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"Apathiques, paresse proverbiale, véritables corses perdus au milieu de la France" ... Quand Jules Verne parlait des altiligériens.

"Apathiques, paresse proverbiale, véritables corses perdus au milieu de la France" ... Quand Jules Verne parlait des altiligériens.

Un article rédigé par Stéphane Longin - RCF Haute-Loire, le 26 janvier 2026 - Modifié le 26 janvier 2026

Entre son voyage autour du monde et sa plongée vingt mille lieues sous les mers, le célèbre Jules Verne a pris le temps d'écrire sur la Haute-Loire. Dans "La géographie illustrée de la France" sortie en 1879, l'écrivain dresse un portrait pas très glorieux des altiligériens. Sans s'attarder sur les terres vellaves, l'auteur de "Voyage au centre de la terre" s'autorise, à l'époque, à parler de "paysans apathiques" et d'une "paresse proverbiale" alors que les habitants des villes sont critiqués pour leurs mœurs discutables. 

Illustration de la Haute-Loire dans la "Géographie illustrée de la France"Illustration de la Haute-Loire dans la "Géographie illustrée de la France"

Si vous êtes altiligérien(e)s et que vous aimez les œuvres de Jules Verne. Il est possible qu'après la lecture de ces quelques lignes vous remisiez ses ouvrages sur l'étagère la plus haute de votre bibliothèque, à la merci de la poussière et de la lumière qui altèrent, au fil du temps, les plus belles couvertures. 

Il faut dire que l'écrivain n'y va pas de main morte lorsqu'il s'agit de nous décrire. Il commence par une petite mise en garde, en fonction du lieu où l'on habite on ne se ressemble pas beaucoup "le caractère des habitants de la Haute-Loire est aussi varié que le sol et le climat du département" écrit-il. Avant de décrire les vellaves comme des hommes et des femmes aux mœurs légères "vers le centre, l'habitant des villes, comme celui des campagnes, est franc, actif, industrieux, mais passionné pour les plaisirs turbulents et assez prompt aux rixes violentes".

"[Le Vellave] passionné pour les plaisirs turbulents et assez prompt aux rixes violentes"

Un portrait moins flatteur que celui des habitants du Brivadois qui sont quasiment les seuls à trouver grâce aux yeux et à la plume de Jules Verne. Il leur reconnait un caractère "Auvergnat" synonyme d'obligeance et de serviabilité. Les habitants du Nord sont courageux et travailleurs. Presque aussi bien que la population des cantons méridionaux de la Haute-Loire "qui se distinguent par l'amour du travail, le respect de la religion et les mœurs hospitalières".

Si vous aimez les compliments, relisez les lignes ci-dessus car l'auteur du Tour du Monde en 80 jours n'a visiblement pas apprécié sont voyage en terres altiligériennes (enfin si il y a véritablement usé ses chaussures... voir ci-dessous). Car le portrait se fait plus acide sur "les montagnes de la Margerides" où Jules Verne voit des habitants "apathiques et d'une paresse proverbiale". Les Sauguains apprécieront !

Tout comme ceux qui ont leurs racines sur "les pentes du Vivarais et des Montagnes du Mégal" où, selon l'auteur "apparait une population farouche, vindicative à l'excès, et qui, autrefois, ne marchait qu'armée de couteaux, véritables Corses perdus au milieu de la France". Mais heureusement, tout n'est pas perdu puisqu'il reconnait malgré tout les efforts de la population "dont les mœurs rudes et sauvages (sic) s'adoucissent de jour en jour sous l'influence de la civilisation".

 

Extrait d'une reproduction de la Géographie Illustrée de la France publié par les Editions du Bastion

Jules Verne est-il (au moins) venu en Haute-Loire ?

A la lecture de tant de compliments, nous sommes en droit de se demander si le célèbre écrivain a été correctement reçu pendant son séjour en terre altiligérienne ? Pourquoi voit-il, à l'époque, les habitants de notre département comme de pauvres gens un peu arriérés ?

Du coup, nous avons cherché une trace de cette visite, que nous imaginons pas très amicale. Et il semble que Jules Verne a bien posé ses valises et ses cahiers dans notre département. Il aurait passé du temps à Aurec-sur-Loire et écrit quelques unes de ses œuvres. La commune du Nord-Est de la Haute-Loire (pas rancunière) a même racheté la maison où il aurait séjourné pour y installer un tiers lieux. En même temps, les Aurecois et Aurecoises font sans doute partis des personnes courageuses et travailleuses décrites dans la Géographie Illustrée de la France.

En grattant un peu, on apprend aussi que Jules Verne avait de la famille pas très loin de chez nous. Ses ancêtres ont en effet vécu dans le Pilat et plus précisément sur la commune de Saint-Genest-Malifaux dans la Loire.

Cette proximité avec les terres altiligériennes laisse donc penser qu'il connaissait les habitants de notre département. Mais la réalité est bien différente. Quand Jules Verne se met à écrire ces fiches ethnographiques, c'est à la demande de son éditeur Hetzel. L'historien Théophile Lavallée, qui a initié l'écriture de cet encyclopédie illustrée, est tombé malade. Jules Verne est appelé à la rescousse et il commence à rédiger les notices des départements les une après les autres. Mais plutôt que de faire le tour de la France (il est déjà occupé à faire le tour du monde...) il va s'appuyer sur toutes les sources qu'il peut trouver.  La « Géographie illustrée de la France et de ses colonies » est écrit sur la base de statistiques officielles, des grandes géographies de Malte‑Brun et, surtout, de « La France pittoresque » d’Abel Hugo, d’où il récupère nombre de descriptions et de clichés sur les populations locales.

 

La géographie illustrée de la France par Jules Verne

La lecture des notes d'Abel Hugo est d'ailleurs assez intéressante. Dans le paragraphe consacré au caractère et mœurs des habitants de la Haute-Loire et écrit en 1835 (40 ans avant le chapitre de Jules Verne sur le département), l'ancien officier d'Etat Major n'est pas très tendre avec les altiligériens. A propos des "montagnards du Mézenc, du Mégal et de leurs contreforts" A. Hugo écrit "[ils] forment un troisième peuple qui a un caractère tranché et qu'on croirait appartenir à de plus chauds climats. Ils sont jaloux, susceptibles et vindicatifs à l'excès. Malheur à l'étranger qui danserait avec la jeune fille qu'un paysan aurait amenée dans un lieu de réjouissances publiques ! [...] C'étaient de véritables Corses au milieu de la France". Si on était un peu taquin, on pourrait dire que Jules ne s'est pas foulé et s'est grandement "inspiré" du travail de son aîné. De là à dire qu'il était (comment il disait déjà ?) "d'une paresse proverbiale".... 

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