Avec "Sorda", la réalisatrice Eva Libertad donne voix au silence
Cette semaine sort au cinéma un film espagnol de la réalisatrice Eva Libertad Garcia, intitulé Sorda (Sourde en français). Un sujet qu’elle connaît bien !
© SordaSa sœur Miriam, qui joue le rôle d’Angela dans le film, est elle-même sourde depuis l’âge de 7 ans, et Eva a donc écrit le scénario à partir de sa propre expérience personnelle et familiale.
Un film universel
La réalisatrice s’est nourrie de ses observations et de toutes les questions qui l’ont traversée, et a imaginé le personnage d’Hector, le mari d’Angela, à partir de là. Lui est donc entendant, c’est un homme aimant, attentionné, bienveillant, il forme un couple tout à fait heureux et harmonieux avec Angela et ils vont bientôt avoir un enfant. Le film commence par tout ce qu’il y a de plus classique dans ces cas-là : le choix du prénom.
Le film aborde autant la question de la surdité que celle du couple et de la parentalité. Les deux sont liés ici et exacerbés par l’arrivée de cet enfant. C’est ce qui rend le film passionnant et universel. Comment ce couple va-t-il surmonter ses différences, ses peurs, ses appréhensions ? Leur bébé sera-t-il sourd ou non ? Des questions lourdes de silence ou de maladresses de la part de l’entourage, qui viennent ternir leur joie de jeunes parents.
Il y a aussi les difficultés au quotidien pour les personnes atteintes de surdité, le cinéma nous permet d’approcher cette réalité, de ressentir ce qu’ils traversent, et cela peut devenir oppressant par moments… L’histoire est clairement racontée du point de vue des entendants mais elle est centrée sur le vécu d’Angela. Et il faut attendre les dernières séquences du film pour que la bande-son nous immerge totalement dans sa réalité sensorielle. L’impact est saisissant !
Le portrait d’une jeune femme ordinaire
Eva Libertad n’a pas voulu faire de son film un manifeste pour le handicap, car avant d’être sourde, Angela est surtout une femme, une amie, une fille, une mère, avec son caractère, ses défauts et ses fragilités. Elle peut nous agacer par moments, ou nous émouvoir à d’autres !
C’est aussi une collègue. Elle travaille dans une petite fabrique de poterie artisanale, un lieu qui l’apaise, où elle se ressource, et où son handicap devient secondaire, comme dans la nature. Des environnements filmés de façon très lumineuse : une rivière où le couple se baigne au début, tel Adam et Eve, une plage en bord de mer où Angela va retrouver ses amies.
Et puis il y a des endroits plus hostiles, angoissants même : l’hôpital, la crèche et leur appartement aussi, qui devient plus sombre au fur et à mesure que la colère et le conflit l’emportent.
Un film avec peu de moyens
Mais au final, Sorda est une belle histoire d’amour, de sororité, d’humanité. Un film tourné avec très peu de moyens (ils étaient 12 seulement sur le projet) et qui a remporté de nombreux prix en Espagne et ailleurs, dont le Prix du public à Berlin et 3 Goyas en Espagne, dont celui de meilleur premier film !
Le film à voir cette semaine, c’est Sorda d’Eva Libertad, avec Miriam Garlo et Alvaro Cervantès.


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




