À l'UCO, les tapisseries de Maurice de La Pintière racontent l'horreur des camps et le triomphe de l'espérance
À l'occasion de ses 150 ans, l'Université catholique de l'Ouest met en lumière l'un de ses trésors patrimoniaux les plus méconnus : les quinze tapisseries monumentales de Maurice de La Pintière. Ancien résistant et déporté, l'artiste vendéen y livre un témoignage bouleversant, nourri par son expérience des camps de concentration et sa lecture du livre de l'Apocalypse.
© RCF Anjou - Aurélie ChilaudSuspendues dans l'amphithéâtre Bedouelle, au cœur du bâtiment Jeanneteau de l'UCO à Angers, les tapisseries de Maurice de La Pintière ne sont pas de simples œuvres décoratives. Elles constituent le testament artistique et spirituel d'un homme qui a connu l'enfer de la déportation et qui a voulu transformer cette expérience en un message d'espérance.
Cette présence à l'UCO doit beaucoup à Marie-Claude Rousseau, fondatrice du service culturel de l'université. Dès les années 1990, elle noue une relation privilégiée avec l'artiste vendéen, organise plusieurs expositions et l'invite régulièrement à témoigner devant les étudiants. Lorsque Maurice de La Pintière décide, en 2003, de donner son cycle de tapisseries, c'est naturellement vers l'UCO qu'il se tourne.
« Pour lui, ces tapisseries étaient certes une œuvre d'art, mais avant tout un témoignage. Le fait qu'elles soient ici, dans un amphithéâtre fréquenté chaque jour par des étudiants, correspondait pleinement à son souhait de transmettre son expérience aux jeunes générations », explique Aurélie Chilaud, chargée de mission au service culturel de l'UCO.
De la Résistance aux camps de concentration
Né en Vendée en 1920, Maurice de La Pintière est étudiant aux Beaux-Arts de Paris lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Engagé dans la Résistance, il est arrêté en 1943 alors qu'il tente de rejoindre les Forces françaises libres. Torturé, il est ensuite déporté dans les camps de Dora, Buchenwald puis Bergen-Belsen.
Libéré en 1945, profondément marqué physiquement et moralement, il ressent rapidement la nécessité de témoigner. D'abord par le dessin, puis, à partir de la fin des années 1950, par la tapisserie. Une reconversion encouragée par Jean Lurçat, qui l'incite à réaliser ses premiers cartons de tapisserie.
L'Apocalypse comme clé de lecture
Au début des années 1960, la découverte d'une exposition consacrée au livre de l'Apocalypse marque un tournant décisif dans son œuvre.
« Les quatre cavaliers de l'Apocalypse lui semblaient représenter très concrètement ce qu'il avait vécu dans les camps : l'ambition, la guerre, la famine, la mort. Il s'est approprié ce texte biblique pour raconter son expérience personnelle », souligne Aurélie Chilaud.
Les quinze tapisseries composent ainsi un véritable parcours spirituel où les visions de saint Jean dialoguent avec les souvenirs de la déportation. Les scènes de violence côtoient progressivement les images d'espérance, jusqu'à conduire le visiteur vers une lumière finale.
Une œuvre tournée vers l'espérance
Parmi les tapisseries les plus marquantes figure Le Mandala, interprétation très personnelle de la Jérusalem céleste décrite dans l'Apocalypse. L'œuvre invite à une véritable méditation intérieure, tout en rappelant que le mal demeure toujours présent.
« Pour Maurice de La Pintière, il ne fallait jamais faire l'impasse sur le mal. Même dans la Jérusalem céleste, la menace reste présente. Son expérience lui avait appris que le mal peut toujours ressurgir et qu'il existe aussi en chacun de nous », observe Aurélie Chilaud.
Le cycle s'achève avec Lumière, une tapisserie aux couleurs chaudes illustrée d'un poème scandinave : "Si tu veux être l'étoile dans le ciel ou le feu sur la montagne, sois d'abord la lampe dans la maison."
« Cette œuvre résume parfaitement la personnalité de Maurice de La Pintière. Malgré une reconnaissance internationale, il est toujours resté d'une grande humilité. Toute sa vie, il a voulu être une lumière autour de lui en venant témoigner auprès des jeunes », poursuit-elle.
Un patrimoine vivant
À l'occasion des 150 ans de l'UCO, cet ensemble exceptionnel fait aujourd'hui l'objet d'un ouvrage richement illustré, Des ténèbres à la lumière, publié aux éditions Invenit. Il rassemble les textes de Marie-Claude Rousseau, relus autrefois par l'artiste lui-même, ainsi que de nouvelles photographies des tapisseries.
Pour Aurélie Chilaud, l'essentiel demeure cependant ailleurs : « Ce qui est important dans cette œuvre, ce n'est pas seulement sa qualité artistique. C'est le message qu'elle porte. Maurice de La Pintière nous invite à réfléchir à ce qui conduit l'humanité vers le pire, mais aussi aux chemins qui permettent d'éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. »


Thomas Cauchebrais nous replonge dans le patrimoine, la culture et l'histoire de notre cher Anjou avec les meilleurs experts du département. Un hommage à ce riche trésor légué par ceux qui nous ont précédés..
