À l'hôpital français Saint-Louis de Jérusalem, les religions s'expriment librement sur la fin de vie

RCF, le 28/03/2023 à 12:05
 -  Modifié le 01/04/2023 à 05:00
Jérusalem
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À l'hôpital Saint-Louis de Jérusalem, au chevet de tous

L'hôpital français Saint-Louis de Jérusalem est le premier hôpital de la ville à avoir proposé des soins palliatifs à tous les patients, quelle que soit leur religion. Le 16 mars 2023, l'institution a signé une convention avec la maison médicale Jeanne-Garnier, qui fait figure de référence dans le domaine de l'accompagnement des personnes en fin de vie ou gravement malades. Mais parce qu'on est à Jérusalem, ce n’est pas tout à fait un hôpital comme les autres.

L'hôpital Saint-Louis de Jérusalem ©RCF / Odile Riffaud L'hôpital Saint-Louis de Jérusalem ©RCF / Odile Riffaud

Le bâtiment se dresse face aux remparts de la vieille ville de Jérusalem. L'hôpital Saint-Louis, fondé au XIXe siècle, s'est spécialisé dans les soins palliatifs. Mais parce qu’il est à Jérusalem, ce n’est pas tout à fait un hôpital comme les autres. Ici se croisent de vieilles femmes russes orthodoxes venues vivre à Jérusalem, un musulman Palestinien malade du sida, une religieuse catholique âgée venue du Liban... On y parle français, arabe, hébreu, anglais, russe et on ne cache pas sa religion, bien au contraire ! Si l’approche des soins palliatifs est différente selon la culture ou la croyance, la fin de vie relie plus étroitement les uns aux autres. À l'occasion de notre programmation spéciale Pâques et la Semaine sainte à Jérusalem, RCF vous fait découvrir ce lieu unique.

 

 


 

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La fin de vie dans les différentes religions

 

"Chacun a une religion ici." Directrice des soins à l’hôpital français de Jérusalem, Ségolène Héron le constate, les uns et les autres ne cachent pas leur religion, bien au contraire ! Et il y a autant de religions que de façons d’approcher les soins palliatifs. "Dans le judaïsme, il y a plusieurs approches par rapport à la mort", note Ségolène Héron. Il y a ceux qui veulent que la personne vive « même si ça coûte une souffrance supplémentaire". Mais l’idée de préserver sans que cela "coûte beaucoup de souffrances" se développe parmi les rabbins.

 

"Dans l’islam, en tout cas de ce que je vis ici, c’est un petit peu plus compliqué l’approche des soins palliatifs, parce qu’on va faire tout pour que la personne vive jusqu’au bout tant qu’on n’a pas tout fait c’est qu’on n’a pas tout essayé." Ségolène Héron rappelle alors que c’est justement le rôle de l’équipe multidisciplinaire de "soutenir la famille" et "d’expliquer que plus de geste invasifs ne vont pas forcément apporter de confort"… Et chez les chrétiens ? "Je trouve qu’on accepte plus facilement l’idée de la mort, j’ai l’impression en tout cas ici." Sans doute est-ce parce qu’il a "l’espérance de la vie après la mort" que l’on "accepte plus que la mort fait partie de la vie."

 

À l'hôpital Saint-Louis, les soins palliatifs pour tous

 

Fondé en 1851, l’hôpital Saint-Louis a été confié aux sœurs de Saint-Joseph-de-l'Apparition. C’est le premier hôpital de Jérusalem à avoir proposé des soins palliatifs à tous les patients, quelle que soit leur religion. Le 16 mars 2023, une convention a été signée avec la maison médicale Jeanne-Garnier. Les deux institutions partagent une même vision du soin des personnes en fin de vie ou gravement malades : soulager la douleur par tous les moyens.

 

 

→ À LIRE : Soins palliatifs : l'expertise de la maison Jeanne-Garnier reconnue par la Convention citoyenne sur la fin de vie

 

 

"Tout est fait pour que la vie soit la plus confortable possible avec le moins de douleur possible, explique Nathalie, psychomotricienne de 58 ans originaire de Dijon. Parfois ce n’est pas évident, parfois on n’y arrive pas et là, ça pose question effectivement. Mais quand je passe un quart d’heure avec de la musique à être près d’une personne qui ne parle pas, qui souvent dort, et quand je la quitte il y a une petite larme qui coule… J’avoue que là, ça remet tout en cause…" En France on est en plein débat sur la fin de vie, remarque Nathalie, mais "ici ça remet beaucoup en question". 

 

 

On est tous égaux face à la fin de vie, peu importe notre religion, peu importe notre culture. Ici c’est vraiment le message qui est donné

 

 

Jérusalem, la ville trois fois sainte

 

Est-ce parce qu’on est à Jérusalem et parce que tout ici semble plus intense ? Du haut de ses 18 ans, Anne se sent "étonnée" par ce qu’elle vit à Jérusalem. "Il y a une intensité qui est très forte, parfois c’est fatiguant mais il le fallait ! Cet étonnement est très, très porteur, on se sent vivant, je trouve !" Elle a choisi d’être jeune fille au pair à Jérusalem et s’est portée volontaire pour aider au suivi des patients à l’hôpital Saint-Louis. Des personnes qui sont "au crépuscule de leur vie, qui ont tellement vécu, qui ont des vies tellement différentes de la mienne et entre eux !" De quoi se laisser bousculer. "La maladie, la mort, c’est quelque chose j’ai côtoyé. Ici c’est ça qui est beau : de voir que malgré cette mort et cette maladie qu’on côtoie tous les jours, cette faiblesse, cette fatigue, il y a de la vie malgré tout, toujours la vie continue et c’est grâce à tous ceux qui travaillent ensemble à toutes ces rencontres… c’est vraiment fort !"

 

Quand on vit à Jérusalem, on ne peut être indifférent au fait religieux. "Pour ma foi, c’est marrant mais je pensais que ça allait être une grande révélation, confie Anne, mais en même temps je pense que c’est quelque chose qui doit infuser, ça se fait au fur et à mesure. Il y a certaines choses je commence à les voir un peu. Peut-être que c’est après coup que ça va se révéler…" Les chrétiens représentent 1% de la population en Israël "et ça n’arrête pas de diminuer", rappelle Julien, 29 ans, volontaire de la DCC (la Délégation catholique pour la coopération).

 

Des chrétiens qui sont plutôt bien vus, raconte-t-il. "On essaie de surtout pas prendre part à ce conflit qui n’est pas le nôtre, il faut réussir à garder cette distance." Julien est arrivé à Jérusalem début septembre, au moment des fêtes juives, après il y a eu Rosh Hashana, le sapin de Noël et après le ramadan… "On est tous égaux face à la fin de vie, peu importe notre religion, peu importe notre culture. Ici c’est vraiment le message qui est donné."

 

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