Alexandra Lamy : "Aider les autres, ça fait aussi du bien à soi"
Son sourire et son énergie en ont fait l'une des actrices préférées des Français. Révélée en 1999 dans la série "Un gars, une fille", l'ex compagne de Jean Dujardin a depuis fait son chemin au cinéma dans une quarantaine de films, dont le dernier "Compostelle", où elle incarne une professeur à la dérive accompagnant un jeune délinquant sur le pèlerinage de Saint-Jacques. À cette occasion, petits secrets de bonheur d'une comédienne qui avait rêvé... d'être gardienne de chèvres !
©RCF
Marcher, on le sait, c’est bon pour la santé. Mais si elle permettait aussi de se réparer ? C’est ce que veut montrer "Compostelle", de Yann Samuel. A l’origine du projet, un livre et une rencontre avec Bernard Ollivier, fondateur de Seuil , une association qui propose à des jeunes en difficulté des marches de longue durée pour favoriser leur réinsertion dans la société. "La marche, avec tout le protocole mis en place par Seuil, les aide à construire une autre image d’eux-mêmes." explique le réalisateur dans ses notes à la presse. "Ils rencontrent des gens qui les regardent d’un œil neuf, débarrassé de tout préjugé. Ils se prouvent qu’ils sont capables d’accomplir de grandes choses, car marcher 25 kilomètres par jour pendant trois mois, ce n’est pas donné à tout le monde. À partir de là ils peuvent se remettre à croire en eux-mêmes. Un autre chemin de vie devient possible."
On suit donc le parcours de Fred, enseignante mise à pied après une gifle avec une élève et Adam, un jeune délinquant abandonné par sa mère. Deux personnalités qui vont s’affronter, puis s’apprivoiser peu à à peu tout au long des kilomètres jusqu’à Santiago de Compostelle. Et finir par panser leurs propres blessures. Un film émouvant, alternant entre douceur et révolte, magnifié par les superbes paysages traversés par la Via Podiensis, partant du Puy en Velay en Haute-Loire. Alexandra Lamy touche une nouvelle fois dans le rôle de cette prof fragilisée face à un Julien Le Berre, vraie révélation en ado à fleur de peau. A l’occasion de son passage à Lyon pour présenter le long-métrage, petits secrets de bonheur d’une ex-Chouchou, qui, elle aussi, a fait son chemin !
Questions Bonheur
Quand vous vous levez le matin, est-ce que c'est tout de suite de bonne humeur, genre la famille Ricoré,© ou c'est attention, en mode "chien patou des Pyrénées", on ne m'approche pas tant que je n'ai pas avalé mes graines de chia et bu mon verre d'ail pressé * ?
Moi, j'ai plutôt le matin ensoleillé ! A chaque fois que je me lève, je me dis : bon, je suis encore là, ça c'est chouette ! Donc déjà, c'est positif. Il y a un gène du bonheur chez les Lamy. En même temps, je dis que c'est génétique, mais ma fille est un peu différente. Il y en a quelques-uns qui n'aiment pas qu'on leur parle tout de suite, comme vous disiez très justement. Moi, alors pas du tout !
Quand vous avez un petit coup de déprime, ce qu'on imagine mal en vous voyant, qu'est-ce que vous faites pour vous remonter le moral ?
Ouh là là ! Alors déjà, je mettrai de la musique, Otis Redding, Try a Little Tenderness: ça, ça me met la patate tout de suite. Et puis là, j'appellerai ma sœur Audrey et Mélanie Doutey, parce qu'en général, je l'ai toutes les deux. Donc je démarrerai par ma sœur et puis j'appellerai Mélanie Doutey, qui vous amènent le bonheur, ça c'est sûr !
J'ai lu aussi le jardinage : vous adorez nettoyer, débroussailler dans votre maison de campagne. Vous êtes très terrienne ...
Oui, il faut dire que je viens des Cévennes. Et avec mon ami Magalie, quand on était jeunes, on gardait les chèvres dans les fermes. Moi, je voulais être gardienne de chèvres et elle, comédienne. On prenait donc des livres de sa mère, qui tenait une librairie catholique et on s'amusait à jouer des scènes de pièces de Molière pendant qu'on gardait les chèvres. Jusqu'à un moment donné où on a perdu les chèvres ! On s'est retournées : il n'y en avait plus une, alors qu'on en avait à peu près 150 !
Elles n’aimaient peut-être pas trop le spectacle ?
Sans doute ! Donc on l'a très mal pris, on a été vexées ! Le chien, qui était collé à nous, n'avait absolument rien fait. On est donc rentrées bredouilles. On a cru qu'on allait se faire gronder. Et pas du tout ! Le fermier nous a dit : "C'est pas grave, elles reviendront demain.". Et c'est vrai qu'elles sont revenues le lendemain. Mais ce qui est drôle, c'est qu'elle, elle est devenue gardienne de chèvre, elle est infirmière et son mari est chevrier et c'est moi qui suis devenue comédienne !
Comme quoi, le hasard fit bien les choses ! Alexandra Lamy, est-ce qu'il y a un endroit où vous vous sentez bien, qui vous apaise ou qui vous redonne de l'énergie ?
Les Cévennes, justement. Je suis du côté d'Anduze et moi, j'ai besoin de me retrouver là, parce que j'ai ma famille, j'ai mes amis. Et puis vraiment, c'est la nature. Je suis née dans la nature. J'aime la ville. J'aime Paris. Je trouve ça très beau. Mais c'est vrai que j'ai besoin de retrouver la nature. On peut prendre le temps de regarder les choses. Et la nature, je ne sais pas s'il y a quelque chose de spirituel là-dedans, mais en tout cas, ça vous donne toujours un sens. Ça vous amène quelque part. C'est plus grand que vous. Et ça, c'est merveilleux. Ça t'emporte. Oui, tu vas chercher quelque chose de plus grand que soi. Et d'autant plus s'il y a des chèvres !
Dans le film "Compostelle", il y a des séquences dans des églises, un monastère. On chante même un "Ave Maria", version rap, tout à fait extraordinaire ! Est-ce que ces lieux de culte vous attirent aussi parfois ?
Ah oui, complètement ! Surtout, en plus, quand on fait la randonnée. Souvent, on s'arrête dans des abbayes, dans des cathédrales, dans des églises, des petites chapelles. Et peu importe qu'on croit ou qu'on ne croit pas, il y a toujours quelque chose quand même qui nous attire. C'est ce climat d'apaisement. C'est quelque chose qui fait du bien. Ce sont les seuls moments où tu peux quelque part te parler à toi-même, presque comme une méditation. Il y a un moment donné aussi où il y a quelque chose qui te dépasse, quelque chose qui nous repose, qui nous fait du bien.
Question gratitude, Alexandra Lamy. Est-ce qu'il y a une personne qui a beaucoup compté pour vous dans votre vie personnelle ou professionnelle et à qui aujourd'hui vous auriez vraiment envie de dire merci ?
Alors, j'en avais parlé il y a très longtemps, je dirais mon professeur de français, monsieur Boisset. C'était mon professeur principal quand j'étais en troisième et il donnait des cours de théâtre. Et comme il était professeur principal, avec une copine on s'est dit : "Bon, allez, on va aller aux cours de théâtre, comme ça, on va bien se faire voir par le prof de français." Et j'ai passé "Je suis comme je suis" de Prévert. Et quand j'ai fini le texte, il m'a dit : "Il faudrait que tu fasses du théâtre et tu vas passer le conservatoire." Et j'ai dit : "Mais mes parents ne voudront jamais !" Surtout que le conservatoire était à Nîmes, donc à 40 kilomètres d'Alès. Et il m'a dit : "Ecoute, c'est pas grave, on leur dira pas. Et puis tu vas le passer en douce." Et on a travaillé ensemble le conservatoire ... que j'ai eu ! Et en fait, cet homme a changé ma vie. Tout simplement. Et je continue à le voir !
Merci M. Boisset ! Pour terminer, Alexandre Alamy, vous connaissez le dicton "Pour vivre heureux, vivons cachés." Mais pour vous, pour vivre heureuse, il faudrait vivre comment ?
J'ai besoin des deux. C'est-à-dire qu'il y a des moments où j'adore, par exemple, là, quand on vient en tournée, aller à la rencontre des gens, échanger. J'adore. Même quand on était sur le chemin de Compostelle, pendant le tournage, on adorait retrouver les pèlerins le soir, discuter avec des gens que vous n'avez pas l'habitude de voir. Je trouve que c'est extraordinaire, ces moments-là. Et puis, j'ai besoin parfois de me retrouver toute seule. C'est pour ça que j'ai besoin d'aller dans mes Cévennes, dans ma maison et de me garder des moments pour moi toute seule. Et surtout, bizarrement, après, quand je sors un film, le lendemain de la sortie, j'ai besoin de partir. Pendant trois-quatre jours, j'ai besoin de rester tranquille chez moi. Et je ne peux plus me voir. Parce qu'à chaque fois que j'allume la télé, je me vois. Je m'entends à la radio. Et je m'auto saoule ! Donc dès que je me vois, je change de chaîne, je coupe tout et je vais marcher dans mes Cévennes !
J'ai aussi envie de vous dire :"Vivons en se sentant utiles aux autres." Ce que fait votre personnage dans Compostelle. Elle fait du bien en accompagnant Adam, mais elle se fait aussi beaucoup de bien. Vivons en étant utiles aux autres ?
Oui, je pense que c'est important. On en a besoin. Enfin, moi je sais que, en plus j'ai beaucoup d'engagements dans les violences faites aux femmes, avec l'association Résonantes, la "Maison des femmes" aussi. Et puis on est en train de monter une maison pour les ados pour que, justement, ils puissent se reconstruire grâce à l'art et notamment le rap, le slam, le théâtre. Je crois beaucoup à ça, j'ai toujours eu envie de faire ça, depuis petite. Je ne peux pas vous dire pourquoi. Mais ça me prend énormément de temps parce que je vais vraiment sur le terrain. C'est plus fort que moi : j'ai besoin de le faire. Et ça me fait du bien de me dire, quand je traverse la France et que je me rends compte du nombre de gens qui aident: "Ah, mais quand même, il y a de la bonté aussi dans l'homme, il n'y a pas que de l'horreur, on fait aussi des choses bien et tout le monde peut apporter quelque chose à son niveau". Et ça c'est merveilleux !
Donc vivons utile : ça fait du bien pour soi et ça fait du bien pour les autres.
Exactement, Et ça fait du bien pour les autres.
*Allusion à une vidéo hilarante où Alexandra Lamy parodie les secrets de beauté pour quinquas
"Compostelle" de Yann Samuel, avec Alexandra Lamy, Julien Le Berre et Mélanie Doutey. Sortie en salles le 1e Avril


lIs sont chanteurs, comédiens ou écrivains. Mais qu'est-ce qui les met en joie ? Chaque dimanche, à 7h42, ils livrent leurs petits secrets pour être heureux à Vincent Belotti.



