79e Festival de Cannes, un palmarès aux accents très belges !
C’est ce samedi soir que le jury présidé par le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook a dévoilé le palmarès du 79ᵉ Festival de Cannes. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que ce palmarès a un très fort accent belge !
Virginie Efira et Tao Okamoto tout à leur bonheur (© Pierre Germay)Double prix d'interprétation belge
En effet, le jury a attribué son prix d’interprétation masculine conjointement à Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, les deux acteurs du film « Coward » du cinéaste flamand, Lukas Dhont.
« Coward », c’est la rencontre amoureuse de deux jeunes recrues qui, dans les tranchées, durant la Première Guerre mondiale, montent une incroyable revue théâtrale pour distraire la troupe et tenter de lui remonter le moral : choc de la beauté des corps filmés au plus près avec volupté et de l’horreur des tranchées avec ses corps, par contre, déchiquetés.
En conférence de presse des lauréats, le réalisateur Lukas Dhont a rappelé combien il avait ressenti dès les premiers échanges le courant passer entre ses deux jeunes comédiens, l’un Emmanuel Macchia, l’introverti, et l’autre, Valentin Campagne, l’extraverti. Et combien il avait pris soin à les filmer en gros plans, allant ainsi « chercher sur les visages ce que chacun a à l’intérieur, au plus profond de lui ».
Virginie Efira et la Japonaise Tao Okamoto
Le jury a ensuite attribué son prix d’interprétation féminie, à nouveau conjointement à deux actrices : la Japonaise Tao Okamoto et la Belge Virginie Efira, qui partagent l’affiche de « Soudain » du Japonais Ryusuke Hamaguchi.
« Soudain », un film qui adapte la correspondance échangée entre une philosophe et une anthropologue japonaises devenues, pour les besoins du film, une directrice de maison de retraite française, Virginie Efira, et une amie Japonaise, Tao Okamoto, dont elle choisit d’appliquer les préceptes thérapeutiques à ses pensionnaires pour les aider à mieux vivre leur fin de vie à l’écoute de leur corps et des autres.
"Il faut se parler et écouter"
« Quelle émotion ! s’est exclamée Virginie Efira devant la presse. Et quelle expérience inoubliable. Grâce à Ryusuke Hamaguchi, j’ai eu accès à cette correspondance et j’ai pu cerner ce que ces deux femmes avaient partagé, cette idée qu’il faut se parler et s’écouter pour se sauver ».
Très enthousiaste, Virginie Efira a conclu en ajoutant combien « ce prix, ici à Cannes, prolonge le cadeau magnifique que ce film fut pour moi ».
"Notre salut", film belge, prix du scénario
Et comme si ces prix d’interprétation ne suffisaient pas à combler de bonheur le microcosme du cinéma belge à Cannes, le jury a décerné son prix du scénario à un film financé notamment par la RTBF, Proximus et BeTv, « Notre salut » d’Emmanuel Marre. Emmanuelle Marre qui part sur les traces d’un de ses ancêtres, Henri Marre, fonctionnaire zélé de l’administration de Vichy, durant la seconde guerre mondiale et dresse le portrait accablant de cette administration sous l’occupation.
"Fjord", Palme d'Or justifiée
Et la palme d’or ? Elle a été décernée avec à propos à « Fjord » du Roumain Cristian Mungiu, un film fort qui parle de maltraitance supposée d’enfant au sein d’une famille roumaine ayant migré en Norvège, les parents risquant alors, aux yeux de la loi locale, de voir la tutelle sur leurs enfants confiée à une association catholique et d’être condamnés à une peine de prison.
Soit un sujet complexe traité avec intelligence et subtilité, sans jamais imposer de jugement mais invitant, au contraire, à la réflexion. Le cinéaste roumain remporte là sa deuxième Palme d’Or dix-neuf ans après « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » rejoignant le cercle fermé des réalisateurs deux fois palmés d’or composé de Francis Ford Coppola, Emir Kusturica, Bille August, Shohei Imamura, Michael Haneke, Ken Loach, Ruben Östlund et, bien sûr, les frères Dardenne.
Palmarès très juste
Quant aux autres prix de ce palmarès très juste, ils vont d’abord à « Minotaure » du Russe Andreï Zviaguintsev, remake supposé de « La femme infidèle » de Chabrol, qui, à une classique histoire d’adultère, greffe la levée par Moscou d’un contingent d’hommes pour aller se battre en Ukraine. Un regard pertinent sur la Russie d’aujourd’hui. Et sur scène, un retentissant appel au Président russe à mettre fin au carnage de la guerre.
Les autres prix vont ensuite au duo de réalisateurs espagnols Javier Ambrosini et Javier Calvo récompensés du prix de la mise en scène pour « La Bola Negra », l’histoire de l’Espagne franquiste et de l’auteur Federico Garcia Lorca, fusillé à cause de son homosexualité, ex-aequo avec « Fatherland » du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, maître du noir et blanc qui suit le retour en Allemagne après la guerre de Thomas Mann, l’écrivain Prix Nobel de littérature après la guerre.
Palme d'honneur à Barbara Streisand
Enfin, la soirée de clôture du 79e Festival de Cannes fut l’occasion de remettre à Barbara Streisand une Palme d’Or d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière, Barbara Streisand malheureusement absente pour raison de santé et qui a délivré un message vidéo pour exprimer tout son bonheur et toute sa reconnaissance au Festival.
Un Festival dont les films présentés ont été « chargés des bruits de notre monde » comme l’a rappelé la maîtresse de cérémonie, l’actrice franco-malienne Eye Haïdara.




