Christiane Singer, une vie sur le fil de la merveille

Christophe Henning - RCF, le 24/04/2022 à 15:04
 -  Modifié le 24/04/2022 à 15:05
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Christiane Singer, une vie sur le fil de la merveille

C’est à la fois une biographie littéraire, un portrait intime, un récit poignant : Audrey Fella rend hommage par ce livre à une grande dame de la littérature et de la spiritualité, Christiane Singer qui a marqué des générations de lecteurs.

Christiane Singer Christiane Singer

Née en 1943 dans une famille juive ayant fui l’Autriche pour se réfugier à Marseille, Christiane Singer aurait pu ne pas vivre, tant ses parents estimaient cette naissance malvenue. Heureusement, la petite fille à l’esprit vif ne cessa de vivre avec audace et détermination. Epousant un Autrichien de haute lignée, la voici de retour à Vienne dont s’était échappé sa famille… Très vite l’écriture s’impose à elle, pour réfléchir, transmettre, rencontrer : « Toute ma vie, une seule nostalgie, écrit-elle : partager ce dont je fais l’expérience, ce que je vis. » Ce sera d’abord des romans, puis des essais : « J’écris parce que c’est l’acte le plus insensé. » et son premier roman Les Cahiers d’une hypocrite, sort en 1965, elle n’a que 21 ans.

Elle travaille la langue passionnément, elle questionne l’existence aussi : A 26 ans, elle écrit encore : « Je ne crois toujours pas avoir effectivement commencé de vivre. Je me dis : un jour… et dans cette illusion s’écoulera toute la vie. Un jour, je vivrai. » Elle donne naissance à fils, et c’est une première étape : « J’étais une intellectuelle, ravie et sans doute généreuse, mais il m’a fallu, pour désirer voir plus loin traverser cette expérience incroyable d’une fracture en moi, où subitement un être a effacé l’intérêt que je me portais. » Viendront des stages et sessions selon la méthode du psychothérapeute Durkheim, la pratique de la méditation… et c’est Christiane Singer elle-même qui commence à donner des sessions. L’écrivain devient petit à petit un guide spirituel du quotidien : « Tout est réconcilié en elle : le profane et le sacré, la vie ordinaire et la vie spirituelle », insiste sa biographe Audrey Fella.  Ses romans parlent d’amour, de mort, de la violence du monde et du temps qui passe… « A quel moment prend-on conscience de la portée de nos actes et de nos pensées sombres ? comment bascule -t-on de la haine à la compassion ? Qui fait le choix de cette conversion ? » 

Ses livres la portent vers un public de plus en plus nombreux. Ses conférences un peu partout en Europe se multiplient : « Au début je parle, ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire et près les mots passent et quelque chose se dit. Ce qui est important ce ne sont pas les mots. C’est le silence qui suit. » Les essais se succèdent, avec des titres évocateurs : Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies en 2000 ; Où cours-tu, Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? en 2001. Le dernier aussi, à l’heure de la maladie et de la mort qui approche : Derniers fragments d’un long voyage en 2007 : « La maladie est en moi. C’est un fait. Mon travail va être de ne pas être, moi, dans la maladie », écrit-elle. Cet étonnant parcours s’achève, les écrits de Christiane Singer restent, comme une invitation à l’audace de vivre : « Toute existence est singulière ; celle que je vis – et qui peut-être se prolongera – est une vraie vie pleine à ras bord d’amour et d’amitié, de rencontres et de ferveur, d’engagements pour le vivant. »

« Christiane Singer, une vie sur le fil de la merveille », d’Audrey Fella est publié par Albin Michel.

Albin Michel ressort deux romans de Christiane Singer, La mort viennoise et La guerre des filles.

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