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230 ans après sa mort, Jean-Nicolas Stofflet toujours debout dans la mémoire angevine

230 ans après sa mort, Jean-Nicolas Stofflet toujours debout dans la mémoire angevine

Un article rédigé par Thomas Cauchebrais - RCF Anjou, le 20 mars 2026 - Modifié le 20 mars 2026
L'Anjou en héritageStofflet de la Lorraine aux Mauges aux origines d’un chef de guerre vendéen

Fusillé à Angers le 25 février 1796, Jean-Nicolas Stofflet demeure l’une des figures majeures des guerres de Vendée. À l’occasion des 230 ans de sa mort, l’association du Souvenir vendéen lui rend hommage ce dimanche 22 février, avec une messe à l’abbatiale Saint-Serge et un dépôt de gerbe devant la plaque commémorative apposée à l’angle des rues Joffre et de la Manufacture. L'occasion d'évoquer dans un premier temps le Stofflet d'avant les guerres de Vendée en compagnie de l'écrivain et éditeur André-Hubert Hérault.

Portrait de Stofflet, par Robert Lefèvre, 1826Portrait de Stofflet, par Robert Lefèvre, 1826

Le 25 février 1796, à Angers, Jean-Nicolas Stofflet tombait sous les balles républicaines. Deux siècles et demi plus tard, sa mémoire continue d’habiter les Mauges et l’Anjou. « Stofflet est vraiment resté dans la mémoire locale. À Maulévrier, quand on parle des guerres de Vendée, c’est son nom qui revient immédiatement », souligne André Hubert Hérault, éditeur et écrivain installé à Maulévrier, invité de Thomas Cauchebrais dans l’émission L’Anjou en héritage sur RCF Anjou.

Un Lorrain devenu homme fort des Mauges

Rien, pourtant, ne prédestinait ce Lorrain à devenir l’un des chefs emblématiques de l’insurrection vendéenne. « Stofflet est un pur Lorrain, descendant d’une famille souabe. Il naît près de Nancy, à Bathelémont », rappelle André Hubert Hérault. Très jeune, il manifeste un goût prononcé pour la vie militaire. Engagé dans l’armée, il devient caporal instructeur avant d’être chargé d’organiser les chasses des officiers.

C’est à l’occasion d’une chasse qu’il croise la route d’Édouard-Victorien Colbert de Maulévrier. Selon la tradition, il lui aurait sauvé la vie lors d’une charge d’animal. En guise de reconnaissance, sa sœur Anne est engagée comme gouvernante au château de Maulévrier. Peu après, le comte rachète l’engagement militaire de Jean-Nicolas Stofflet et le fait venir en Anjou.

À Maulévrier, il n’est pas un simple garde-chasse. « Il est garde principal et commis facteur du comté. La deuxième fonction compte beaucoup », précise l’éditeur. Responsable des forêts, des coupes de bois et des gardes-chasses, il occupe une place centrale dans l’organisation du domaine. « Il est le quatrième salaire de la domesticité Colbert. Il est logé, chauffé, la monture fournie. C’est une situation importante. »

Homme de discipline, respecté et parfois craint, il reste proche de la population. « C’est un militaire, assez sévère, mais il ne dédaigne pas de se mêler aux gens, de participer aux fêtes. » À la naissance de Juliette Colbert en 1786, il organise même une présentation d’armes dans la cour du château.

Le basculement révolutionnaire

À la veille de la Révolution, Maulévrier est un microcosme prospère. Noblesse locale et artisans vivent dans une relative proximité. « Il y a deux classes sociales différentes, mais elles sont étroitement mêlées. C’est tout l’ADN du territoire des Mauges », analyse André Hubert Hérault.

Lorsque la Constitution civile du clergé et la mort du roi bouleversent l’équilibre, la tension monte. Stofflet, chrétien et royaliste convaincu, se retrouve en première ligne pour défendre les intérêts des Colbert. « Il sent venir l’affaire. C’est un militaire. Il commence à faire fabriquer des munitions. Il sait qu’il va se passer quelque chose. »

L’épisode des couleuvrines du château, que les autorités révolutionnaires veulent saisir pour les fondre, agit comme une étincelle. « Ça a déclenché un conflit énorme. Il y a un roman à écrire sur cette affaire », estime l’éditeur.

Peu à peu, Stofflet prend les armes. Il devient l’un des chefs vendéens, aux côtés d’Henri de La Rochejaquelein. Ses relations avec Charrette sont plus tendues. « Charrette le traitait de “Mistouflet de Maulévrier avec ses gros sabots”. Alors qu’on sait qu’il ne portait pas de sabots », sourit André Hubert Hérault, qui avoue avoir « un faible pour Stofflet parce qu’il était chez nous ».

Forêt refuge et tragédie

Dans la forêt d’Yzernay, Stofflet installe un hôpital et une imprimerie pour l’armée catholique et royale. On y imprime même les fameux « bons Stofflet », une forme de monnaie insurgée. Mais le site est trahi. Les colonnes républicaines y massacrent entre 1 000 et 1 500 personnes en une nuit. Le lieu est aujourd’hui connu comme le « cimetière des martyrs ».

« Ça a été un drame dont nous ne nous sommes jamais remis. Quand on compare la population avant et après la guerre, il manque des centaines d’habitants », rappelle l’éditeur.

Le dernier appel

En 1795, l’heure est à la négociation. Mais la paix reste fragile. Élisabeth Verry, ancienne directrice des archives départementales de Maine-et-Loire, rappelle que Stofflet hésite entre soumission et reprise des armes.

Le 26 janvier 1796, il lance un ultime appel : « Que la Vendée renaisse de ses cendres… qu’elle s’ensevelira sous les débris du trône plutôt que de fléchir un instant le genou devant l’affreuse idole de la République. » Un texte qu’elle qualifie de « véritable appel désespéré ».

Arrêté, conduit à Angers, Jean-Nicolas Stofflet est fusillé le 25 février 1796. Une plaque commémorative, visible rue Joffre, rappelle le lieu de son exécution.

Deux cent trente ans plus tard, la mémoire demeure vive. Messe, dépôt de gerbe, colonne érigée dès 1821 au château de Maulévrier : l’histoire n’a pas quitté les pierres ni les consciences. Et dans les Mauges, le nom de Stofflet continue de résonner comme celui d’un homme passé de la forêt lorraine aux champs de bataille vendéens, jusqu’au peloton d’exécution angevin.

© RCF Anjou
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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