Pipi au lit : quelles solutions aujourd'hui ?
Le pipi au lit : une situation qui toucherait un enfant sur dix à partir de cinq ans. Et si ce n’est pas mortel, ça reste gênant et fatiguant pour les enfants comme pour les parents. Mais quelles sont les causes de cette "énurésie nocturne", comme on l’appelle en langage médical ? Comment réagir en tant que parents ? Et puis surtout, quelles solutions pour des nuits enfin "au sec" ? L'éclairage du Dr Odile Bas Maison, pédiatre néphrologue aux Hospices Civils de Lyon et le témoignage de Bénédicte, maman de quatre filles touchées par ce sujet.
© FreepikD'abord, quand parler d’énurésie ? "Généralement, un enfant commence à maitriser sa vessie dans la journée à partir de 18 mois jusqu’à trois ans." explique le Dr Bas Maison "Mais pour la nuit, ça peut durer plus longtemps, jusqu’à 4- 5 ans. Pas d’inquiétude donc à avoir avant 5 ans. Par contre, après, ça peut devenir plus embêtant. Et dans un tiers des cas, le pipi au lit s’accompagne aussi de fuites urinaires dans la journée." A noter qu’on parle d’"énurésie primaire" si l’enfant avant n’a pas été propre pendant au moins six mois. C'est la forme la plus fréquente. Et d’"énurésie secondaire" en cas de "rechute" après six mois sans problème.
Des causes diverses
Mais qu’est-ce qui peut bien causer ces inondations nocturnes ? Les raisons sont diverses : le diabète, si l’enfant boit beaucoup, l’apnée du sommeil, qui entraine à la fois "un sommeil plus lourd avec difficulté à se réveiller et une plus grande fabrication d’urine." En cause aussi : les enfants présentant un TDAH, Troubles du Déficit de l’Attention, un terrain familial dans 30 à 60 % des cas, un stress psychologique, après un événement perturbant, notamment la naissance d’un autre enfant ou la séparation des parents. Enfin, tout simplement une constipation, appuyant sur la vessie. "Mais dans la plupart des cas", insiste la pédiatre, "c’est surtout un problème de sommeil : un enfant qui ne se réveille pas et il faut donc savoir pourquoi."
Des traitements médicamenteux
Quoi faire alors pour retrouver des nuits plus "sèches" ? Deux traitements médicamenteux peuvent être proposés. La desmopressine, qui agit comme une hormone anti diurétique naturelle secrétée la nuit et qui "permet de concentrer les urines et de garder l’eau à l’intérieur de notre corps." détaille la néphrologue. Condition : ne pas trop boire le soir, sinon, "cette hormone ne fonctionne pas."
Autre possibilité: l’oxybutynine, un anti spasmodique qui lutte contre les contractions anormales de la vessie. Effet indésirable : il peut provoquer une constipation, ce qui, on l’a vu, peut peser sur la vessie. Deux traitements prescrits généralement pour trois mois, avec réévaluation éventuelle des doses.
Le recours au Stop Pipi
Mais en dehors de ces médicaments, un appareil peut aussi aider : le Stop Pipi. Son principe : "Créer un réflexe conditionné." explique la spécialiste. "C’est-à-dire une éducation du cerveau pour réagir à une certaine sensation." En l’occurrence, se réveiller pour aller aux toilettes. Concrètement, il s’agit d’un capteur agrafé à la culotte du pyjama ou sous le matelas. Et dès que l’enfant commence à uriner, un signal sonore ou une vibration l’avertit qu’il faut se lever pour vider sa vessie. Une solution qui nécessite tout de même un engagement de l’enfant et des parents. "Idéalement, ça doit se faire sans eux." estime le Dr Bas Maison. "Mais au début, il est normal que ce soit les parents qui réveillent l’enfant, surtout s’il a le sommeil lourd et l’avertir qu’il y a eu une sonnerie et qu’il doit se lever."
Un essai concluant
Un dispositif que Bénédicte a pu tester pour son ainée toujours incontinente à 8 ans. "Ma fille était très volontaire. Mais toutes les nuits, l’appareil sonnait et elle se décourageait. Je lui ai alors bien expliqué le fonctionnement et qu’il fallait qu’elle tienne." Un effort qui a porté ses fruits : "Quinze jours après, la machine ne bipait plus. Et du jour au lendemain, elle était propre, sans plus aucun accident." se réjouit-elle. Résultat par contre négatif pour sa troisième fille, qui a fini tout de même par surmonter le problème ... en s’inscrivant aux Jeannettes ! Reste un frein : le coût de l’équipement, de 60 à 130 € selon les modèles, non pris en charge par la Sécurité Sociale.
Des mesures d'accompagnement
Si le Stop Pipi et les médicaments sont des pistes utiles, d’autres mesures peuvent être mises en place : éviter les boissons sucrées ou à base de caféine en fin de journée, inciter son enfant à aller régulièrement aux toilettes dans la journée, toutes les deux ou trois heures et sans forcer ou faire un calendrier des nuits "mouillées", symbolisées par un nuage ou "plus sèches", avec un soleil. "Cela permet à l’enfant de maintenir l’attention chaque jour de ce qui s’est passé la nuit." assure la pédiatre." Cela renforce l’apprentissage et c’est bon pour le moral, surtout quand il y a eu plusieurs soleils de suite !" Par contre déconseillé : le port des couches. "La qualité du sommeil est meilleure, mais le pipi au lit continue." Quant à le réveiller chaque nuit pour aller aux toilettes, "ça ne sert à rien et ça n’aide pas à l’apprentissage de la continence." considère la thérapeute.
Une épreuve de patience
Lutter contre le pipi au lit. Un travail souvent de fond, qui met à l’épreuve la patience des parents. Mais comment réagir ? En évitant de punir. "Des études ont montré que çela pouvait être efficace." rappelle le Dr Bas Maison "Mais au prix de quel traumatisme ! On sait très bien que les enfants ne font pas exprès. Donc, ne pas mettre de pression et dire qu’il y a des solutions."
Un accompagnement bienveillant dont a fait preuve Bénédicte pour ses quatre filles. "Chaque enfant a son propre rythme" souligne-t-elle. "Donc, attendre le moment où il réalisera que, oui, il faut le faire et qu’il est volontaire." Et le combat n’est pas fini : sa dernière, à 6 ans, n’est toujours pas propre. "Elle me demande le Stop Pipi, comme pour ses sœurs. J’avoue que j’attendrai le moment où je n’aurai pas de fatigue et être à même de me lever plusieurs fois par nuit pendant plusieurs semaines pour le faire." conclut-elle ... avec espoir !
Pour aller plus loin : "A l'Aise" , association de famille d'enfants énurétiques. A retrouver sur son site : A l'Aise


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