Ranger sa vie : quand le tri de nos objets éclaire notre rapport au monde
Ranger, trier, désencombrer… Ces gestes du quotidien sont souvent perçus comme de simples contraintes pratiques. Et s’ils révélaient en réalité quelque chose de bien plus profond ? Edgar Tasia, anthropologue, explore le rangement comme un miroir de notre intériorité et de notre manière d’habiter le monde à travers son nouvel ouvrage "Ranger sa vie, une anthropologie des espaces potentiels" publié aux Éditions Le bord de l'eau (2025).
Photomontage A. Dehin, photos PexelsRanger chez soi, ranger en soi : une question existentielle
Nos maisons, nos objets et même nos corps racontent notre rapport à l’existence. Objets choisis, hérités, accumulés au fil du temps : chacun porte une histoire, une émotion, parfois un poids. Le désordre n’est alors pas seulement matériel, il peut aussi être mental ou affectif.
Faire du tri, ce n’est pas uniquement libérer de l’espace. C’est aussi interroger nos attachements, nos liens aux autres et à nous-mêmes. Par la pratique du rangement, une véritable quête de sens peut s’engager, ouvrant la voie à un nouvel émerveillement du quotidien.
Le rangement comme pratique culturelle et symbolique
Anthropologue et assistant en didactique des sciences sociales à l’Université de Liège, Edgar Tasia s’est penché sur cette question à travers deux terrains d’exploration a priori éloignés :
- un groupe de parole aborigène en Australie
- les professionnels du rangement en Belgique.
De ces expériences, il ressort une intuition forte : le rangement extérieur agit comme un révélateur de notre monde intérieur. Mettre de l’ordre dans son environnement permettrait de créer des « espaces potentiels », propices à la transformation personnelle, au recentrage et à l’apaisement.
Un effet presque “magique” du tri
Pourquoi ranger peut-il faire autant de bien ? Quels mécanismes psychologiques, sociaux ou symboliques sont à l’œuvre ? Edgar Tasia évoque un effet parfois qualifié de « magique », non pas au sens surnaturel, mais comme une capacité du rangement à remettre du mouvement là où tout semblait figé.
Ce processus ne se fait pas toujours seul. Le soutien d’un professionnel, d’un groupe de parole ou d’un accompagnement philosophique peut aider à franchir certaines étapes, notamment lorsque le désordre est lié à des moments de vie difficiles.
Regards croisés avec la philosophie
Aux côtés d’Edgar Tasia, Michel Dupuis, philosophe et éthicien, apporte un éclairage complémentaire dans l'émission "Hors champ" de Bénédicte Minguet. Ensemble, ils questionnent ce que le rangement dit de notre société, de notre rapport au temps, à la consommation et à la transmission. Ranger devient alors un acte à la fois intime et collectif, profondément humain.
Pour aller plus loin
Cet échange s’appuie sur l’ouvrage de référence d’Edgar Tasia, « Ranger sa vie. Une anthropologie des espaces potentiels » Éditions Le bord de l’eau (2025).
Un podcast et un ouvrage qui invitent à regarder autrement nos objets, nos lieux de vie… et peut-être nous-mêmes.


Bénédicte Minguet est docteur en psychologie. Dans une approche éthique, elle explore les différentes facettes du « prendre soin ».
Avec ses invités, et notamment le collectif Parole de soins, paroles de sens, elle s'attache à la qualité des relations interpersonnelles, à la dimension thérapeutique, mais aussi à la manière dont nous prenons soin du monde que nous construisons et dans lequel nous habitons.
Bénédicte Minguet est accompagnée de Michel Dupuis, philosophe éthicien, ancien président du comité consultatif de bioéthique et vice président de la commission du droit des patients.
Retrouvez Hors champ en radio sur RCF Liège (93.8 fm et DAB+) le mardi à 16h, une semaine sur deux.
