Les vertus cachées du rire !
Anti stress, bon pour le coeur, le sommeil ou les muscles, le rire serait excellent pour notre santé physique et mentale. Y compris pour renforcer notre mémoire. Comment expliquer toutes ces vertus ? Quelles limites aussi ? A l'occasion de la Journée Mondiale du Rire, ce 3 mai, décryptage de ce drôle de réflexe avec le Dr Catherine Thomas -Antérion, neurologue et membre de l'Observatoire B2V de la mémoire.
Rien de plus bénéfique qu'un rire collectif ! © freepik
Comment d’abord définir le rire ? "C’est un comportement moteur réflexe, c’est-à-dire qu’il est involontaire." explique le Dr Thomas-Antérion."C’est une cascade de mouvements musculaires, du diaphragme, des muscles du poumon, du larynx, qui fait ce drôle de bruit gloussé que nous connaissons." Un réflexe inné qui apparait vers l’âge de cinq mois, avec le bébé riant aux éclats (contaminant l'entourage au passage !) et qui va "embraser tout un système végétatif et hormonal."
Mais pourquoi rit-on à une blague, un jeu de mot ou une situation absurde ? "C'est une forme d'éducation qui va répondre à certaines règles sociales ou culturelles. On ne rit pas de tout ou seulement avec certaines personnes." analyse la neurologue, fan d'ailleurs de Raymond Devos, mais pas de Coluche ! Une réaction qui peut être aussi incontrôlée : "On a tous connu le fou-rire irrépressible quand ce n’est pas le moment. Mais c’est quand même le moment où le corps lâche et a besoin de ce réflexe moteur pour larguer quelque chose d’hormonal." Une réaction qui pour la neurologue est similaire à celle quand on fond en larmes.
Mythes et réalités du rire
Le rire. Depuis plusieurs décennies, on ne cesse d’en vanter les bienfaits sur le plan physique et mental. Bon pour le cœur et le sommeil, pour renforcer le système immunitaire, tonifier certains muscles, notamment du visage et de l’abdomen, autant de bénéfices confirmés par la spécialiste, qui reste cependant plus dubitative sur le fait que rire ferait maigrir. "Le poids dépend d’autres facteurs, comment on marche, dort ou s’alimente, qu’il est difficile d’isoler seulement l’impact du rire."
Sur le plan mental par contre, pas de débat : le rire est un excellent antistress. "Il détend, permet de ne plus penser aux choses pénibles et sécrète des hormones positives." affirme la neurologue. Illustration avec les interventions des clowns dans les hôpitaux, qui parviennent à faire oublier aux enfants un environnement "pas très sympa". Un effet qui rejaillit aussi sur les parents, qui ne s’autorisent pas à rire face à un drame. "Tout d’un coup, grâce aux clowns, ça devient réflexe : le corps parle, ils sentent comme ça fait du bien. Et certains témoignent qu’ils ont fait quelque chose de drôle avec leurs autres enfants, parce qu’ils ont compris qu’on ne pouvait pas tous vivre dans cette tristesse de cette maladie, tout le temps et avec toute la famille."
Rire et mémoire
Rire pour se détendre. Mais aussi pour mieux apprendre. Car l’humour permettrait de mieux mémoriser un cours. C’est ce qu’a montré l’Observatoire B2V de la mémoire, dont fait partie le Dr Thomas. "C’est une référence au vieux slogan publicitaire : apprendre en s’amusant. On sait que quand on va mettre de l’imprévu, de l’inattendu, on va renforcer l’attention soutenue de l’élève et il va mieux saisir l’information qu’il devra encoder, puis apprendre." Et de citer comme exemple cette université allemande où un professeur faisait un cours d’histoire de façon assez neutre et un autre avec quelques blagues glissées à certains moments. Résultat : 30 % de mémorisation en plus pour ce cours aux traits humoristiques !
Rire, un outil aussi utilisé pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Témoins ces ateliers d’accueil de jour ou en Ehpad, où, après quelques exercices respiratoires et d’assouplissement, chaque participant se tape sur les cuisses et fait semblant de trinquer en riant aux éclats. "Le rire détend, mais surtout permet une interconnexion avec les autres quand le langage est réduit. D’être ensemble, d’avoir un échange humain avec les autres malades et personnel soignant. Sans compter pour les proches de voir que leur parent est encore capable de rire, et de partager. C’est énorme ! " sourit la spécialiste.
Rire, mais sans se forcer !
Beaucoup de vertus donc à "se fendre la poire", comme on le dit familièrement. Mais faut-il se forcer à rire pour rester en bonne santé, comme s’inscrire dans une de ces écoles du rire, lancées en 1995 par le généraliste indien Madan Katarina ? La scientifique est réservée : "Avec ce yoga du rire, on va travailler le système musculaire qui nous fait rire, mais pas forcément l’enrichissement social du lien, qui est quand même la base du rire."
Quant aux huit à dix minutes par jour recommandées par certains médecins, là aussi, le Dr Thomas nuance. "Oui et non. C’est un peu comme marcher dix mille pas ou manger cinq fruits et légumes par jour. Il ne faut pas se limiter. La bonne prescription, c’est riez autant que vous le pouvez. Faites du lien, sortez, parlez, rencontrez des congénères et riez ensemble !" Ce qui sera toujours mieux que de rire tout seul, dans son coin !
Pour en savoir plus sur le rire et la mémoire, rendez-vous sur le site de Observatoire B2V des mémoires


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