Cancer colorectal : faites le test !
Avec près de 48 000 nouveaux cas chaque année en France, c'est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et le troisième chez l'homme. Mas ses premiers signes ne sont pas forcément visibles. Comment bien le détecter ? Qui est concerné ? Et pourquoi le test proposé gratuitement dès 50 ans est-il encore boudé ? A l'occasion de Mars Bleu, consacré au dépistage, des réponses avec le Pr Mathieu Pioche, hépato gastro entérologue aux Hospices Civils de Lyon et initiateur d'une bande dessinée "Protégeons notre côlon".
© FreepikCancer colorectal, de quoi parle-t-on ? D'abord, petit rappel sur le côlon. Situé entre l'intestin grêle et le rectum, il fait partie du tube digestif. Et sa fonction est importante :"Le côlon, c’est un organe essentiel qui permet de solidifier les selles, explique le Pr Pioche. Mais surtout, il récupère à travers des millions de bactéries, (le microbiote), tout ce que l’intestin grêle n’a pas pu absorber, comme certaines protéines et vitamines qui vont nous servir au quotidien." Problème : vu son exposition régulière aux aliments, "des inflammations peuvent se produire, conduisant à des réactions cellulaires et la création de polypes sur ses parois, lesquels en une quinzaine d’années, peuvent dans 5% des cas devenir un cancer avancé." A 60 % pour le côlon et 40 % pour le rectum, cette dernière partie de l'intestin conduisant à l'anus.
Des causes diverses
Qui est concerné ? Il existe des facteurs de risque : l’âge, le plus fréquemment vers 65 ans, mais aussi le mode de vie, comme l’inactivité physique, une alimentation pauvre en fibres ou déséquilibrée avec des produits ultra transformés. Egalement le tabac et l’alcool, certaines maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn, sans oublier le terrain familial. Un cancer "paritaire " qui concerne aussi bien les hommes que les femmes. "Mais" insiste le Pr Pioche, "même en l’absence d’antécédents, tout le monde est invité à se faire dépister."
L'importance du test
Le test, justement, en quoi consiste-t-il ? Lancé en 2008, il a depuis été considérablement simplifié. Il consiste à "piquer" plusieurs parties d’une selle à l’aide d’une petite tige, à placer le prélèvement dans un étui étanche, remplir toutes informations utiles concernant son identité, adresse, médecin traitant, date de prélèvement et renvoyer le tout rapidement au centre de dépistage sur une enveloppe déjà affranchie.
Un test gratuit, proposé de 50 à 74 ans, à récupérer chez le pharmacien ou son généraliste ou à commander sur un site dédié* et qui devra être fait tous les deux ans. Un délai suffisant pour ne pas développer de cancer entretemps ? "Tout est possible", reconnait le praticien. "Mais dans une population, il n’y a pas mieux que ce test en terme de nombre de participants et d’efficacité pour trouver des cancers colorectaux actuellement."
Du sang dans les selles
Mais que va-t-on rechercher précisément dans ce prélèvement ? "C’est la présence de sang dans les selles." précise le médecin. Or, ces traces sont souvent invisibles à l’œil nu. D’où l’intérêt du test. Mais que faire quand le saignement est visible ? "Si du sang apparait sur l’anus, à l’essuyage, c’est le plus souvent lié à des pathologies hémorroïdaires. Mais si du sang est mélangé à vos selles dans les toilettes, il faut consulter rapidement."
Quels autres signes d’alerte ? On cite souvent des alternances de constipations et diarrhées, associés à des nausées ou des vomissements. "Oui" reconnait le spécialiste, "mais il peut y avoir plein d’autres raisons à ces troubles du transit. N’attendez donc pas qu’une lésion vous bouche le côlon et faites le test avant !"
Des progrès en coloscopie
Quoi faire justement en fonction des résultats ? Si le test est négatif, il sera simplement à refaire deux ans plus tard. Si par contre, il est positif, une coloscopie sera proposée. Réalisé sous anesthésie générale pour une durée de trente minutes environ, cet examen consiste à introduire une petite caméra à l’intérieur du côlon. "En cas de découverte de polypes, ceux-ci seront retirés à l’aide d’un petit lasso. S’ils sont plus gros" détaille la BD, "ils seront enlevés au cours d’une nouvelle intervention avec un petit couteau."
Une opération qui peut faire peur. "Des progrès ont pourtant été effectués ces dernières années." rassure le Pr Gilles Boschetti, chef du service hépato gastroentérologie à l'hôpital Lyon Sud. "D’abord, des produits plus concentrés pour purger l’intestin : deux verres seulement contre les quatre litres à avaler auparavant. Ensuite, le recours à l’eau et au CO2 pour limiter les ballonnements et maux de ventres après l'examen. Et pour le chirurgien, "des caméras plus flexibles, des images de meilleure définition et le recours à l’IA, pour détecter des polypes qui n’auraient pas été vus, même si les praticiens ont déjà un œil bien aguerri."
Des traitements lourds qui pourraient être évités
Quels traitements par contre si le cancer est déjà bien avancé ? "On peut avoir de la chimio thérapie ou des combinaisons plus complexes avec de l’immunothérapie." cite le Pr Pioche. Par contre, l’ablation du rectum n’est plus systématique. "Avec la radiothérapie et la chimio thérapie, on arrive à préserver les organes beaucoup plus souvent que par le passé. Mais quand ce n’est pas possible, certains patients ont besoin d’une poche, ce qu’on appelle anus artificiel. Mais cela reste rare aujourd’hui, compte tenu de l’évolution des traitements, des nouvelles chirurgies et de cette volonté de préserver au maximum cette fonction."
Mieux vaut donc prévenir que guérir. Et le test reste un bon moyen de prévenir ces complications très lourdes. Sauf qu’il est encore boudé : seulement 30% de participation en France contre 45 % au niveau européen. Les causes sont multiples : d'abord culturelle, "ce dégoût bien français vis-à-vis des selles, alors qu’on change les couches de nos enfants" regrette le spécialiste. Mais pas seulement : "il y a aussi cette volonté là encore bien française de ne pas vouloir se faire dicter ce que l’on doit faire." Et enfin cette peur de la coloscopie. "Or, avant, il faut le souligner, 96% des gens auront un test négatif." rappelle le Pr Pioche. D’où encore une fois cet appel, simple et efficace : "Toucher son caca une fois tous les deux ans, peut vous sauver la vie !"
Pour aller plus loin :
Consultez la bande dessinée proposée par la Société Française d'Endoscopie digestive BD "Protégeons notre côlon"
Pour commander en ligne le test de dépistage du cancer colorectal : Le kit de dépistage


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