré lui-même de l’allemand « blockhaus », où se repèrent les mots germaniques « block », une poutre, et « haus », la maison. Hélas, on sait combien les « blockhaus » ont fait partie du paysage côtier de la Seconde Guerre mondiale, ces ouvrages défensifs d’abord en bois puis en béton armé, qui jalonnaient le mur de l’Atlantique, notamment sur les côtes de la Manche.

Du fortin militaire au sens moderne

Comment alors du mot néerlandais « blochuus », de même sens que le « blockhaus » allemand, on est passé au « blocus » d’un pays, c’est-à-dire son isolement en « bloquant » toute relation avec l’extérieur ?

Bien, du fortin de bois correspondant en 1350 au mot néerlandais initial « blokehus », désignant un fortin élevé par les assiégeants pour couper les communications avec les assiégés, est né, attesté en 1547, l’emprunt en français de ce mot, d’emblée sous la forme phonétique d’aujourd’hui « blocus », d’abord avec deux c, puis un seul au XVIIe siècle. S’est alors imposé un sens précis : le fait d’interdire toute entrée et toute sortie d’une position ennemie.

On a tous en mémoire, en étudiant la période napoléonienne, le célèbre blocus continental instauré par Napoléon Ier pour fermer à l’Angleterre le continent européen, décrété le 21 novembre 1806. De la notion militaire, le terme s’est étendu à un sens figuré, comme le blocus économique, visant à empêcher un pays d’entretenir des relations commerciales.

Quoi qu’il en soit, voilà qu’est entré maintenant dans l’histoire le « blocus du détroit d’Ormuz ». Attention toutefois : en Belgique francophone, de manière familière, le « blocus » désigne aussi la période de révisions avant les examens — « on est en bloque » ou « en blocus », disent les élèves. Ici, plus d’origine germanique, mais un suffixe argotique « us » ajouté à « bloque », issu du verbe « bloquer ».

Ah, le bel âge que celui où l’on peut encore être « en blocus » pour réviser ses mathématiques ou son français… bien loin des tensions internationales.

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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